‹ Jean Dacier; drame en cinq actes, en versChapitre 81 sur 88 · JE.O · texte numérisé non relu

JE.O

Qu'en sais-tu ? — Qui t'assure Que l'homme, tout entier, meure d'une blessure? Quant à moi, j'ai prêté l'oreille bien souvent Aux bruits vagues mêlés aux murmures du vent. Bien souvent," dans les nuits qu'un combat devait suivre , J'ai senti près de moi l'ombre frémir et vivre, Et passer, murmurant des mots mystérieux. L'âme des morts chéris invisible à mes yeux. Ali ! s'il en est ainsi, si la mort nous révèle Les rayons inconnus de quelque aube nouvelle, Je n'en veux pas douter, il me sera permis De me trouver souvent parmi vous, mes amis, Et de sentir mon âme, à la tombe échappée, Frémir encor de joie au contact d'une épee.

Je ne veux pas vous dire adieu ; non : au revoir ! Je ne vais pas mourir, amis : je vais savoir !

BAUDRU

Mourir !

JEAN

Qu'importe^un jour ! (a Berthaut.)

Est-il temps ?

BERTHAIT.

Pas encore.

JEAN

Quand en finirons-nous ?

BERTHAtT.

Au lever de l'aurore.

JEAN

C'est juste, il faut y voir. — Laisse-moi seul, ami.

— Cette nuit, grâce à moi, tu n'auras pas dormi.

BERTHAIT.

Plùt à Dieu, cette nuit, qu'elle fût éternelle !

JEAN

Non pas : vive le jour I (Bas.) Un sauf-conduit pour Elle, C'est te rendre suspect, n'est-ce pas ?

BERTBAIT.

Le voici.

JEAN

Bien ! du moins, en mourant, je la sauve. — Merci.

— Tu viendras me chercher, n'est-ce pas, tout à l'heure ?

BERTHAUT

Oui. (ABaudru.) Toi, VeiUc au dehors. (lU sorlenl.)

Page 1