ACTE DEUXIÈME
BERTHAUT
Tu ne sortiras pas !
(Jean s'élance vers la porte de gauche. Berthaat l'arrête d'un geste. Les soldats lui barrent le passage.)
JE.iN.
Laissez-moi !.. C'est affreux !
Savez-vous ce que fut pour moi celle qu'on traîne A la mort?., que son cœur, sa bonté souveraine De moi firent un homme, et que ce que je suis, Je le suis devenu par elle... Mes amis !.. Laissez-moi !.. par pjtié !.. Vous n'avez donc point d'âme Que vous voulez aider à cette chose infâme !..
— Ah ! je finirai bien par passer cependant !..
(Il se précipite au milieu d'un groupe : on le retient ; il vient tomber épuisé sur un banc)
— Lâches !.. tuez-moi donc !..
ANTONIA
Mon pauvre commandant ! . .
BERTHAUT
Quand je t'ai fait prêter le serment militaire, Je ne t'ai rien caché de sa grandeur austère ; C'était le sacrifice âpre, entier, absolu ; Tu ne l'ignorais pas, tu l'as ainsi voulu.
JEAN
Eh ! j'ai donné mon sang î
BERTHAIT.
Mieux que ton sang : ton âme, Ton cœur jeune et brûlant et plus pur que la flamme ! Point de regrets, mon fils ; point de pleurs superflus 1 Il est à la patrie, il ne t'appartient plus.
5t JEAN DâCIER.
JEAN
Va I triomphe à ton gré ! parle I commande ! exige !.. Moi, je saurai mourir !
BERTHAUT
Mais, malheureux, que puis-je ?
Quand je voudrais pour elle essayer un effort, Son nom seul n'est-il pas comme un arrêt de mort ?
ANTONU.
Son nom seul?
BERTHAUT
Eh ! sans doute !
ANTONIA
Eh I qu'elle en prenne un autre I
BERTHAUT
Comment ?
JEAN
Quel autre nom?
ANTOXIA.
Lequel? Parbleu, le vôtre !
JEAN
L'épouser!..
ANTONIA
Ehfcien?
JEAN
Mais c'est impossible ! moi, L'épouser !
ANTONIA
La voilà bien à plaindre, ma foi !