SCEAU
DE Jean de Bailleui. roi d'Ecosse
i Charte du 23 nooetniire J3Û2J
A H>r'n4*r, l«l J<-ul{> Anime
^ l' est parfois d*étranges destinées; aucane ne
Test assurément davantage que celle de ce cbevalier devenu roi , détrôné après un aussi court règne et finissant obscurément son existence dans une forteresse du Timeu. Malheureux pendant sa vie^ Jean de Bailieul devait Tètre encore aprèâ sa mort« Depuis six siècles on s'attache à méconnaître sa nationalité, son origine et sa fin : il semble que Vbistorica qui aborde ce sujet mette aussitôt le pied sur l*herbe qui égare. Ce que i*on a dit par erreur, tant d'autres Tont répété depuis. Les jalousies de province s'en sont mêlées, avec les meilleures intentions du monde, chacun revendiquant pour son pays cette brillante mais éphémère illustration. Il en a été des familles comme dos érudits» à un point de vue moins désintéressé pourtantt
et i*on en esl arrivé à sanclionner, à propager sur Jean de Bailleul un tissu d'erreurs, et faut-il le dire» de mensonges, commis hélas 1 en iwrfaite connaissance de cause, qu*il importe de dévoiler. Il ne sera pas difificile de le faire, avec les documents que l'on va produire. Les preuves matérielles et irréfutables abondent, les faits parlent d'eux-mêmes, et, savants ou gentilshommes, intéressés dans la question» il .iaudra bien que cliacun se. rende à l'évidence. Il est temps que ce fait soit définitivement jugé: Il n'c.^t jamais trop lard pour dissiper des ténèbres ou faire justice de prétentions mal fondées, fassent-elles les unes et les autres plusieurs fols séculaires.
Les personnes qui se trompent sur le compte de Jean de Bailleul, nos adversaires par conséquent, se divisent en deux classes, les écrivains, bistonens ou érudits, et les families du nom de Bailleul. Nous commencerons par leur répondre séparément et par leur fournir nos preuves avant de publier la généalogie des seigneurs de Baillevl du Vimeu, qui sera ia preuve la plus importante et, pour ainsi dire, le couronnement de Tédifice*
L serait certes plus facile et plus tôt fait d*é* numérer ceux qui ont dit que Jean de Bailleul était Picard que ceux qui ont avancé le eon* traire. . Le roi d*Écosse a été baplisc Normand « quoiqu'il y en eut, parce que la Nornuindie a trouvé plus d'historiens que la Picardie» parce qif elle compte plus de villages du nom de BaïUcul, et enfin parce qu'il était prudenty au siècle dernier» de se faire un ami ,de M. de Bailleul» président au parlement de Normandie (I). Cria n'otait pas difficile et ne iaisait de tort à personne. Une fois le chemin frayé, tous Tout suivi, estimant cela plus commode que de s'engager dans une route nouvelle
(1) Qiarles -Pierre de Bailleul, conseiller du roi en tous aes coiueUft, président à mortier au parlement de Normandie*
et inexplorée. L'édificequ*ils se sont efforcés de construire repose sur de si mauvais fondements qu*il n*y a vraimeot aucun mérite à le renverser et Ton ne peut comprendre qu*U ne se soit encore rencontré qu'un seul archéologue» aussi savant que l^n informé, M. le marquis Le Yer (1), pour essayer de mener Tentreprise à Ji)onne fin. Le mémoire qu*il a publié sous forme de lettre (2)^ nous sera du moins fort utile et nous lui ferons de firéquents emprunts avec d'autant plus de confiance que M. Le Yer appartenait à l'une des plus anciennes familles du Pon. thieu, qu'il possédait sur cette province une très riche collectioa de documents et de manuscrits où il a pu puiser à pleines mains» et qu'enfin, comme il le dit luimême, il s'occupait depuis longtemps de recherches sur Jean de Baiiieul et sur sa famille, et se proposait de publier sur ce sujet intéressant» un travail complet et étendu » û la mort ne Tavait surpris au milieu de sa tâche.
La France ne compte pas aujourd'hui moins de treize
villages de LIailleul, deux dans le dcparlcinent de l'Eure, un dans la Manche» un dans le Nord» un dans TOise» un
(1) Lonis-Angastm Le Ver, marquis de Chantraine, appelé le marquis
Le Ver, colonel de cavalerie, cheTalier de Saiût-Louis, né à AmicDsle
30 juillet 17C0, mort ie 8 octobre 1S40.
(î) Re\aio Anglo-Française, tome 8-4, amiée 1835-Î836, p. 444. — Sous ce litre : biograj hie anglo-firauttçaise. Sur Jean de B&ill6ul,roi d'Ecosse i lettre m directeor de la reYue auglo-iknDÇBise.
dans l'Orne^ trois dans le Pas-de-Calais» un dans la Sarthe, deux dans la Seine-Inférieure el un dans la
Somme* £a compulsant les nobiliaires des diverses provinoeSy depuis le xyi* jusqu'au xthi* siècle, on Ironve dix-neuf familles qui ont porté le nom de Bailleul comme seul nom patronymique : Toutes se sont éteintes successivement, après avoir sans doute revendiqué le roi d'Ecosse comme leur appartenant en propre ; mais, de celleslà il n'y a rien à dire et Ton s*occupera de la seule maison normande de Bailleul qui ait survécu et qui réclame aujourd*bui Jean de Bailleul comme Tun de ses ascendants, en s'appuyant sur les textes modernes, ou presque modernes, d'écrivains complaisants dont le seul tort a été de se copier mutuellement, sans vouloir remonter aux sources . S'il n'est pas, pour employer un langage vulgaire, de pire sourd que celai qui ne veut pas entendre, il n'est pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Voici, en deux mots, le thème favori de ces écrivains parmi lesquels on a le regret de compter les auteurs de Tart de vérifier les dates : « le village de Bailleul-sur- Eaulne (canton de Londinières, Seine-Inférieure} adonné son nom à des seigneurs desquels est issu Jean de Bailleul qui devint roi d'Ecosse. Après avoir été déposé, Jean revint se fixer dans la seigneurie de ses ayeux, il y mourut et y fut enterré sous une pierre tombale que l'on voit encore dans l'église de ce village. » Telle est, avec plus ou moins de développements, l'opinion universelle-
hmI adoptte et rèpandtie : oerUins érodils ont eu poar^
tant la bonne foi de ne vouloir rattacher Jean à aucune des dii-ocuf familles de Bailleul qui auraient pu» avec aoUnl de jiMClioe et de bon droltapparent, se le disputer
pour lui donner la place d'honneur dans leur arbre géoéalogiqtto.
Et d*aliord, lean de BalHeal devart-il son nom à Baîtieul-
8ur-Eau1ne et possédait-il celte seigneurie à titre viager ou héiéditaire? Le roi d*£co88e« si Ton interroge ses aetes» se eharge de répondre lui-même. Il semblerait qu'en descendant du trône, il ait prévu que $a gloire éphémère jeterait tant d*édat sur le nom de Bailleul que tontes les foimîUes de ee nom voudraient s'en prévaloir. Cest avec un soin jaloux, pour ainsi dire, qu*il détermine son origine, et les historiens auraient été fixés là-dessus depuis longtemps s'ils avaient eu connaissance des chartes que nous avons retrouvées. Dans trois pièces émanées du prince détréné et datées du mois de septembre et du mois de décembre 4304, du mois de juin 1306 et du 4 mars 1314 (1)» Jean se qualifie ainsi : « Nous Jebans, rois d*Ë800S8e et sires de fiaiileul-en-Vimmea« »
Il y avait déjà tant dé villages et de familles de Bailleul qu'il aurait pu y avoir quelque confusion dans Tesprit de la postérité, ee qui n'a pas manqué d'arriver* C'est pour-
<i} Voir chartes mi pièces JustificatiYSS qui tsmûaeat ce-
quoi Jean a-l-il soin de spécifier el de dire « BAillettl-eii« Vimmett. » (Test donc bien eu village de BaJHeol
(canton de Hallencourt, Somme), situé dans le Vimeu, portion du Ponthieu qui comprenait lui-même ia fiasse- Picardie a?ee Abbeville pour capitale, que Jean de Bailleul devait son nom patronymique. Le doute n'est plus possible, et s*il subsistait encore» il devrait céder devant une nouvelle preuve. En mariant le 23 octobre 1295» son fils unique, Edouard, à Isabelle de France, fille de Charles de Valois, Jean assigne le douaire de sa bru sur les seigneuries de Bailleul, de Domplerre» de Homoy et de Hélicourt, quMl possède en France, et sur toutes ses seigneuries d*Ëcosse. £n faveur d'une aussi illustre . alliance» Jean ne pouvait se montrer trop généreux et il estineonlestablequeles seigneuries précitées composaient tout son avoir en France. Un a vu que Bailleul était en Vimeu où étaient également Hélicourt (i) el Homoy (2) : Dompîerre seul était sur les bords de TAutbie (3). II n'est nullement question de seigneuries en Nonuaadie, et s*il en avait possédé une quelconque, pour quel motif Jean rauraîl-il omise en ne citant que celles du Pontbîeu t II n'est pas admissible qu'il ait eu encore d*autres seigneu-
(1) HâiAonrl, cette important» chfttallenie, ii>8t plus aujourd'hui qQ*ai|e annexe de la conunatie de TilloT-TlofiTiUe» eanton de Gam»cbes» Somme.
