‹ Jean Dacier; drame en cinq actes, en versChapitre 82 sur 88 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

JE.\N, MARIE

(EUe descend les marches pendant les derniers mots et vient tomber aux pieds de Jean, le visage caché dans ses mains.)

JEAN

Que faites-vous !

MARIE

Je pleure.

— Jean, me pardonnez-vous le mal que je vous fais?

JE.^N

Les maux venant de vous sont encor des bienfaits. Ne vous reprochez rien. — Ce n'est pas votre faute Si mon ambition, trop ardente et trop haute, A l'abime, avec moi, faillit vous entraîner... C'est à vous de vous plaindre et de me pardonner.

— Dieu soit loué ! Je meurs à temps : vous êtes libre !

MARIE

Jean !

JEAN

Tout est dit : ma vie est tranchée en sa fibre. On se donne pour moi bien des soins superflus. Ils veulent me tuer : je ne suis déjà plus.

MARIE

Vous ne m'aimez donc pas ?

Le croyez-vous, Marie ?

— Venez un peu plus près de moi, je vous en prie...

A ceux .qui vont mourir on peut tout pardonner, Et je n'ai plus longtemps à vous importuner.

— Vous ne me dites rien?,. — Vous pleurez!.. pauvre femme! Vous avez bien souffert, n'est-ce pas? Dans votre âme. Après tant de tourments, d'effrois et de douleurs,

Le bonheur imprévu ne trouve que des pleurs.

MARIE

Le bonheur?..

JEAN

Vous doutez encor de ma parole...

Vous avez tort, Marie. A l'heure qui s'envole Le jour succédera, le dernier que mes yeux Doivent, un seul instant, contempler sous les cieux. Quand tout sera fini, — ce sera court, je pense, — Éloignez-vous , fuyez le camp , fuyez la France ; Allez droit à la mer, Cavorable au proscrit.

— Si l'on vous arrêtait, déployez cet écrit.

(Il lui donne le sauf-conduit.)

Dans trois jours, vous pouvez fouler la terre anglaise.

MARIE

Et vous?..

JEAN

Je suis très-las; je vais dormir à l'aise.

MAIUE.

Ainsi , dans ce moment de terreur et d'effroi ,

Le front sous le couteau, vous ne songiez qu'à moi?

JEAN

Eh ! qui donc aurait pu m'occuper de la sorte ? Je n'étais qu'un enfant lorsque ma mère est morte.

Page 1