ACTE DEUXIEME. i
BEUTHAIT.
Réponds !
BAUDRU
Oui, parbleu ! c'est la mienne !
L'OFFICIER MUNICIPAL, à Antonia.
Citoyenne, prends-tu pour époux et mari Ledit Pierre Baudru ?
BAUDRU
Mais réponds-lui donc !
ANTONIA
Oui.
L'OFFICIER ML'NICIPAL.
Il suffit ; désormais, vous êtes l'un à l'autre. Puissiez-vous être heureux ! votre joie est la nôtre.
BERTHAUT
Oui ! vous serez heureux : j'en ai le ferme espoir, Car vous savez tous deux accomplir un devoir ; Et vous ne demandez aux trésors de la vie Que ce bonheur obscur que personne n'envie. Aimez-vous, c'est la loi ; c'est l'immense décret Sur lequel tout effort en vain se briserait ; Aimez-vous, ayez foi dans l'avenir prospère, Un peuple n'est perdu que lorsqu'il désespère. Mais la France, au milieu d'un labeur surhumain, Garde une foi robuste, et croit au lendemain. La Révolution, par nos bras défendue.
Pour nous et pour nos fils ne sera pas perdue :
44 JEAN DAQER.
C'est la grande lumière, il faut que ses rayons Pénètrent à la fois les cœurs et les sillons. Par elle, nous avons été ce que nous sommes ; Elle a fait des soldats ; qu'elle fasse des hommes. Qu'elle aille près de toi s'asseoir à ton foyer ; Qu'elle entre dans le sol que ton bras va fouiller ; Qu'elle soit pour tes fils une mère chérie : Tout cela, c'est aimer, c'est servir la patrie ! Toi, ma fille, — je puis te donner ce doux nom, Car de ton père, enfant, je fus le compagnon. Et, si la mort n'avait de soudaines surprises. Ton front pur sourirait entre nos têtes grises, — Souviens-toi que tu peux de ton cœur humble et doux Servir la République, autant et plus que nous. Femme, ta douce voix, qui prie et qui conseille, Qui berce ton époux, qui l'endort et l'éveille. Si joyeuse aux vainqueurs et si tendre aux vaincus. Peut en faire un esclave ou bien un Spartacus. Mère, c'est l'avenir que dans tes bras tu portes : La Patrie a besoin d'âmes simples et fortes. Et le cœur de tes fils par toi seule est porté Ou vers la servitude, ou vers la liberté.
* Souviens-toi que tu dois tout d'abord leur apprendre,
* Quand tu seras encor la seule à les comprendre,
* Qu'il fut un temps funeste où l'homme du sillon
* Naissait pour l'esclavage et pour l'abjection ;
* Et que ce temps n'est pas si loin d'eux qu'il ne faille
* Plus d'une lutte encore et plus d'une bataille,
* Avant qu'au laboureur, qui redresse le front,
* Nul n'ose reprocher de repousser l'affront ;