(S) Homoy est on cbef-lien de eanton.
(8) Oompierre-sur-Authie^ caiitou de Crécy-eo-Ponlhieu, Somme.
ries : Si l'on songe que Baillcul, cbàlellcnie, et Héliconrt, baronnie, étaient les deux plus grandes terres de la province» qu'un nombre immense de fiefe relevaient d'elles, qu'elles possédaient l'une et l'autre deux forleresses imposantes» si l'on ajoute que Dompierre avait aussi un chàteau-fort, on trouvera que Jean de Ballleul était déjà beaucoup plus riche que la plupart des barons de sou temps. En faisant rénuméralion de ses biens pour le mariage de son fils» Il n'aurait pas manqué de mettre en première ligne le lieu de sa naissance ou du moins le berceau de sa maison. C'est justement parce qu'il se qualifie toujours « sires de Bailleul-en-Vimmeu> » à Vexcluslondeses autres grandes terres, que Von peut affirmer qu'il n a jamais rien eu de commun ni avec la Normandie» ni avec Batlleulnsur-Eaulne.
Le même argument servira à répondre à cette objection que Jean de Bailleul ayant été enterré dans l'église de Bailleul-sur-Eaulnet il s'ensuit que ce Bailleul était à lui et la seigneurie patronymique de ses ancêtres. Nous croyons avoir suffisamment prouvé le contraire aux gens sérieux et de bonne foi. Aux antres, nous dirons que la pierre tombale de Bailleul-sur-Eaulne n'est pas celle du roi d'Ecosse et pourquoi elle ne peut être la sienne.
Lorsque le roi d'Ecosse^ après son abdication, eut été team par le roi d'Angleterre» à Wissant [1 ), le 14 juillet
(t) Wiaaanit-iii ou nVt-il ^ été U Parbu itim des Gommcn-
i299, entre les mains de l'évéque de Vicencc, légat du pape» il était libre de fait et c'est alors qu'il revint en P#nthieu où il pouvait fixer sa résidence, à*son choix, comme on l'a déjà dit, dans les trois châteaux de Bailleul-en-Yimeu, de Hélicourt ét de Dompierrensur-Authie. Il est probable qu*il les habita tous alternativement^ plutôt même les deux premiers que le troisième; mais, on suppose qu'il avait une préférence marquée pour Hélicourt dont la forteresse devait être très-vaste et très-importante, à en juger par les débris qui subsistent sur les bords de la Bresle» dont les eaux baignaient le pied du donjon» et par le prix que l'on attachait à sa possession pendant les guerres des xiv* et xv" siècles (1). Hélicourt n*avait pourtant» pour Jean ni pour les siens» l'attrait de la nouveauté puisque, dès 1139, Bernard de Baillcul, son bisayeul, 8*en qualifiait seigneur. On trouve la preuve de cette prédilection dans le choix que Jean avait fait du nom de ce château pour son cri d'armes héréditaire, qui fut celui de son fils et qui serait demeuré celui de ses descendants si Edouard n'était mort sans postérité. « Jean de Bailleul»
taires de César î Toujours est-il que ce petit port» réduit à une population de 900 âmes, est bien déchu de son ancienne aplendenr et de l'importance qa*il avait acquiae pendant la goeire de cent ans. — Wissant fait aujoaid*hni partie du canton de Marquise» Paa-de^ais.
(t) Gonune dans tout le Pontbien. & deux on trOia exceptions piès« les ruines de Hélicourt se composent de fossés gaionnés et que le temps a à demi comblés, entourant une bntie sur laqaeUa s^'élevait jadis ledonjoo, et que Yaa voit encore dans rbeibase du moulin àblé.
roy d*E800sse, retint toojoars le cry de sa maisoD:
ffélUeourt'en'Ponthieu, qui est une baronnie située au comté de Ponthieu, laquelle lui appartenoit de soa propre, avec les seigneuries de BaiUeul-en-Yimeu et de Hornoy, d*où on recueille Terreup de Nicolas Vîgnier en sa bibliothèque historiale, de La Groix-du-Maiue en sa bibliothèque françoise* et de Denis Sauvage, sur ia chronique de Flandres, qui ont cru que ce roy estoit seigneur de Harcourt en Normandie, Tayant confondu avec Uéllicourt qui est au comté de Ponthieu. (i) »
Pour quel autre motif, qu'un molif d'affection el de préférence, Jean aurait-il choisi le nom d'Hélicourt au Keu dé prendre fièrement son nom patronymique pour cri de guerre, comme l'ont fait quelques grandes familles picardes, notamment celles de Rambures, de Rubempré et <de Renty» et ômU n*en déplaise à un dicton fort conno« le cri n'était pas un « piteux cry, » tant s'en faut (2).
(i) Da Gange, II* diaaertutioii but l'hUt. de 8. Louis.
(1) « Bambnres, Robemiiré, Benfy, belles armées piteux oy» (La GoUmibi^, flcienee héroïque, p. 474.
On ne peut g*ezpliquar le seu9 de ce médumt.distiquej car le « piteux cry » de ces trole Ulustres maisoni était tout simplement leur nom*
Gela était certes moins piteux que d'avoir choisi pour cri d'armes, comme taLit de famiildâ i'out {ail, le nom de quelques autres grandes maisous de ieur province, soas prétexte d'alliance ou de préteutiou à une communauté d'origine. N'était-il pas plus noble eucore de jeter dans les battiillrîs propre nom à la face de i'euuemi, que d'orner son écusson, comme ou comment à le faire au xvi* siècle, de devises latines ou
Jean de Bailleol aimait donc Hélicourt ; il y Técut
iaprès son retour en Ponthieu eo 1299 Ceci est prouvé par les divers actes qu'il passa avec la moDicipalité d'Abbevitle et avec Tabbé de Sery. Poar agir ainsi il
faut être présent. Des concessions, des ventes ne sont pas Tafi^ire d*un jour, mais le résultat de combinaisons, de calculs plus ou moins longs: Si Jean de Bailleul traitait avec le mayeur d'Abbeville, avec l'abbé de Sery, avec les officiers du roi en Pontbieu,*c'est qu'incontestablement il habitait le Pontbieu. Pourquoi, s*il eut vécu à Baîîleul-sui-Eaulne, n'y aurait-il pas laissé les mêmes traces de son séjour par des actes de même nature passés soit avec des villes voisines, soit avec des barons, ses voisins? On dit donc que Jean de Bailleul habitait Hélicourt et il n'y vivait pas toujours d'une manière exemplaire, à en juger par Taocusation que le sénéchal de Poniliieu pour le roi d'Angleterre intenta contre lui pour ce pluseurs entrepresures, meffais et . trespas desquës 11 sénescaus de Pontiu nous acoisonnoit cl nos gens, et nous mcloit sus avoir fait en nostre terre de Héliscourt et ès appartenanches séans en Yimeu (I). » C'était le 14 mars 1314.
italieimes, <m de mauvais jeax de mot» firançaU. Gertea les annaa daa . Bambures, des Rubempré et des Benty étaient belles, car elles person-
' nifiaient la simplicité que Ton estime tant dans la scieneebéfaldique;
mais leur cri de guerre ou d'armes était beau aussi. (1) Voir cette pièce reproduite toute entière aux Pièces justificatives.
