‹ Jean Dacier; drame en cinq actes, en versChapitre 25 sur 88 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

La Belgique et le Rhin offrent de gais combats. Là-bas, c'est le grand choc des nations rivales ; Ce sont des ennemis que vont chercher nos balles. La lutte au grand soleil vous met de bonne humeur, Et c'est joyeusement que l'on frappe et qu'on meurt; Mais je me souviens trop de ma terre natale, Pour faire sans horreur cette guerre fatale. Hélas ! je me souviens que j'ai serré la main De ces amis d'hier, que je tuerai demain. Je vous connais trop bien , clairières vendéennes , Taillis sombres, fossés moins profonds que les haines; Je vous ai trop aimés pour pouvoir, sans horreur, Vous apporter le fer, la flamme et la terreur... Oh ! qui m'a désigné pour cette triste tâche ? Qui donc?.. Je le maudis !..

BERTHAIT.

C'est moi. Deviens-tu lâche ?

Crois-tu donc être seul à souff'rir ? Penses-tu Que ce soit le moment de rester abattu ? Tu frémis... Quelle est donc l'âme honteuse et vile Que ne fasse frémir une guerre civile ? Oui, tu vas, Vendéen, frapper des Vendéens, Tes frères, tes amis, tes parents... et les miens !.. Ne suis-je pas de même un enfant du Bocage ? Du toit où je naquis on peut voir ton village; •Mes parents, pour jamais, reposent près des tiens; Nos cœurs tiennent au sol par les nfêmes liens. Va, Jean, autant que toi, je l'aime, ma Vendée; .Mais je la veux française, et libre, et fécondée

Par ce souffle divin qui nous pousse en avant ! Je Taime en combattant, et non pas en rêvant !

Mais pourquoi me choisir?.. Si dans notre misère La lutte fratricide est un mal nécessaire , Pour appliquer ici l'inexorable loi, Ne pouvais-tu trouver d'autre officier que moi ?

BERTHAUT

Non, pas un seul qui pût mieux que toi, je l'atteste, Adoucir la rigueur d'une guerre funeste. Du jour de ton départ je t'ai suivi des yeux : Tous ont fait leur devoir, pas un ne l'a fait mieux. En face des canons, quand la mort faisait rage, A Jemmapes, j'ai vu ce qu'était ton courage. Plus tard, quand la victoire enfin te l'a permis , Je t'ai vu généreux, môme à tes ennemis.

* Je sais que, de la mort bravant la froide étreinte;

* Tu n'as pas la fureur qui succède à la crainte

* Et, lui faisant garder l'épée hors du fourreau,

* Transforme trop souvent le soldat en bourreau. Tu m'inspiras dès lors une amitié réelle.

Élu représentant, je m'employai pour elle; Je te fis remarquer, et, quoique ayant au feu Conquis tous tes galons, tu me les dois un peu. La Vendée, aujourd'hui, furieuse et meurtrie. Doit être en même temps désarmée et guérie.

• Let vert marqua d'un astérisque sont supprimés à la représentation.

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