‹ Jean Daniel DumasChapitre 4 sur 13 · EN FRANCE · texte numérisé non relu

EN FRANCE

Comme tous les officiers de son temps, M. Dumas a dû entrer dans l'armée de bonne heure. On sait que, au XVI Ile siècle, les jeunes gens se destinant à la carrière militaire obtenaient vers l'âge de quatorze ans la commission d'enseigne. C'était là le premier pas. Or nous ne savons ni en q uelle année il est né, ni dans quel régiment il débuta.

Né dans l'Agenais et « élevé sur les bords de la Garonne », il n'est pas improbable que ce soit dans le régiment du pays natal qu'il fit ses premières armes.

Nous savons toutefois que, avant de venir au Canada, il avait servi longtemps comme capitaine au régiment d'Agenais et que, arrivé dans la colonie, il réclama le droit d'ancienneté sur MM. de Contrecœur et de Beaujeu;10 le marquis Duquesne ne semble pas avoir agréé sa requête. Nous n'avons pu trouver la raison de ce refus. Le .fier marquis le trouvait-il de trop petite naissance, ou trop peu courtisan ? On ne peut que conjecturer sur ce point. On voit cependant par les lettres de M. Duquesne au Ministre, que ce gouverneur,

10 Voir sa lettre du 24 juillet 1756, ainsi que la recommendation de M. de Vaudreuil, déjà citées.

dès le début de son administration, se montra prévenu contre la plupart des officiers de la colonie, en commençant par le baron de Longueuil, qui avait gouverné le pays depuis la mort du marquis de La Jonquière. Il accorda ses préférences à trois officiers, MM. Marin, Péan et Le Mercier, qu'il ne cessa de prôner et en faveur desquels il importunait constamment le Ministre de ses instances de grâces et d'honneurs.

« Le départ de Duquesne », dit M. Garneau, (( ne causa aucun regret en Canada. Son caractère' hautain l'avait empêché de devenir populaire. »

Nous ne pouvons résister à la tentation de reproduire ici la lettre qu'adressait le marquis Duquesne au Ministre, à la date du 15 juillet 1755. L'on y découvre un personnage gonflé d'orgueilleuses prétentions, se complaisant à faire la leçon à M. cle Vaudreuil, son successeur, et à lui tracer une ligne de conduite administrative.

((Canada, 15 juillet 1755.

(( Monseigneur,

((J'ai l'honneur de vous informer que Monsieur de Vaudreuil est monté à Montréal le 12 du courant pour accélérer les mouvemens qu'il doit faire du côté de Choeguen, qui deviennent toujours plus

pressés par les forces que les Anglois envoient de ce côté là et les barques qu'ils construisent en toute hâte pour croiser dans le lac Ontario. Je ne mets point en doute que Monsieur le Baron Dieskaw qui est chargé de cette opération ne réussisse.

« Personne de la Colonie n'ignore que j'ai offert mes services à Monsieur de Vaudreuil pour une opération aussi importante et que je ne lui aie fait observer que tout Canadien qu'il était il n'auroit pas mes mêmes facilités soit pour rassembler promptement sa milice, soit encore pour la célérité du départ. Je n'ai eu d'autre réponse de lui; qu'il alloit monter à Montréal. A ce refus je lui ai communiqué Monseigneur, la lettre que vous m'avés fait l'honneur de m'écrire du premier avril, il m'a encore répondu qu'il monteroit à Montréal. Je lui ai cependant dressé le projet de cette expédition en présence de Monsieur le Baron Dieskaw et l'ai déterminé à se servir des Sieurs Péan et Le Mercier pour l'arrangement et la prompte exécution de cette entreprise, ces deux officiers m'aiant donné des fortes preuves de capacité dans mes mouvemens.

«J'ai remis à ce nouveau Gouverneur des mémoires de ce que j'ai fait dans cette Colonie et sur tous les objets les plus intéressants qui exigent beaucoup d'attention pour entretenir l'ordre, la

règle et l'épargne que j'y ai établi dans tout ce qui a été de mon ressort.

(( Je lui ai donné de plus un mémoire sur ce que j'aurois fait si la Colonie avoit roulé sur moi dans la circonstance présente.

(( Je ne puis m'empêcher Monseigneur, de vous témoigner ma sensibilité sur ce que vous n'avés pas eu agréable de faire rouler sur moi jusques en automne les opérations du Canada. Je m'attendois cependant à cet agrément, vu mon travail et les connoissances que j'ai acquis; j'en ai été si vivement touché qu'après avoir rempli tout ce que je devois à mon successeur et me voiant inutile, j'ai demandé à Monsieur le Comte Dubois de la Motte, la frégate la Diane pour passer à Rochefort où il me convient d'aller par préférence.

Je suis avec un profond respect Monseigneur,

Votre très humble et très obéissant serviteur

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