‹ Jean Dacier; drame en cinq actes, en versChapitre 78 sur 88 · V . BAUDRU · texte numérisé non relu

V . BAUDRU

La mort!..

JEA.N.

Pauvres amis!.. Aviez-vous espéré?

BERTHAIT.

Non, je n'espérais pas : ta franchise intraitable

Avait rendu d'abord l'arrêt inévitable.

Quelque mensonge adroit t'eût peut-être sauvé...

— Tu fis bien : tu pourras mourir le front levé.

Mais , devant ce trépas , que tu ne sais pas craindre ,

Ce n'est pas toi qui meurs : c'est nous tous qu'il faut plaindre ,

Nous qui restons voués aux suprêmes combats ,

Moins nombreux chaque jour, plus seuls à chaque pas I

BAUDRL.

Condamné !.. par vous !.. oh!..

BERTHAUT

Peux-tu lire en mon âme ?

Je mérite bien plus la pitié que le blâme. Vieillard, je n'ai jamais tant souffert qu'aujourd'hui. Mais je me serais cru trop indigne de lui Si le représentant, qu'avec terreur on nomme, Sous son manteau de juge eût trahi son cœur d'homme : Si ma longue amitié, malgré tout son pouvoir, Avait un seul instant balancé le devoir.

BAlURl.

CtEur de fer !..

\n JEAN DACIER.

BERTHALT.

Hélas ! non 1 la douleur y pénètre.

Je ne suis pas de fer, mais je veux le paraître, Jusqu'à ce qu'épuisé de ce terrible eff^, Je puisse, enfin, trouver le repos dans la mort. Nous sommes d'une race aux luttes condamnée ; Mourir en combattant : c'est notre destinée ; Laboureurs sans repos, las, la sueur au front. Nous fécondons le roc : d'autres moissonneront.

JEAN

Qu'importe 1 notre part est encor la meilleure. Quand la patrie en deuil se débat, souffre et pleure, Oh I ne nous plaignons pas, nous qui pûmes, un jour, La rai^imer de foi, la réchauffer d'amour ! Oui, pour d'autres que nous, travailleurs de l'aurore, La moisson qui grandit et que le soleil dore ; Mais à nos fronts sanglants, ceints d'immortalité, Rayonnent quatre mots : Morts pour la liberté ! Et lorsque nos neveux, se penchant sur l'histoire, De l'époque terrible épèleront la gloire, Les jeunes gens pensifs qui viendront deux à deux, La main serrant la main et les yeux dans les yeux. S'asseoir sur nos tombeaux, parmi les herbes folles. Craindront de réveiller au bruit de leurs paroles, Au fond des bois pleins d'ombre, au déclin du soleil, Les aïeux endormis dans leur dernier sommeil.

BERTHALT.

Nos neveux !.. puissent-ils, en lisant notre histoire, Bien comprendre à quel prix s'achète la victoire,

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