Le hït de la résidence i Hélioourtt en 1314 du moins» parait résulter clatrement de cette pièce; si Jean y
menait joyeuse vie en molestant ses vassaux, c*est donc qu'il y demeurait. Or, si Tod ajoute à cela que Jean mourut vers le mois d'octobre 1314 • comme on le démontrera tout à l'heure, on se trouvera tout naturellement amené à conclure qu'il mourut à Uélicourt mèmCt bien mieux placé que Bailleu! par rapport au voisinage du sùn6chal de Poiithieu qui devait désormais être fort peu agréable à Jean. Pourquoi donc» c'est une question que nous posons à nos adversaires, pourquoi Jean aurait-il choisi sa sépulture à Bailleul-sur-Eaulne, dans une autre province, dans une seigneurie où il ne possédait rien» loin enfin de la sépulture de ses pères qui devait être assurément soit à Bailleur soit à Hclicourt» soit peut-être dans l'une des deux abbayes de Sery ou du Lieu-Dieu» cimetière ordinaire de la grande noblesse du Vimeu jusqu*au xv* siècle? Edouard de Bailleul, son Qis unique, était en Angleterre au moment de la mort de son père : Une lettre du roi d'Angleterre» du 4 janvier 1315 (I), le dit formellement. Il n'avait par conséquent pu s'occuper de la sépulture de son père» et si Jean avait été enseveli dans réglise de Saint-Waast de Bailleul-sur-Eaulne» c*eot été par suite de son choix ou de l'expression de ses dernières vo-
(1) Rymer, t. II, part. 1, p. 75.
lontés. Quand un baron ou une noble dame choisissait sa sépulture dans une église, cette faveur était achetée par des donations de terres où par de rîcbes fondations. Où sont les acles passés par Jean de Bailleui ou par son fils, à cet égard ? où sont les fondations faites dans Féglise de Bailleul-sur-Eauloe?
On pourrait nous objecter que nous raisonnons ici sur de simples hypothèses, et que la discussion de questions
historiques controversées ne comporte et n'admet que des faits. Rien n*est plus juste et c'est avec des faits indiscutables que nous allons procéder.
La tombe qui, après avoir subi plusieurs déplacements, est enfin encastrée dans le mur du nord de réglise de Baillenl-sur-Eaulne (I), est en pierre d'ardoise, haute de 2 mètres 65 centimètres et lar^^e de 1 mètre centimètres. Cette tombe, gravée en creux, ^ est partagée en deux parties égales par deux lignes parallèles de haut en bas. Dans le compartiment de droite, soit que Teffigie du mari n'y ait jamais été figurée, soit qu'elle ait. été efiacée, on ii*y distingue plus qu'une croix ancrée placée plus haut que le milieu. Le compartiment gauche offre T image d'une femme dont la tète est entourée d'un voile et dont les mains sont jointes sur la poitrine. Des deux oAtés de la tète sont deux écussons : celui du mari est indéchiffrable : celui
(i) Ctotoo de LondioUnw, 8eiiw»Iiiflri«iire.
ée ia femme porte un sautoir de voir, pièoe héraldique bien connue, propre à qudques familles, et notamment
à la maison flamande de Bailleul: Ce n*est donc pas une croix de Saint-André, emblème du patron de rScosse, comme quelques archéologues normands Tout \oulu'pour les besoins de leur cause (1). Tout ceci n*est pas conlestablc, mais la question de Tépitaphe est le point le plus délicat. Aujourd'hui cette inscription est tout à fait illisible et presque coraplètement eflTacêe. On peut y voir tout ce que l'on veut parce que i on n'y voit plus rien. Voici comment un archéologue normand, BI. Mathon, Ta lue en 1820 :
« Cl-GIST. MONSËIKGKEUR. JOBÀN. JADIS. SEINGUBOB.
DE. Bailbol (ici six mots eflacés)... qoi trbs-
PASSA l'AiN. de. GllAGE. MlL CCCXXI (oU XXIX). SAMEDI X. JOUA. AVRIL. PRlES. POUR. AME. DE. LU Y. •
t Gl-GIST MADAME. JOHAN OOLT (OV EDL)... SBOR.
DU. ROT. EdEVAER. jadis. FAME. MONSEINGNEUR. JoHAN. DE. BaILEUU qoi. TRESPASSA. L*AN. de. GRàCE. MlL.
CGC. ET. m. LE. H* iouR. devant, la. Ghamdilbue.
Pries, pour. luy. (2) »
(1) Description géograpliique, histor. monam. et statist des arrond. etc., 3* partie, p. 45, par M. Guilmeth. — Notice sur une piecre tanolaire d« régtise de BaiUenl-eiir-EaulDe, par If. de Duranvffle.
(S) Bpigsqiliie de la Seiae-Ioftrieare, par U. FebM Gediet, t ZXI do BnUetin momuneatal, publié p« M. de Omniioïkt, p. Sll,
Voilà maintenaot comment le marquis Le Ver l'a déchiffrée en 1835 :
a Ct Gisï Monseigneur Jehan, jadis sei-
GNEUfi 1.... BSPÀSSA LAN DE ORAGE SAMEDI
X AVaiL PRl&S POOR L*A1IB DE LUT. f G1-GI8T
Madame Johanne f moult seur de (ici trois
lettres illisibles) ëoeonaer f jadis famé f monseigneur Jehan» seigneor de Bauoeu.... trespassa
LAN I)K GUAGE MIL CGC ET 11 LE II' JUUH DEVANT LË CHANDELEUR. 1»
Le temps avait rapidement fait son' œum- de
destruction et il est fort heureux pour nous qu'il ne Fait pas achevée plus tôt» car cette épitaphe seule nous suffira pour prouver que ceux pour lesquels elle avait été rédigée n'étaient ni le roi ni la reine d'Ëcosse. .
La qualification que 1 epitaphc donne au mari est celle de « jadis seigneur de Baileul. » Pourquoi ne lui attribue-t-dle pas le titre de roi d'Ecosse que Jean prenait dans ses chartes, de 1300 à 1314, avant celui de sire de Bâilleul ? a dans l'usage» — dit M. Le Ver, — ce titre de roi est indélébile,' et celui qui Ta porté la conserve, quoiqu'il soit descendu du trône et tombé dans un rang inférieur. » Sans parler de l'exemple fourni par Jean de Bailleul lui-même» on remarque que> dans toutes les cbartes où figure Jeanne de Dammartin,
comtesse de Ponthieu, veove de Ferdinaiidy roi de
Castille et de Léon, depuis son second mariage avec Jean de Nesle, vers 1260, elle se dit to^iou^s par. la grd€$ de Dieu reine de CasHUe et de Léon^ eamieête de Ponthieu. Adèle de Savoie, veuve du rui Louis Le Gros^ qui avail épousé Mathieu de Monlmoreocy* connétable de France, s'intitule aussi a Adelm reginm et vir meus dominus Malhœus (1). » Isabelle d'Angoulème enfin, veuve de Jeau-sans-Terre, roi d'Angleterre, et remariée à Hugues de Lusignan, comte de la Marche» se faisait toujours appeler la Comtesse-RHne, Il s'agissait pour elles de rappeler une grandeur passée et qui ne pouvait plus revenir : Pour Jean de Bailleul au contraire, il s'agissait de constater des droits solennellement reconnus par le roi d'Angleterre, par TEcosse entière, et que sa défaite ne pouvait ni efiEacer ni prescrire. Il était dans l'ordre des choses qu'Edouard I" ne qualifiât plus de roi celui qu'il avait vaincu et détrôné; il était naturel, par suite» que les représentants du prince anglais dans le comté de Ponthieu ne traitassent plus Jean qu'en simple gentilhomme, mais il aurait été surprenant que Jean cessât de s'attribuer un titre auquel il avait des droits réels et qu'il ne lui donnât pas le pas sur tous les autres : Or, c'est ce qu'il n'a jamais cessé de faire : Les actes émanés de lui en font foi. Pourquoi donc ce beau
(1) Uist. de la maison de Montmorency, par A. du Cbesne.
titre de roi d'Ecosse aurait>i1 disparu d*une tombe érigée par la piété d'ao fils, héritier de ses droits et de ses titres, sar ia sépulture de son père?
