‹ Jean de Brébeuf; roman canadien inéditChapitre 23 sur 34 · DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

DÉCEMBRE

Oscar Séguin

"Journal de Waterloo", seul organe canadien-français du district de Bedforcl. Il se mit à l'oeuvre sans relâche, armé de sa plume, et gare à ceux qui s'écartaient de la vérité et du droit national; il entra en lice par un vigoureux plaidoyer dans la lutte bilingue d'Ontario.

Son activité ne s'arrêta pas là. Doué d'une puissante éloquence, l'un des meilleurs orateurs de nos Cantons, il dévoua sa parole aux luttes politiques, provinciales, fédérales, municipales, faisant campagne aux côtés d'hommes tels que le regretté lion. Georges-H. Boivin.

Econome de ses instants, il consacre une partie de ses veilles à composer des pièces de théâtre, scenaris, etc., petits chef-d'oeuvres de psychologie et de morale. Apôtre et de plus philantrope, il s'applique au dévouement de la cause agricole et ouvrière du comté de Shefford ; sa porte est toujours ouverte pour répondre aux sollicitations de ses concitoyens, donnant ses conseils sans compter.

Au début de 1927, il vendit son journal à l'Imprimerie de Waterloo, Ltée., dont il est le président. En 1928 il abandonna complètement la direction de ce journal pour s'adonner à l'étude de la psychologie et transmettre à la jeune génération des ouvrages utiles et instructifs, fruits de son expérience. En un mot, sa carrière est déjà remplie et fertile, quoique rendu à l'âge de 39 ans seulement.

Le résumé des qualificatifs suivants donneront une idée de son activité et de l'esti-^ me dont il jouit.

Ex-directeur et propriétaire du "Journal de Waterloo" de 1916 à 1928. Gérant de la

L/A VIE CANADIENNE

LA VIE CANADIENNE

LITTÉRATURE ET LITTERATEURS (Supplément au "Roman Canadien")

Publié dans le but de mettre plus de vie dans le monde littéraire Canadien et de coopérer à l'oeuvre du "Roman Canadien'.

Nous recevrons avec plaisir tous manuscrits que l'on voudra bien nous soumettre et si refusés, seront retournés à nos frais.

Correspondance, adressez :

"La Vie Canadienne"

Casier postal 969 MONTREAL

Commission des Liqueurs de Québec, magasin de Waterloo, depuis juin 1921. Président de la Chambre de Commerce de Waterloo, 1924-25-26, directeur, 1926-27.

Membre du Club de Réforme, de Montréal, depuis 1924. Ex-membre du Club des Journalistes de Montréal. Membre fondateur et ex-directeur de l'Association des Périodiques canadiens-français catholiques.

Membre de la Canadian Weekïy Newspapers. Membre de l'Association des Auteurs Canadiens, de la "Producers League des E.-LV, de la Société des Auteurs dramatiques de Paris, France ; de la Soc. St-Jean- Baptiste, de Waterloo. Membre fondateur et directeur-artistique du Cercle Ste-Marthe, de Montréal, de 1907 à 1911. Membre fondateur et directeur artistique du Cercle dramatique de Waterloo. Membre fondateur, ex-secrétaire-financier et ex-grand chevalier du Conseil 2077, des Chevaliers de Colomb, de Waterloo, membre des Elks, loge de Sherbrooke.

M. Séguin est l'auteur de plusieurs pièces inédites, entr 'autres "La Limite", "Un Million pour Un Casse-tête", "La Laveuse automatique", éditées par M. Edouard Garad, des Editions Garand.

Marié le 17 mai 1915, à Montréal, avec

Blanche-Irène Poirier, fille de J.-Uldéric Poirier et de Rose de Lima DeLisle. Eut trois enfants : Marcel, Gisèle et Madeleine. Résidence Waterloo.

En politique : Libéral.

Inutilement!!

Quand John Robertson, président du syndicat qui porte on nom, se présenta chez Pierre Bourgeois, ingénieur civil, très en vue, de Montréal, pour l'inciter à se rendre au Kiénawisik examiner le claim Fafard, il s'attendait, sinon à un refus, du moins à une très grande résistance.

La réalité fut tout autre. Au premier mot, l'ingénieur accepta et avec plaisir de faire les démarches nécessaires. Dès le lendeman, il montait en chemin de fer, se rendre sur les lieux, connaître la formation du roc dans la région, la largeur des veines, leur teneur en minerai, en un mot toutes les possibilités de faire de l'exploitation de ce claim quelque chose d'aussi considérable que les mines de Turimis ou de Porcupine.

