ACTE DEUXIEME
* Dis-leur que le passé toujours tend à renaître ;
' Que qui veut s'abaisser aisément trouve un maître ;
* Qu'être libre est un bien, chèrement acheté,
* Qu'on ne retrouve plus, quand on l'a rejeté.
* C'est toi seule qui peux dans ces cœurs juvéniles
* Semer les vérités et les vertus viriles,
* Et donner aux aïeux, qui pour eux ont souffert,
* Les neveux qu'il leur faut : cœurs d'or et bras de fer.
ANTOXIA.
Je ferai de mon mieux, mon père.
Sois bénie , Chère enfant. Puisses-tu voir la lutte finie! Et , si nous n'avons pas mérité le repos. Voir, toi du moins, la paix régner sur nos tombeaux ! Mais non ! je ne veux pas qu'une ombre de tristesse , En ce jour de bonheur, voile votre tendresse. Non ! je ne mourrai pas sans vous voir revenir Aux foyers où la paix saura vous retenir ; Et puisse-t-elle alors, assurée et féconde , Etendre pour jamais ses ailes sur le monde !
BAIDRU.
Oui , vous verrez cela, j'en jure par les yeux
De ma femme, et Dieu sait si j'en suis amoureux !
ANTONU.
Allons, Pierre, voyons : ne dis pas de folie.
BAL DRU
Mest-il donc défendu de te trouver jolie,
De t'aimer, de le dire, et de te le prouver ? Parbleu 1 je voudrais voir que Ton vînt y trouver A redire. Je suis ton mari, je suppose !
ANTONIA
Eh ! sans doute.
BALDRL'.
Un peu plus, elle nierait la chose.
BERTHAL'T, à Baudru.
(Rumeur au dehors.) Grand enfant ! va ! (Jean fait un geste pour réclamer le silence.)
Quoi donc?..
JEAN
Quelle est cette rumeur ?
BAUDRU, ouvrant la fenêtre et regardant au dehors avec Anlonia.
Ce sont des condamnés qui viennent ; la clameur Du peuple les précède, annonçant leur passage.
JEAN
Où donc les mène-t-on ?..
BERTHAUT
 la mort I
JEAN
Quel présage !
BERTHALT.
Tais-toi ! Pourquoi troubler par un mot inhumain Un bonheur qui commence, et peut finir demain ? De cette guerre impie ils ont soufflé la flamme. S'ils vivent, tout périt.