2* Daos répitaphe de la femme on remarque deux anomalies bien autrement singulières ? d*abord, le mot
SEDR qui constituerait un fait jusqu'alors sans précédent dans les annales de la science épigraphique. La lecture de M. Hathon et celle de M. Le Yer ont été la même, seulement tous deux font précéder ces quatre lettres de quelques points, comme s'ils supposaient qu'au lieu de former un seul mot elles n*étaient que la terminaison d'un mot plus étendu. M. Le Yer, liolarnment, a trouvé celle qualification si étrange et si intempestive, que, tout en déclarant a qu*îl n*a jamais été d*usage d'indiquer la
fralernilc d'une femme sur une pierre tumulaire où le nom du mari se trouve, » il a en outre soin d'avertir . qu'il a dû mal lire et que le mot dont il a fait ssur doit assurément signifier autre chose. La version de M. Mathon, faite d'après un examen antéheiir de quinze ans, prouve que M. le marquis Le Yer ne s'est pas trompé. ' 11 y a donc bien selr sur Tinscription et seur du roy Edevaer. Mais ici les deux érudits sont en désaccord* M. Ofathon l'a lu ainsi; M. Le Ver a lu également
Edevaeu, mais il allirme qu'entre ce mot et eeux de secr DE.... il y a trois lettres illisibles dont M. Malhou a fait le mot aoT. Jusqu'à quel point, d'abord, est-il permis de
trouver Edmrd dans EDKVABR/et pourquoi IV dn mot
BOY est-elle en tout semblable à un lorsque les autres a ont le style de l'écriture connue sous le nom de minuscule gothique, celle des chartes et des légendes des sceaux du xv* siècle? Il ne faut pas se le dissimuler, le style de Tinscription, et la lorme des lettres feraient eroire que cette épitaphe serait postérieure de deux siècles à la mort du roi d'Ecosse: Admettons pourtant < qu'elle soit contemporaine, admettons que 1 intention du 'sculpteur ail été d'écrire « sbur du rot ëdevàer ; que Tépondra-t-o& alors à la deuxième anomalie que Ton signalait tout-à-rheure, car la femme de Jean de Bailleul, et Tbistoire le prouve, n'a jamais été la sœur d'aucun roi. L*épitaphe la nomme Jeanne et la reine d'Ecosse, femme de Jean, s'appelait Isabelle. L'épitaphe la fait sœur d'un roi Edouard: Duquel? Est-ce d'Edouard de Bailleul, devenu roi par la mort de son père? Mais alors Jean de Bailleul eut épousé sa propre lillo. Ce serait une accusation d'inceste qui est d'autant moins Venue à la petisée de personne que Jean n*a pas eu de
• filles. Est-ce du roi d'Angleterre, Edouard II? Mais chacan sait qu'Henri l" n'avait eu que deux filles, Marguerite, femme d'Alexandre III, roi d'Ecosse, et Béatrix, femme de Jean de Dreux, duc de Bretagne ; de plus, Isabelle» femme de Jean de Bailleul, et fille de Jean,*
. comte de Yarennes, de Surrey et de Sussex, n*avait qu un seul frère, Guillaume de Yarennes, tué du vivant
— iode .60D père dans un tournoi , à Croydon (i). Il est difficilet comme on le voit, de concilier les prétentions
de quelques normands, désireux de s'allribuer un illustre compatriote de plus» avec le rigide poshivisme de rhistoire*
3* L*écussoig placé à gauche de la tète de cette Jeanne, porte un sauloîr sur lequel on croit distinguer les traces
de la fourrure connue dans le langage héraldique sous le nom de vair. Les armoiries de la prétendue reine
d*Ecosse se blasonneraient ainsi ; ■ de au Mutoir dê
vair. Admettons que le vair ne soit qu'un cffel de rima-* giuatiou, que le grain de la pierre, entamé dans certaines places» ait aidé à une illusion d*optique : il reste indubitableineiiL un sautoir. Ces armes n'ont donc aucun rapport avec les armes d'Angleterre que chacun connaît» ni avec celles des Yarennes» comtes de Surrey, qai étaient: échiqueté d'or et d'azur (2). Elles ont encore moins de rapport avec celles du royaume d'£cosse et de la maison de Bailleul-en-Yimeu.
4*' Sur le compartiment de la pierre tombale où était figurée rimage du mari» de ce sire de Bailleult on dis-
tingue encore une croix ancrée. Une verrière de l'cglise de Bailleul-sur*£aulne oiïre la représentation d'un cheva-
(1) P. Antehne, t Y, p. S6-9S, et bnbof; Géné«l. auglics, part u, cap. tt.
(2) Imhof, geneal. oDglicse, part, ii, cap. ii.
lier à geaoux, les mains jointes» et revèia d*one cotte d'armes semée de eroisettes» à une croix ancrée brochante. Le vêtement de la femme, brisé par le milieu et lemplaoè par du verre blanc, devait être également armorié et porter, selon Fusage, les deux écussons accolés. Il est regrettable que celle pièce de conviction ait dispara ; mais ce qu'il en reste sufiit pour démontrer f que cette verrière , quoique peut-être postérieure à la pierre tombale, — telle est Topinion de M. le marquis Le Ver, — devait représenter les mêmes personnages que la tombe. La reproduction de la croix- ancrée» comme prin- ^ cipale pièce du blason, le prouve. Un sceau de Dervegulde» femme de Jean de Baillcul» chevalier» et mère de Jean de Bailleul» roi d*Eoosse» suspendu à une donation faite àTuniversitè d'Oxford, en 1284 (1), atteste une fois de plus que les armes de son mari» et par conséquent celles de son fils» étaient à'herndnei à Vécu de gueuîei enaUme, car elles sont accolées aux siennes propres, de...
au lion de.,., couronné el lampassé de Deux sceaux
d'Engnerran et de Simon de Bailleul» de la même maison que le roi d'Ecosse, Tun de 1229, l'autre de 1270, portent un écttsson en abime sur un champ d'hermines (2). On trouve» au ooniraire, aux mêmes sources» sur le sceau
(1) mitoria et aotiqoitttet aniTOBitatia Ozinu» a Th. Sdiel» fol. 1574. t67B.
(S) laventaire des bceaux dea archives deTEmpire^ q^* itôd et 1271.
-aide Pierre de BaiUeul, gentilhomme de Normandie, en id39, les mêmes armoiries que celles de la verrière et de la pierre tombale ((]. On trouve enfin dans Thistoire de la maison d'Harcourt, par La Roque, à propos de 1 alliance de Gtkarlotte de Harconrt, avec Robert de Bailleulf sire de Bailleut-snr-Eanlne, le VI mars 1632 (2), un précis généalogique très étendu de cette maison et la description de aes armes : de yiiatil«i aîné d* erokn reeroiul^ ou fkà féhé â^argéni, à la eroto OMréê d$ même brochante. Un armoriai manuscrit» de la fin du xiv* siècle (3)» attribue les mêmes armes au seul gentilhomme normand du nom de Bailleol qu*il cite et qu'il range parmi les chevaliers bannerets. En faut-il davantage pour convaincre que BaiUeul«sur-£aulne avait des seigneurs de son nom, que' ces seigneurs portaient les armoiries que Von vient de décrire, et que la tombe de Téglise de Bailleul-sur-Eaulne recouvrait les restes de Tun d'eux ?
