ACTE QUATRIÈME
Hélas ! comme soldat, je dois obéissance.
Faire grâce, aujourd'hui, n'est plus en ma puissance.
(A Raoul.)
Je m'en rapporte à vous : à vous dont les aïeux,
Tous tombés en héros sur les champs glorieux.
Vous ont laissé, suprême et splendide avantage.
Le culte de l'honneur comme leur héritage ;
A vous qui, mieux que moi, l'enfant des humbles toits,
Connaissez du soldat les devoirs et les droits,
Et qui vers ces aïeux, que notre esprit contemple ,
N'avez qu'à vous tourner pour demander l'exemple.
Soyez juge : à ma place, hésiteriez-vous?
RAOUÎ..
Nonl
JEAN
Si j'avais, refusant de révéler mon nom. Pareil à l'espion qui cache son visage, A travers votre camp, la nuit, cherché passage. Si l'on m'avait alors saisi : qu'auriez-vous fait ?
RAOIL.
J'aurais dit : Fusillez! — Êtes-vous satisfait?
JEAN, à Marie.
Vous l'entendez : la loi des deux camps est la même. Il meurt comme ennemi, non parce qu'il vous aime.
RAOUL
Vivant ou mort, pourvu que je reste entre vous, Tout est bien.
MARIE
Jean ! faut-il vous prier à genoux?
JEAN
Madame !..
MARIE
Écoutez, Jean I les filles de ma race Connaissent le chemin que le devoir vous trace. Nous avons, nous aussi, toujours, devant les yeux, Avec leur souvenir, l'exemple des aïeux. Ce n'est pas, croyez-en la fille des vieux comtes. Les générosités qui nous laissent des hontes ; Et l'on ne rougit pas pour avoir mieux aimé Frapper un ennemi debout que désarmé.
Puis, quand cet homme est là, sans arme et sans refuge, Est-ce donc bien à vous de vous faire son juge? Êtes-vous bien certain de ne trouver en vous Aucun tressaillement de haine ou de courroux ? Vous sentez-vous le cœur si pur et si rigide Que l'amour de la loi soit le seul qui vous guide? Et ne craignez-vous pas, dans ce duel inégal, En frappant l'ennemi, de viser le rival?
(Un silence. Jean reste immobile, les yeux baissés. Marie cherche à lire sa pensée sur son visage. Raoul reste à l'écart, debout et dédaigneux.)
JEAN
Que votre volonté soit faite ! (a Raoul.) Soyez libre ! — L'amour et le devoir se font mal équilibre ; Pour qui ne sait le fuir l'amour doit l'emporter, Et c'est être vaincu que de vouloir lutter.
RAOUL
Vous n'avez pas le droit d'épargner un rebelle !
JEAN
La victoire est clémente : elle en devient plus belle.