‹ Jean Dacier; drame en cinq actes, en versChapitre 32 sur 88 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

N'es-tu donc pas celui qui frappe et qui pardonne ? Quelqu'un discute-t-il l'ordre que ta voix donne ? 0 mon père, pitié ! Sauvez la ! sauvez nous !

BERTHAUT

Tu l'aimes donc bien ?

JEAN

Moil

BERTHAUT

Jadis, à ses genoux Tu rampais ; je t'ai pris, de toi j'ai fait un homme ; Mieux encore : un soldat digne des temps de Rome. Je t'ai vu, sous la foudre, héroïque et serein, Défier la mitraille avec un front d'airain ; Mais je ne savais pas que cette force d'âme Pût fondre en un instant sous un regard de femme. Et, s'il en est ainsi, je dois bénir le sort Qui va, ces yeux trop beaux, les fermer dans la mort.

JEAN

Ah ! c'est horrible ! Eh bien ! puisque tout m'abandonne. Je la sauverai seul !

BERTHAUT

Jean !..

JEAN

Va ! parle, raisonne.

De toi-même, aisément, tu peux être vainqueur, Toi qui n'es pas un homme et qui n'as pas de cœur; Mais moi, ne pense pas que ta voix me retienne. Je sauverai sa tète ou tu prendras la mienne.

(A Bandni, qui veut le retenir.)

Toi , ne me touche pas : je suis ton officier, Et je n'ai plus d'amis.

BERTHALT, à Baudru.

Laisse-le. — Jean Dacier, Que vas-tu faire ?

JEAN

Tout , pour mourir avec elle.

BERTHALT.

Mourir quand on se bat , quand la France t'appelle !

JEAN

La France a d'autres fils. Elle n'a que moi.

BERTHALT.

NonI Non ! mon fils, — j'ai le droit de te donner ce nom ! — Tu ne vas pas donner ta vie à ta maîtresse. Quand la France, ta mère, est encore en détresse. Ah I si tu veux mourir, c'est facile, après tout : La Vendée est en flamme, et l'on se bat partout. Demain, si tu le veux, demain , je te le jure. Nous irons au-devant de la mort la plus sûre ; Demain, nous tomberons, mais la main dans la main. Librement, en soldats.

JEAN

Et qui sait si demain La mort voudra de moi ? Sur les champs de bataille, N'ai-je donc pas dix fois affronté la mitraille ? Qui me dit que demain je serai plus heureux ?

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