5* £nfin, d'après la lecture de M. Mathon, l'épitaphe fixe la date de la mort de ce sire de Bailleul à « Tan de grâce mil ccc xxi (ou xxix) samedi x jour davril. » M. Le Ver a'a lu que c lan de grâce.. samedi x avril. » OVf une lettre du roi d'Angleterre au roi de France, du 4
(1) Inventaire des eceaox des archives de TEmpire, n'> 1270.
(S) Hiat de la malioii d^Harcourt, par Gilles-ABdr6de la Itoqna. p,
(t) Pnb. par M. Dout^rAnsq, Paris, iSSI, lii-8% p. 18.
janvier 1315, porte que, ayant appris la mort récente de ieao de Bailkul, « eim donUmsJohanneê de Balioio^p qui qwBdam fsodatia-tenml d» donUniû miro, viam umwrsm carnis, ut accepimus, sit ingressus (4), » il prie le roi dô France de recevoir Beoaud de Picquigay, vidame d'Amiens, chargé de la procorationd*Edouard', fils el héritier (le Jean de Bailleul, son vassal, à l'effet de lui rendre les devoirs féodaux que ledit Edouard lui doit pour les terres qu*il a en France. « Les lois féodales <— > dil M. Le Yer ^ voulaient que les devoirs féodaux fussent rendus dans les quarante jours, par le successeur de celui qui les devait. Si Ton ajoute à ce temps une trentaine de jours écoulés avant que la mort de Jean de Bailleul fut connue au-delà du détroit, en Angleterre, il se trouve que cette mort peut être arrivée dans le mois d'octobre 1314. » U est inutile d*entrer ici dans la voie des hypothèses el des suppositions que nous n*adinettons qu*à défaut d'autre, lorsqu'il s*agit de l'histoire. Que nous importe que Jean de Bailleul soit mort au mois de septembre, d'octobre ou de novembre 1314, que ia nouvelle de sa mort ait été plus ou moins longtemps ^ parvenir an roi d'Angleterre, qu'Edouard ait ou n*ait pas scrupuleusement obéi à la loi féodale lui prescrivant de remplir ses devoirs de vassalité envers la couronne de France, dans les quarante jours de la mort de son père? Il suffit de savoir et de prouver
(1) Rymer, L U, part. 1, p. 1S.
que Jean de Bailleul vivait encore le i4 mars i3i4« et qu*il était mort avant le 4 janvier 1315. Gomment peul>
il se faire que Tcpitaphc de Bailleul-sur Eaulûe établisse cette mon au lO.avril 4319 ou 132i î
Pour les^érudits et les historiens notre tâche est tei^ minée. Bésumaot les propositions qui précèdent nous disons donc que Jean de Bailleul était seigneur defiailleulen-Vimeu et non pas de Bailleul-sur-Ëaulne, parce qu'il exista dans ces deux seigneuries deux familles différentes ' et indépendantes Tune de l'autre, et parce que Jean de Bailleul dit lui-même que Bailleul-en-Vimeu était sa seigneurie patronymique. Nous disons que la pierre tomhale de Bailleul-sur-£aulne, de laquelle on a fait tantde bruit, n*est pas et n*a jamais été celle du roi d'Ëcosse, parce que les armes qui y sont figurées ne sont pas les siennes, mais celles des seigneurs de Bailleul-sur Eaulne, parce que sa femme s'appelait Isabelle et non .Jeanne, parce qu'elle n'avait aucun frère portant la qualification de roi ni le prénom d'Edouard, parce qu'enfin le roi d'Ecosse ne mouirut pas le lû avril 1319 ou 1321, mais à la fin de l'année 1314, c'est-à-dire cinq ou sept ans auparavant, selon que l'on voudra adopter i une ou 1 autre de ces deux dates.
ous avions ) au commencemeot de ce travail, divisé nos adversaires en deux catégories « les énidits désintéressés pour eux-mêmes, et les familles personDellemeot intéressées dans la ques- ^ tion. Le plus facile reste donc à faire» car» par nos recherches et pomme on le verra plus loin, la généalogie de la maison de Bailleul-en-Vimeu sera désormais parfaitement établie. Notre devoir est tout tracé : 11 s'agit seulement de reprendre une à une les prétentions des diverses familles de Bailleul, d'en peser la valeur, et de rechercher le lien authentique» la pièce incontestable par lesquels ces familles veulent se rattacher au roi d'Ecosse. Nous savons bien tout ce qu'une semblable recherche a de d^icat» mais Jean de Bailleul est un personnage historique ; comme td il appartient à rhîstorten dont le droit
incoDlestable est de le dégager de toutes les erreurs qui s'attachent à . lui» à sa vie, à sa morti à sa famille, comme on nettoierait un arbre vigoureux des plantes
parasites qui l'cntonrcnt et qui tendraicût, tôt ou lard, à le faire disparaître ou à letoulTer.
Nous avons dit que le nombre des familles du nom de Bailleul était très-considérable en France. On en jugera par le tableau qui suit. Si chacune de ces familles» dont il n'existe plus que fort peu, avait réclamé Jean de Bailleul, il en résulterait qu'elles seraieat toutes sorties de la même souqbe» et il fout convenir qu*il eut été bien vigoureux Tarbre qui aurait produit autant de rameaux. D n'en est rien, fort heureusement, et si toutes ont eu quelques prétentions, elles les ont gardées pour le coin do foyer, pour l'intimité de la vie où nous n'avons pas le droit de pénétrer: Quatre tamilles seulement les ont officiellement formulées, mais en les justifiant si peu •qu'elles ne mériteraient même pas un sérieux examen. Il a donc existé, tant en France que dans les provinces • delà Belgique les plus. voisines de la France» les dixneuf fomilles suivantes du nom de Bailleul :
— Bailleul. — Normandie, généraliiéd'Alençoû; d'hermines à la croix de gueules.
^ BàiLLBCL. — Normandie^ élection de Montivilliers :
d'argent à la fasce de gueules accompagnée de trois mouchetures d'hermines de sable.
Bailleul. — Normandie, éleclion de Domfront : d'or à trois écuaso&s de gueules.
Bailleul. Normandie : d*argent à la quintefeuille dcL sable.
Bailleul. — Normandie, pays de €aux : de gueules
. semé de croix recroisetées au pied fiché d'argent» à la croix ancrée de même sur le tout.
Baillbdl. — Normandie : parti d'hermines et de
gueules.
Bailleul. — Artois : de vair à trois pals de gueules. Bailleul. — Artois : de gueules à trois coquilles d'argent.
Baillbcl. — Artois : d'azur fretté d'or.
Bailleul. — Artois : d'argent à la baiide de gueules. Bailleul. — Flandre : de gueules au sautoir de vair. Bailledl, ^it Âigoeux. — Flandre : de gueules au
chef d]drgent.
Bailleul-Dorbsmbaox. — Flandre : écartelé d'argent
et de sable.
Bailleul. — Uainaut : de vair à deux chevrons de gueules.
Cailleul-S*-Maclou. — Ile-de-France : d'argent à la fasce de gueules accompagnée de trois mouchetures d'hermines de sable.
Bailleul. — Maine : d'argent à trois têtes de loup de sable, arrachées et lampassées de gueules.
— Baillbql. — Bourgogne : d*azur à la fasce d'or
aooompagQée de trois éioiles de même.
— Baillbul. — Bourgogne : d'or à deux iluces de
gueules*
— Baulbdl ou BàTOL. — Provence : d'amr au croissanl
d'argent abaissé sous deux colombes se becquetant
de même» et en chef un lambei de gueules.
Les quatre familles qui se disaient issues de Jean de Bailleulj on de la même race que lui» sont : celle de Bayol en Provence ; 2* Tune de celles de Bailleul en Artois ; 3** celle de Bailleul en Haioaut ; 4** enfin la seule famille de Bailleul qui existe encore aujourd'hui en Normandie et qui a compté parmi ses membres des présidents au parlement de iformandie» et deux grandslouvetiers de France en 1655 et 1683.
