DUQUESNE
Québec, le 15 juillet 1755.
Inutile d'insister : l'insolence du marquis de fraîche date perce à chaque mot.
La ligne de démarcation entre Canadiens et Français était déjà bien dessinée à cette époque. Ceuxci regardaient ceux-là comme des inférieurs et les
Canadiens payaient leurs cousins de France en même monnaie. La même mentalité, du reste, existait dans les colonies anglaises où l'antagonisme était peut-être encore plus prononcé. Des faits nombreux et variés, qu'il serait superflu de rappeler ici, prouvent amplement cette disposition d'esprit des deux peuples, laquelle alla toujours croissant et atteignit son point culminant dans les dernières années du régime français. La conduite de M. Duquesne, du baron de Dieskau et de M. de Montcalm envers M. de Vaudreuil et les Canadiens en général, et que ceux-ci ressentaient vivement, est une preuve frappante de cet état d'esprit regrettable dont nous parlons. Il est juste d'ajouter que le chevalier de Lévis fut une des rares exceptions à cette règle; il fut toujours l'ami et le protecteur des Canadiens qui, en retour, l'aimaient et l'estimaient. Il en était de même pour M. Dumas.
Mais laissons cette digression. M. de Contrecœur avait été fait capitaine en 1748, après dixneuf ans de service. Le sieur Dumas était plus ancien dans le grade, ayant « longtemps servi en France en qualité de capitaine d'infanterie », il avait suivi le régiment d'Agenais dans ses différentes campagnes, en Allemagne, en Corse, en Bavière et sur les Alpes, théâtres où il trouva main-
tes occasions de se distinguer et de gagner ses promotions.
On sait que le marquis de Montcalm fît, lui aussi, ces différentes campagnes, à partir du siège de Philipsbourg (1734), jusqu'à la paix de 1748. Ces deux hommes servant dans des régiments différents n'avaient probablement pas eu l'occasion de se rencontrer avant de venir au Canada. Néanmoins, lors du désarmement qui suivit le traité de paix d'Aix-la-Chapelle, le régiment d'Agénais, après de nombreux et brillants états de service, fut démembré et incorporé, le 10 février 1749, partie dans les Grenadiers de France, partie dans le régiment de Berry. Le capitaine Dumas paraît alors avoir été destiné au service des colonies et attaché aux troupes de la Marine.
Nous extrayons de Y Histoire de l'Ancienne Infanterie française de M. Louis Susane (Paris), 1853, vol. 8, p. 271), la liste suivante des services et des campagnes de ce beau régiment d'Agénais, qui eut en tout temps comme colonels commandants des officiers de distinction et de mérite.
« Agenois. — Créé sous ce titre, 4 octobre 1692, et donné à Antoine Clériadus, comte de Choiseul- Beaupré. Armée d'Allemagne jusqu'en 1694. Campagnes de 1695, 1696 et 1697 en Flandre; siège d'Ath. Armée de Flandre en 1701. Combat de Nimègue en 1702. Passe à l'armée du Rhin,
bataille de Friedlingen. Siège de Kehl. Campagnes de Bavière en 1703. Bataille d'Hochstedt en 1703; le 1er bataillon y est pris. Donné le 2 mars 1705 à Henri-Louis de Choiseul, marquis de Meuse. Armée de Flandre, bataille de Ramilies en 1706. Bataille d'Audenaerde en 1708. Bataille de Malplaquet en 1709. Bataille de Denain en 1712; le colonel y est très grièvement blessé. Donné le 17 octobre 1717a Gilles de Carné, marquis de Trécesson, 1er février 17 19 à Louis- Auguste, comte de Bourbon-Malauze, et 1er août 1731 à Armand, comte de Bourbon-Malauze, frère du précédent. Armée du Rhin, siège de Philipsbourg, en 1734. Combat de Klausen en 1735. Campagnes en 1739 et l74° e,n Corse. Armée de Bavière en 1742, secours de Braunau, défense de Deckendorf. En garnison à Bitche en 1743. Armée des Alpes en 1744; le colonel est tué à l'attaque cfes retranchements de Montalban. Donné 1 5 mai 1744 à Louis-François, marquis de Monteynard. Sert sur les Alpes jusqu'à la paix. Incorporé 10 février 1749, les Grenadiers dans les Grenadiers de France, et le reste dans le Berry. Les deux drapeaux d'ordonnance d'Agénois étaient jaune et violet, dans chaque carré, ces couleurs séparées par une diagonale festonnée. Habit complet gris-blanc, parements rouges, boutons et galon d'argent. »
Sa carrière