ACTE CINQUIÈME
Et combien "suMFpeu cette ardeur de combat Qui fait les prompts succès, mais qu'un revers abat 1 Puissent-ils respecter notre sombre épopée Tout humide de^^, de pleurs toute trempée, Et ne pas reprocher à leurs tristes aïeux D'avoir lutté, souffert, et d'être morts pour eux ! Quand nous aurons vaincu, la bataille finie, La route sous les pieds des géants aplanie, Après les durs chemins et les sentiers étroits, La douceur, la pitié, réclameront leurs droits. Puissent-elles ne pas se montrer trop sévères Pour ceux que le destin eût brisés comme verres, Si, seuls dans le combat, seuls devant le danger. Avec la France, avec le monde à protéger, Ils ne s'étaient dressés, dans ces périls suprêmes, Implacables et prêts à se frapper eux-mêmes!
JEAN , à Baudru.
Je puis compter sur toi, n'est-ce pas ?
BAUDRU, pleurant.
Oui.
4EAN.
Hé ! bien !
Tu ne vas pas te mettre à sangloter pour rien ! Quelle femme fais-tu ? — Veux-tu que ta main tremble ?
BAUDRU
Nous avons combattu, vécu, souffert ensemble : Nous avons partagé le bien comme le mal... Mais de me laisser seul, cela t'est bien égal...
H 6 JEAN DÂCIER.
* Tu t'en vas... tu te dis : « après-moi, qu'on s'arrange !
* Que pour eux la victoire en défaite se change...
* Après les jours brillants, les sombres lendemains...
* Quant à moi, je suis mort : je m'en lave les mains. » — Quand nous pouvions te voir marcher à notre tête-, Le combat nous semblait joyeux comme une fête : Les lâches devenaient braves en te voyant ;
La victoire t'aimait, comme le plus vaillant ; On eût dit qu'aux éclairs de ta sombre prunelle, Soumise, elle venait nous couvrir de son aile. Et dorer d'un reflet nos drapeaux en haillons ! Maintenant, c'est fini : nos sombres bataillons Peuvent s'environner de tonnerre et de flammes ; Ils iront au combat comme des corps sans âmes. Froids, sans craindre la mort, mais las et le cœur gros. Ce seront des soldats, mais non plus des héros.
JEAN
Non ! ce que vous étiez, vous le serez encore : Vos âmes garderont le feu qui les dévore. Feu sacré, feu divin, qui, dans ses élans fous. Vous rendrait glorieux et vainqueurs malgré vous.
* Quoi ! parce qu'un seul homme à son heure succombe,
* Une armée, un pays, le suivraient dans la tombe I
* Un seul pourrait lier le sort de tous au sien !..
* La cité périrait, faute d'un citoyen !..
* Laissons aux peuples serfs ce fragile équilibre ;
* Sur lui-même, et lui seul, repose un peuple libre ;
* Et son cri de victoire, à tous les vents jeté,
* N'est fait que de deux mots : Patrie et Liberté 1