Les Bayol de Provence (i) tirrat leur origine d*un Raymond de BayoU né à Glascow et marié à Marseille en 1208 avec Blanche de Berre. Il est le premier degré d'une filiation suivie et continuée jusqu'à la fin du xviii* siècle, à T époque à laquelle La Chénaye-Desbois publiait son dictionnaire. La date du mariage de Raymond prouverait qu'il avait dû naître vers 1180. Or, le premier Bailleul du Vimeu que Ton trouve en Angleterre et en Ecosse, est Hugues, en 1214, et comme il n'y était que temporairement et sans établiss^ent
' (1) Lt Chanaya-Deibob, t U.
durable, comment expliquerait-on la naissance d'un de ses parents à Glascow, vingt-quatre ans auparavant?
Gomment cette maison c>.pluiuerait-elle en outre le mariage de Raymond à Marseille, lorsque pas un des Bailleul du Vimeu ne quitta le Pontbieu que pour TAngleterre et réciproquement? Pourquoi enfin radopLioii d'armes si absolument différentes de celles des Bailleul du VimeUf où Ton ne' retrouve non-seulement aueune des pièces mais aucun des émaux ? — La généalogie des Bailleul-en-Yimeu contredit formellement cette assertion et ne laisse place pour aucun personnage do nom de Raymond, lequel, en outre, aurait eu la singulière fantaisie de donner une tournure anglaise à son nom lorsque les autres Bailleul n'avaient cessé de lui conserver l'orthographe et la prononciation française.
Le cas des Bailleul d'Artois est à peu près analogue. Dans les différents ouvrages qui parlent d'eux ^ no^ tamroent dans le Nobiliaire des Pays-Bas de Végiano« sieur d'Hovel, et dans lliistoire de la maison de Mailly, leur filiation n'est établie que depuis le commencement du XVI* siècle. La meilleure preuve du peu de-confiance que Ton doit avoir dans les prétentions de cette famille, est la lecture de la liste des personnages qui n'ont pu troùver place dans la généalogie suivie, et qui la précèdent. On y retrouve tous les membres marquants des diverses familles de Bailleul que ceux-ci se sont généreusement attribués, prenant à droite et à gauche et arrivant
ainsi à se constituer pour les xiit* et siècles une
série de remarquables illustrations. Le procédé doit donner à réfléchir^ et quand on aura ajouté que les Baitleul se bornent à dire que « le roi d*£cosse était de même nom et armes qu'eux » et qu'ils produisent à l'appui leur écusson : d'argent à la bande de gueules, il s§rait inutile d'aller plus loin et Ton peut dire que ceuxlà se sont fait justice à eux-mêmes.
Les Bailleul du Uaioaut ont été lobjet d'un travail assez étendu de dom'CaffiauY, le savant collaborateur de
doai Grenier, historiographe de Picardie (1). Sous le titre^ de Kecbercbes, dom Ca£Qaux a dressé une généalogie appuyée sur la plupart des degrés de pièces justificatives cl qui. cl II iircmier abord, offre un aspect séduisant et sérieux. Il n'en est plus de même quand on s'allacbe au détailt et dom Gafiiauz, si précis et si consciencieux d'ordinaire, a fait ici, ilfaulliicD le dire, preuve d'une lé^erelé et d'une négligence incroyables. Pour mieux détruire son système il est bon de placer sous les yeux du lecteur l'arbre généalogique tel qu'il le comprend cl Ici qu'il l'a dressé. Nous relierons par des traits les degrés qui se suivent incontestablement» et seulement par une ligne de points ceux que le beiiLdictio s'ellbrce, mais en vain, de rattacber les uns aux autres :
(1) Bibl. imp. Gab. des titres. Oénèalogies de dom Caffiaox, A-B»
•Zï • • • • <0
ci»
-CQ'
© es
•So
en 0 « V S T2
es
Telle serait, selon doai Caffîaux, l'ongine et la géaéalogîe de la maison de Bailleal qui a donné deax rois à ^ TEcosse. Suivons le pas à pastel queFon ne croie pas que ces interruptions réitérées dans l'arbre généalogique soient un effet de noire imagination. C'est Dom Caffîauit luimême qui récrit et c'est avec ses propres armes que nous alluiis le battre. Guy de Bailleul, dit-il, eut « peut-être » pour iils Imbert de Bailleul, lequel eut « peut-être » pour fils Baudoin de Bailleul, qui, à son tour fût « peut-être » ■ père de Baudoin, de Ilu<;ucs et irAnsel. Plaisante manière, on en conviendra, de dresser une généalogie 1 Sur ces trois degrés dom GafBaux donne trois actes établissant Texistence des individus, mais sans aucun lien qui les rattache. I^'cst-il pas plus simple de supprimer ces trois degrés et de commencer par le quatrième, par Baudoin il, qui, lui, eut incontestablement six enfants : L'aîné des fils nous rami ncaux hypothèses : lui aussi eut « peut-être» pour fils Baudoin III, père de Baudoin lY, lequel fut père de Henri de Bailleul, chevalier. Ceci est prouvé et înconteslabie, mais pourquoi, puisqu il existe encore une lacune entre Gérard de Bailleul et Baudoin II, ne pas faire commencer la filiation par ce dernier, c'est-à-dire par le 'Sixième degré, et en faisant complète abstraction des cinq autres? U faudrait dire alors : 1*' degré, Baudoin I (au lieu de III), 2-* degré, Baudoin II (au lieu de IV) et 3"* degré, Henri de Bailleul en il97. Mais, au moment où l'on croit le terrain refiermi, il manque tout à coup sous
les pieds et l'on retombe aussi bas qu'auparavant. En
effet, Henri de Bailleul eut « peut-être » pour enfants : !• Jacques, auteur de la branche qui s'est perpétuée dans le Hainaul et qui a porté de vair à deux ebevrons de gueules ; 2* Alexandre « peut-être » frère de Jacques, auteur des rois d^Ëcosse et roi d'Ecosse lui-même. »
Il résulte naturellement de la rédaction de dom Gaffiaux qu*il ne sait de qui était fils Jacques de Bailleul,
auteur, selon lui, des Bailleul du tiainaut.Carpeutier (1) parait aussi mal ou peu informé sur cette famille quit
pourtant, joua dans sa province un rôle considérable au moyeu-âge, qui, de toutes les familles de Bailleul du Nord, fut la plus illustre et la plus renommée, et dont la seigneurie patronymique était une des vingt-six bannerées du comté de Hainaut. Froissart parle avec les plus grands éloges des seigneurs de cette maison dont le cri de guerre « Moriamez » releolissait sur tuas les champs de bataille du xiv* siècle, et dont il blasoune les armoiries, circonstance assez rare, honneur que Je chroniqueur n'accorde qu'à un très petit nombre de personnages. A cette famille appartenait Robert de Bailleul qui épousa Marguerite de Coucy, vers i270, et il ne faut pas chercher ailleurs le motif de Terreur dans laquelle est tombé dora CafiQaux. 11 a pris Alexandre II, roi d'Ecosse, pour un Bailleul, sur la foi de Du Ghesne qui s'était complète-
(1) Biii. du GambréaîB, U l, p. t&S.
nient lrompé lui-même (1). Cet Alexandre aya&l épousé en 1239 Marie de Goucy en secondes noces, Du Ghesne, et après iui dom Caiûaux^ ont rapproché cette alliance avec les Gottcy de celle contractée par Robert de Bailleul avee Marguerite de Couey et ils ont fait un Bailleul d'Alexandre II, qui était réellement ûls de Guillaume, dit le Lion, roi d*Ëco8se» et descendait en ligne directe et par ordre de primogéniture du Macbeth immortalisé par Shakspeare. H suffît, pour s'en assurer» d'ouvrir l'histoire d'Ecosse et de jeter les yeux sur le tableau généalogique dressé plus loin pour prouver que Jean de Bailleul était issu par les femmes de David, roi d'Ecosse. Jean déclare lui-même qu'il est fils d*un autre Jean de Bailleul (2), et, s'il réclame la couronne, c'est comme ayant hérité des droits de sa mère. Il n'est donc pas le fils d Alexandre, roi d'Ecosse, ni le petit-fils d'un autre Alexandre, roi d'Ecosse, car, dans ce cas, il leur aurait succédé directement et sans contestation, et n'aurait pas été obligé de laire constater ses droits par le roi d'Angleterre et l'Assemblée des barons écossais. Pour admettre l'opinion de dom Cafliaux, il faudrait arracher cent pages du recueil des actes des rois d'Angleterre dressé par Bymer, et
(t) Gtoéal. d« b maiton de Goucy, in-f».
