‹ Jean Dacier; drame en cinq actes, en versChapitre 63 sur 88 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

Que moû dernier soupir, Jean, car il me tuerait.

JBAN.

Ainsi, depuis deux mois que vous êtes ma femme,

Voilà ce que j'ai su faire naître en votre âme :

Ce n'est pas de l'amour, ce n'est pas l'amitié.

C'est l'horreur, où se mêle un reste de pitié.

C'est vrai, vous me parlez sans haine et sans colère ;

Mais chaque effort nouveau, que je fais pour vous plaire,

Semble vous inspirer comme un nouvel effroi ,

Et vous aimez mieux être au tombeau qu'être à moi.

— Mais que vous ai-je fait? Que faut-il que je fasse

Pour toucher votre cœur, pour obtenir ma grâce?

Deux mois de dévouement, de respect et d'amour

Ne méritent-ils pas quelque chose en retour?

Ah ! c'est vrai : je ne suis qu'un pauvre diable en somme.

Un valet de labour, un rustre, à peine un homme ;

Et vous êtes comtesse, et cousine des rois,

Et l'intervalle est large à franchir en deux mois.

Mon Dieu! je comprends bien que je suis peu de chose

Près de vous. Cependant, je me métamorphose :

De paysan, soldat; de soldat, commandant...

Et qui sait? le courage et la fortune aidant,

En ce temps de combats et de péril extrême ,

Ce que peut faire un homme, un homme qui vous aime.

Si vous lui montriez du doigt, sous le ciel noir.

Quelque effrayant sommet, vertigineux à voir.

Et que vous lui disiez, avec votre sourire :

" Pour me donner ton nom, c'est là qu'il faut l'iM-nre! »

(Il lui prend la main, Marie la nlirc domnnenl.)

9t JEAN DACIER.

MARIE

Jean !..

JEAN

Mou Dieu ! vous pouvez me laisser votre main !.. — Songez que je commande au combat de demain; Que ce poste d'honneur, dont mon âme est charmée, Peut, si je vis, le soir, me donner une armée. Général ! songez-y, je puis mêler mon nom A ces vastes rumeurs que couvre le canon. Je puis laisser aussi ma trace dans l'histoire ; Car être général, c'est signer la victoire ; C'est, au-dessus du monde inquiet, incertain, Demander, arracher sa réponse au destin. Ayez, enfin, pitié de moi, soyez clémente. Peut-on ôtre à la fois si dure et si charmante ? Dites-moi d'espérer, d'attendre, de grandir , Et ne défendez plus à mon cœur de bondir. Oh! rien qu'un mot d'espoir!.. Un seul!..

(Il tombe à genoux.) MARIE.

Je ne puis ôtre Qu'à mon époux.

JEAN

Eh bien?

MARIE

Vous n'êtes que mon maître.

JEAN, se relevKnl, avec rage.

De marbre!., ou plutôt, nonl — Non! car jaurais dû voir Le marbre s'amollir, devant mon désespoir.

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