ACTE QUATRIÈME
RAOUL
Défendez-vous ainsi votre France en danger?
JEAN
Ses fils contre vous tous saliront la protéger.
RAOUL
Non, il faut me frapper; votre loi vous l'ordonne.
JEAN
Partez. Je ne reprends jamais ce que je donne.
RAOUL
C'est trahir lâchement l'honneur et le devoir !
Vous pouvez m'insulter, étant en mon pouvoir.
RAOUL
Vous m'avez pris l'amour : je vous jette ma vie!
JEAN
Par d'autres que par moi qu'elle vous soit ravie !
M.\R1E, à Raoul.
Vous vivrez 1 Si le sang doit couler entre vous, Que ce soit dans la lutte, en plein jour, devant tous !
JEAN, à Raoul.
Écoutez : l'on se bat demain... Notre colonne Attaque la première, au signal que je donne. Voulez-vous, jusque-là, m'engager votre foi De n'adresser vos coups à nul autre qu'à moi ? Tout ce que j'offre ainsi, c'est une part égale De champ et de soleil, et la lutte loyale;
C'est un duel sans merci, devant tous, en plein jour, Où chacun défendra sa vie et son amour. Pour moi, je vous le dis : je combattrai sans trêve, Jusqu'à ce que ma vie ou la vôtre s'achève ;
Et (Montrant l'épée qui est restée sur la table.)
ce fer au fourreau n'entrera, frémissant, Qu'après s'être rougi de votre dernier sang. Acceptez-vous ? *
RAOUL
J'accepte, et je vous remercie.
Mon âme par la haine, un temps, fut obscurcie : Un jour nouveau me frappe et m'éclaire, et j'apprends Que des hommes de cœur naissent dans tous les rangs. — Jean Dacier, votre main I (Montrant Marie.)
Vous êtes digne d'EUe ; Si la victoire, au jour, vous est encor fidèle, Si je meurs, c'est à vous que je remets son sort; Et puissé-je payer son bonheur de ma mort! Marie, adieu !
JEAN. (Il va ouvrir la porte de droite, puis remonte au fond et appelle.)
Baudru 1 ^