(î) Ule dit plusieurs fois, daus la généalogie qu'il produit à l'appui de ses prétentions au trône, et dans une réclamation adressée par lui au roi d'Angleterre, en 1294 , à propos de (ions faits par le roi Henri I*' & « sire Jehan de Baliol^ âoun père. » (l^ymer, 1. 1, part, 1, p. 128}.
récrire sur de nouveaux frais cinquante années de l'histoire d'Ëcosse. La généalogie dressée par lui ne peut non-seulement servir à Jean de BaiHeul, mais elle ne peut même être utile aux Bailleul du Hainaut; car elle les rattacherait à Guy de Bailleul, vivant en Flandre en 1047, seulement à Taïde d'un arbre généalogique rompu en trois endroits par trois lacunes que dom Gal&aux essaie, sans y parvenir, de combler avec ce grand mot de « peut-ètre », inadmissible dans des sciences exactes comme celles de rbistoîre et de la généalogie. La métamorphose d*Ale\andre II et d'Alexandre III, rois d'Ëcosse, en deux Bailleul, père et ayeul de Jean, malgré Fassertion formelle de Jean lui-même et malgré rhistoire, achève de faire justice d'un travail auquel le savant bénédictin aurait du craindre d'attacher son nom.
Voici ce que l'on écrivait au xviii* siècle. — Les rangs des prétendants à la parenté des rois d'Ecosse se sont bien éclaircis depuis, et Ton ne voit plus, de nos Jours, qu'une seule maison, celle des Bailleul de Normandie, élever encore des prétentions à une communauté d'origine avec Jean et Edouard de Bailleul. Ces' prétentions ne sont pas nouvelles, bien qu'un travail moderne et récemment publié les ait fait revivre (1). Blanchard, dans ses Eloges du PrénâMOi au ParlemM di Paris, les avait
(1) Nobiliaire de Nonnandie, par M* de Magny, 1 1.
funoeillies et y avait donné toute créance; c*est donc
appuyée sur le témoignage de tous les écrivains normands proclamant et ayant proclamé à Tenvie Jean de Bailleul comme leur compatriote, que cette nouvelle généalogie
des Bailleul a fait son entrée dans le monde. Rien de plus sérieux ni de plus respectable au premier aspect que ce travailt mais aussi rien de plus facile à réfuter et à détruire. Le lorl de cette généalogie, dont l'auteur du nobiliaire de Normandie (1) accepte la responsabilité, puisqu'il l'a signée, est de vouloir trop prouver ; car alors, en justifîaiiL le proverbe trop connu, elle arrive à ne rien prouver du tout. Nous ne lui cbercherons pas querelle à propos des nombreux personnages du nom de Bailleur « des princi [)ales illuslialions » qui n'ont pu trouver place dans la ûiiation suivie, et qui, depuis 4028, embrassent une période de deux siècles • Il serait peu&ètre plus facile que l aulcur de la généalogie ne le croit, de savoir s*il n*a pas puisé généreusement ses a illustrations » parmi celles des quatre autres familles de Bailleul qui ont habité la Normandie : Ceci n'est pas de notre ressort, mais de celui des membres de ces diverses maisons, si elles existaient encore. Nous nous bornerons à démontrer que le roi d'Ecosse est complètement étranger à cette famille de Bailleul, et c*est sou généalogiste lui-même qui nous prépare le terrain et nous fournit des armes.
(1) M. deMagny.
Parmi les personnages marquants de cette famille de BaiUeult on compte incontestablemeDt Charles et Nicolas de Bailleùl, toud deux grands-loovetiers de France en iGo5 ei en 168;J. La possession de cette haute dignité a été cause que le Père Anselme a inséré dans son précieux ouvrage une généalogie des Bailleul faite avec le soin scrupuleux et la bonne foi que Ton est obligé de reconnaître à Tauteur des Grands-ÛHiciers de la couronne. M. le marquis Le Ver a été bien loin, trop loin même» en énonçant que Tauteur de cette maison, Pierre de Bailleul, avait été anobli le 3 février 150â (1). Le Père Anselme ne pourrait nous aider à détruire cette assertion puisqu'il ne fait commencer la filiation qu'avec le même Pierre* qualifié écuyer dans un acte du 16 février ; mais, les longues recherches faites par nous pour dresser la liste des gentilshommes qui ont combattu à Azinoourt, ont amené la découverte d'une pièce de laquelle li résulte d'abord que Macé et Henri de fiailleul,écuyers« furent à cette journée, le premier avec dix et le second avec douie écuyers, et ensuite qu'ils appartenaient à la famille de Bailleul encore existante puisque leurs sceaux offrent les mémesarmes : Parti d'hermineê et de gueules. Ceci répond victorieusement à la phrase de M. Le Yer, et l'on n'aurait peut-être pas tort de dire que Pierre de Bailleul» inquiété pour sà noblesse et ne pouvant produire de titres
(1) Chambre des eomptee, RegtsL 9, f* SS9.
Justificallfe, à eaiise des dtestres rarvemu ali siècle
en Normandie, aurait jugé plus prompt de prendre des V lettre» de noblesse en tant que besoin. Si donc le généalogiste des BaiUeul allonge de trois degrés le travail du Père Anselme et fait oonmiencer le sien avec Pierre de Baiiieul, chevalier, vivant à la fin du x.iv" siècle, c'est affaire à lui ; mais son exeës.de sèlera emporté trop lois et loi fait nuire à ceux auxquels il voulait se rendre utile. Il suiiisait de classer purement et simplement Jean de Bailleul parmi ces « illustrations » qui ne remplissent pas moins de trois pages du préambule et il aurait dû laisser dans Tombre le lien par lequel la famille de BaiUeul prétend se rattacher au monarque picard. Davant ce silenee calculé Tattitude d'un contradicteur eut été plus difficile. Mais il ne Ta pas compris et il démasque ses batteries dès le début de la filiation. Voici donc comment il prétend y rattacher Jean de Bailleul :
N... de Bailleul.
Jean ou Joscelin de Bailleni, Guillaume de Bailleul, qui alla à la môme croisade. qui alla à la croisade
de im
Enguerran de Bailleul, amiral do France, en
Jean de Bailleul, roi d*Ec<»6e.
Gilles de Bailleul»
seigneur de Benouani.
Pierre de Bailleul,
chevalier, avec lc(:|uel commence la filiation suivie des Bailleul de Normandie*
Nous pourrions, pour détruire ce système, renvoyer à tout ce qui précède ; mais il vaut mieux, au risque de se répéter, reproduire ici des preuves inooDlestableSi et faire justice enfin d'une filiation si contraire à Ttiistoire et à la vérité. Nous le ieroos sommairement.