Sorti du Polytechnique à l'âge de 22 ans, il avait réussi, sans aide aucune, à se créer dans sa profession, une position enviable. Ancien gérant-général de la "Toison d'Or" qui rapportait, dans le temps, des dividendes énormes, il s'était acquis, en minéralogie, une réputation, qui le faisait passer comme une autorité.

Pierre Bourgeois avait le goût des aventures, un tempéramment puissant. Très ambitieux, il désirait occuper un jour une place unique. Avec la richesse, il voulait contrôler les individus, être un espèce de surhomme qui dompte les événements et les êtres.

C 'était passionnément, fougueusement qu'il travaillait à réaliser ce rêve. Plus les difficultés étaient grandes, plus il s'acharnait. Arriviste à l'excès. Tout cela pour satisfaire son orgueil, démesuré, et son égoïsme, plus grand encore.

Depuis quelques années, il ne sortait plus de son bureau, bien qu'il ne l'eut pas détesté. Il refrénait ses goûts d'aventures. Sa présence à Montréal, où on recherchait ses conseils, à prix d'or, lui profitait plus.

Tout lui souriait ; la vie, pour lui, avait des complaisances uniques, lorsqu'un jour,

LA VIE CANADIENNE

un mauvais marché compromit sa fortune.

Ses revenus ne suffirent qu'avec peine à combler le trou dans son budget.

En même temps, il devenait amoureux.

La personne qu'il aimait ne le paya pas de retour. Il l'apprit un soir qu'il lui offrit son nom. Dans ce refus, il crut voir une négation de toutes ses qualités. Dédaigné, son amour s'exaspéra. Il grandit en raison des obstacles.

Il se fit un point d'honneur de gagner le coeur de la jeune fille, pour la volupté acre qu'il éprouverait à lui cracher son mépris. A force d'y penser, il eut la conviction qu'on ne l'aimait pas à cause de son revers de fortune. Sa pauvreté présente lui pesait comme une humiliation continue. Il jura de devenir riche, très riche.

Sur ces entrefaites arriva la proposition Robertson. Il s'agissait, en l'occurrence, d'expertiser le claim Fafarcl, situé sur le rang VII de Dubuisson en Abitibi que Robertson se proposait d'acheter pour la somme de $300,000 payable en trois versements annuels de $100,000.

A une autre époque, il aurait refusé. Depuis son double déboire, il éprouvait un impérieux besoin de changer d'air et de vie. La griserie des pays sauvages, lui ferait oublier l'enfant cruelle qui avait piétiné son coeur d'homme orgueilleux.

C'est une journée magnifique d'automne.

Lentement la lune s'est levée sur le lac. Un soleil clair se joue dans l'eau jaunâtre. Sur la rive, les bouleaux et les trembles aux feuilles roussies et dorées mettent une note

plus gaie dans le vert sombre des épinettes et des sapins.

Pierre Bourgeois et Jacques Painchaud, le guide, viennent de terminer leur déjeuner; un banc de schiste uni et poli depuis des siècles par l'action des glaciers, leur a servi de table.

— Bonne journée pour prospecter ! Si nous allions voir l'affleurement dont tu m'as parlé.

— Les conditions vous vont?

— Elles me vont. . . C'est loin d'ici?

— Pas trop. Il y a le lac à traverser. . . ensuite deux milles dans le bois.

Le temps de glisser le "peterborough" à l'eau, d'y jeter les outils nécessaires au prospect, pics, pioches et pelles, quelques provisions pour le dîner et les deux hommes s'embarquent.

Il y a plaisir à canoter ce jour-là ; le Kienawisik est calme, l'air grisant, le soleil comme une caresse. Assis à l'arrière, l'ingénieur goûte la joie de vivre; il en sent la volupté. Des rêves surgissent en son imagination, des rêves de prospérité, de puissance. La fièvre de l'or, cette maladie que connaissent tous les prospecteurs, le gagne. Elle s'infiltre en lui. Devant ses yeux, c'est un aveuglement, un mirage, une fumée. Dans cette fumée se dresse des moulins géants. Ses oreilles perçoivent le bruit des marteaux pilons broyant le minérai. Il se voit entouré de prestige, grand, terrible ... et un sourire méchant effleure ses lèvres.

Après un examen minutieux du claim Fafard, il écrivit son rapport, en en recommandant l'achat. Un soir, il demanda à son aide, s'il ne connaissait pas dans les

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