Jean de fiailleuU dans la généalogie qu*il produit de» vanl le roi d'Angleterre pour réclamer le trône d*Ecosse, dit qu'il est tils d'un autre Jean et non de Guillaume, qu*tl est le quatrième des cinq fils de ce Jean et que ses trois frères ainés étant morts sans héritiers de leurs corps, c'est à ce titre et en leur lieu et place qu'il réclame les droits de sa mère» Dervégulde. Ses quatre frères se nommaient, .toujours d'après Jean de Bailleul lai4néme, Hugues, Alexandre, Alain et Thomas. Il n*est question ni d'Ënguerran, ni de Gilles. Ceci est-il asses positif, et peut-on récuser le témoignage de Jean de Bailleul, d'autant plus désintéressé dans la question qu'il ne soupçonnait pas, à coup sûr, comment on défigurerait un jour l'histoire pour s'approprier son souvenir. Il est très possible que Pierre de Bailleul, qui forme le premier degré de la filiation suivie, soit fils de Gilles de Bailleul ; mais Il est certain que Gilles n'était pas le frère de Jeai^ et il
n'est pas moins certain qu'Engnerran, amiral de France en lâôo, devenu un Bailleul sur la foi de quelques écrivains que nous, récusons, n'appartenait pas à cette famille. Voici le chapitre que lui consacre le Père Anselme : « i^^guerran, étoit amiral de la flotte du roi Philippe-le-
Hardy, en 4285» suivant Guillaume de Nangis, qui dit qu'il fut pris en un combat naval par les Arragonois. » Où a-lpOD trouvé qu'il fut question ici de Bailleul, lorsque le Père Anselme se borne à désigner ce grand-ofBeîer par un simple prénom? 11 ne faut pas perdre de vue que le livre du Père Anselme est officiel, écrit pour les familles, ^ et qu'il aurait eu d'autant moins d'intérêt à taire le nom d'£nguerran s'il avait pu le découvrir, qu'il a inséré avec certains développements la généalogie des Bailleul àTarticledes grands-louvetiers de France. C'est justement parce qu'il était historien sérieux et consciencieux qu'il s'est bien gardé de rien emprunter au travail de Blanchard, et que, ne disant pas que les Batlleul fussent nobles avant le xvi" siècle, il n'a pas prononcé le nom du roi d'£cosse. Pourraitpon supposer que si MM. de Bailleul avalent été en mesure de lui fournir les preuves de leur communauté d'origine avec Jean de Bailleul, ils auraient négligé de le faire? I^'au raient-ils pas aimé à les voir insérées dans un livre qui, plusieurs fois remanié, a eu trois éditions successives, qui, commencé de publier en 1684 fut terminé en 1733, pour lequel on puisa dans les arqjiives des intéressés, qui a dû« à ce titre, être l'objet de bien des préoccupations, de bien des ambitions, et où 1 on devait regarder comme un insigne honneur de voir figurer son nom ?
Sans entrer dans des considérations d*un autre ordre, nous nous en tenons aux preuves formeUes, authen tiques.
indisculables que nous venons de fournir. Non» Jean de Bailleul, roi dTcosse, n*a jamais appartenu à cette maison de Bailleul, pas plas qu^il n'a apparleon aux trois autres dont on a sacoessivement discuté les titres. Il y a plus: le genlil homme, du nom de Jean de Bailleul, qui repose daos l'élise de Bailleui-5ur-£aalne, n'appartenait pas davantage à ces Bailleul de Normandie. De même que la généalogie produite par le roi d £cosse, subsiste comme un témoignage implacable, il reste aussi la pierre lom«bale et la verrière de Bailleul-sur^Eaulne, et sur cetle pierre et sur cetle verrière sont des armes, celles des seigneurs defiailleul-sur-£aulne a de gueules semé de croix recroisetées au pied fiché d'argent, à la croix ancrée de même brochante* y» Cela ressemble-t-il à Técu « parti de gueules et d'hermines » dont les ancêtres des Bailleul de Normandie scellaient leurs actes dès les premières années du XV* siècle?
Il est donc définitivement certain, prouvé et incontestable que le roi d'Ecosse était des Bailleul du Yimeu, c'est-à-dire Pic.iid, du Ponlhicu, ou, pour mieux dire, du Vimeu ; que sa race disparut avec le xiv' siècle, et que personne aujourd'hui n'a le droit de greffer sur son arbre généalofïique celte couronne royale qui, pour Jean et pour Kdouard, son fils, fut plutôt une couronne d'épines. C'est désormais un fait acquis à l'histoire ; et après avoir terminé en publiant, comme preuve suprême, la généalogie inédite et inconnue jusqu'alors de Jean de Bailleul, il
Dous restera la satisfaction d'avoir contribué à réparer UBegraade injasUoe, d'avoir le premier porté k lumière dans un coin de nos annales obscurci pentrètre à dessein, d'avoir enfin restitué à notre province de Picardie une illustration qui lui appartient et dont elle seule a le droit d*ètre fière. — il faut rendre à G6sar œ qui est à César.
n\ E village de BaUleol-en^Vimeu, qui a aojocir'-
K?J d'hui une population de 1000 habitants, fait partie du canton de HaUencourl» Somme. Il "y^' est placé à mi-côte du vallon vers rextrémîté du*-
[^^. quel se trouve le hameau de Belii fontaine et qui vient, couronné à droite par les hauteurs du camp romain de Lieroourty s'ouvrir sur la vallée de Somme, en face des tours du château de Pont-Remy. Àu sommet du versant droit de ce vallon dont il suit les sinuosités, est le bois de Bailleul au milieu duquel des retranchements gazonnés et de vastes fossés déterminent l'emplacement qu'occupa le château* C'est là que s'éleva la demeure des ancêtres de Jean de Bailleul. Donnèrent-Hs leur nom à cette forteresse où le reçurent-ils d'elle? Tel est le problème presque insoluble que Ton est obligé de se poser
avec tootes les maisons d'ancienne chevalerie ; quoique
certains écrivains vcui lient accorder aux villages la ■prééminence sur ies familles. — Quoiqu'il en soit, le château deBailleult important comme siège d'une vaste chàtellenie et par rélendue de ses fortifications et de son enceinte, n*a joué dans i'hisloirc de la Picardie qu'un rôle très secondaire t presque effacé. 11 n*en &ut pas chercher le motif ailleurs que dans Vassiette de la forteresse qui, suffisante pour la sûreté du seigneur et de sa famille et pour la protection de ses vassaux, en rendait la position presque insignifiante au point de vue stratégique dans les guerres d'invasion ou dans les guerres dviies. La seule mention qui en soit faite dans nos an« nales est à propos de la marche de Tarmêe anglaise à travers le Vimeu pour se rendre à Âziûcourt. Monstrelet dit que le roi Henri V y coucha Ui nuit du 13 au 14 ootohre 1415, après avoir vainement essayé de traverser la Somme au-dessus et au-dessous d'Abi>eviUe (i). Furieux de ces vaines tentatives et jugeant sa perte à peu près certàme, le roi ne voulait pas du moins succomher sans laisser de lui de terribles souvenirs sur son passage et il incendiait tous les villages qu*il trouvait sur son chemin pendant le jour, et ceux ou son armée avait campé pendant la nuit. Il est à peu près certain que le monarque anglais paya .de cette monnaie l'hospitalité forcée que le
(i) ChroD. de Monstrelet, liv. i, ch. t5t,
château deBailleul lui avait donnée» etqueaa destrucUon fut consommée le 14 octobre I4f6. Il n'appartenait
d ailleurs déjà plus à la famille qui Tavait fait édiûer. — On ne sait rien de plus aur lui. Les forteresses voisines, Pontp-Remy, Mareuil» Eaucourt, ont eu une meilleure destinée. Placées dans la vallée de la Somme ou sarVs deux versants» et, par conséquent, sur le passage des armées dont elles auraient pu gêner les opérations, elles étaient prises et reprises à cliaque instant, et si, comme Bailleul, elles n*ont laissé d'autres
traces que quelques talus gazonnés que le temps efface rapidemeot, leurs noms et les exploits dont elles ont élé le théâtre survivront du moins dans l'histoire*
Geoffroy de Bailleul est le premier personnage de ce nom dont Fhistoire fasse mention. II. figure, avec beaucoup d'autres gentilshommes du Vimeu et du comté d'Eu parmi les témoins de la fondation de l'abbaye du Tréport par Robert, comte d*£u, en 1036 (1). Ce prénom de GeoÛroy n est pas commun parmi les familles de notre pays, et il faut remarquer qu'il se reproduit deux fois en deux siècles dans la même maison. Quoique notre opinion soit formée sur le droit qu'aurait eu la famille de Bailleulen-Vimeu de réclamer ce personnage comme Tun des siens, l'on n'insistera pas sur ce point, à cause de ce fiût,
(1) Archives de Vahb. du Tréport.
que le Tréporl éiant à peu près à égale distance <i6 BftiUeal^-Vjmett et de BailleuUup*Eatt1ne, le comte d'Ea
aurait pu convoquer aussi Lien un seigneur de Bailleul- 8ur-£aulDe à valider par son sceau et par sa préseace sa pieuse fondation. Il n'en est pas de même du suivant avec lequel commence incontestablement la filiation suivie et prouvée des seigneurs de Bailleul-en-Vimeu.