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En commençant une guerre, qui promettait de devenir fort sérieuse, les deux adversaires devaient nécessairement chercher des alliés. Le roi d'Angleterre en trouva beaucoup : Adolphe de Nassau, roi des Romains (1), l'archevêque de Cologne, les comtes de Hollande, de Gueldre, de Brabant et de Savoie, et enfin le comte de Flandre, Gui de Dampierre, le plus précieux de tous.

Jean de Bretagne dut s’employer aussi pour négocier des alliances. Les Rôles Gascons, ainsi que la collection des Foedera, renferment des documents intéressants sur ce point : C’est, en premier lieu, un mandement, donnant plein pouvoir à Jean de Bretagne, Jean de Saint-John, Robert Tybetot et Amanieu d’Albret, ou à deux d’entre eux, de contracter une alliance entre le roi de Castille (Sanche IV) et le roi d'Angleterre (21.

Des pouvoirs personnels du même genre ont été conférés de même à Jean de Bretagne pour contracter des alliances avec le comte de Foix (3), et avec tous ceux qui voudraient être en amitié avec le roi d'Angleterre (4); ce dernier mandement fait preuve de la confiance du roi dans la sagacité et le tact politique de son jeune neveu, en lui laissant une grande liberté dans le choix des amis de la cause anglaise (5).

Une lettre d’Édouard Ier au roi Jayme II d'Aragon, écrite avec l'intention de prolonger l’amitié qui avait existé jusque là entre les souverains anglais et les rois d'Aragon, est intéressante à relever (6). Édouard y fait savoir sa décision d'envoyer en

(1) Ann. de Wig., p. 516... Rex noster per nuncios solemnes misit regi Allemaniae LX milia librarum ut ejus esset amicus et inimicis ejus totaliter inimicus.…

RyMer, 26 juin ; BARTH, COTTON, p. 240 ; RIsHANGER, t. I, p. 143.

(2) R. G., tt. II, n° 2935. RyMER, 3 juillet.

M. BÉMONT (À. G., t. III. Introd., p. Lxxxun), fait remarquer qu'en envoyant des lieutenants en Guyenne, le roi d'Angleterre avait voulu être représenté par des chefs militaires qualifiés pour traiter avec les souverains étrangers.

(3) Voir R. G.,t. II, p. 172, n° 2936 et Rymer, 9 juillet 1294.... De fidelitate et circumspectione vestra plenam fiduciam optinentes, vobis damus plenam tenore presencium potestatem tractandi et ordinandi super unionis et confederacionis vinculo ac amicicia speciali inter nos et nobilem virum comitem de Foys…..

(4)... R. G.,t. HI, n° 2937. De potestate data tractandi de confederacione inter regem et illos qui de amicicia regis esse voluerint. Donné le 9 juillet.

Voir aussi RyYMER, à la date.

(5) ... Damus ei, tenore presencium potestatem tractandi et ordinandi super confederacione et amicicia inter nos et omnes illos qui de amicicia nostra esse voluerint.

(6) Voir un récit curieux dans les Flores Histor., t. III, p.272, sur une députation envoyée en Angleterre par le frère du roi Jayme, Alphonse Ill.

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Gascogne, comme lieutenant, son neveu Jean de Bretagne, et prie le roi Jayme de donner pleine confiance à ce que lui apprendra de sa part ce dit neveu (1).

Tout ceci montre que le roi d'Angleterre comptait non seulement sur la valeur militaire de son neveu, mais aussi sur son habileté diplomatique, pour défendre la Guyenne.

Le départ de l’armée retardé, soit par les vents contraires, comme le croient les chroniqueurs (2). soit par les lenteurs de la mobilisation, comme le suppose M. Bémont, eut définitivement lieu le 9 octobre (jour de la Saint-Denis) (3). La flotte était le 11 à la hauteur du Cap Saint-Mathieu (4), le 15 devant l’île de Ré qu’elle incendia (5).

Puis la flotte pénétra dans la Gironde et occupa plusieurs places sur les deux rives (6) ; il faut surtout citer Bourg et Blaye (7) qui devaient constituer dorénavant une excellente base d'opération.

Si les Anglais avaient obtenu si facilement ce succès, c’est que, d’un côté, le roi de France ne s’était pas méfié de leur attaque (8),

(1) Rymer : Excellentiae vestrae volumus esse notum, quod ad partes Vasconiae carum nepotem et fidelem nostrum, Johannem de Britannia, capitaneum gentis nostrae, tenentemque locum nostrum ibidem, specialiter destinamus : qui vobis plenius scire faciet, ex parte nostra, injurias et gravamina, nobis malitiose illata; quae majestati vestrae credimus displicere. Et ipsis, quos dictus nepos noster ad vestram presentiam ex parte nosira duxerit transmittendas, velitis in praemissis fidem credulam adhibere. (Don. le 24 juillet).

(2) HEMINGBUR GG, t. 1, p. 45. Annales de Dunstalpia, p. 385.

(3) RISHANGER, p. 144. HEMINGBURG&, €. I, p. 45. Nous n'avons malheureusement pas de renseignements certains sur le chiffre de l’armée. Knicraon l’évalue à 500chevalierset 2000 fantassins ; les Annales de Wigornia indiquent 700 chevaliers et 4000 fantassins, mais ces chiffres ne peuvent être contrôlés et n’ont pour nous aucune valeur sérieuse.

(&) BémonT, R. S., t. III, Introd. cxLvir.

(5) Les Ann. de Wig., p 519, racontent que les Anglais brülèrent d'abord deux villae dans l'ile de Huys et arrivèrent de là à une autre île Ré, qui se trouvait plus à gauche et où ils incendièrent beaucoup de villae et pillèrent une abbaye cistersienne. M. Bémont avait d'abord cru que le nom de Ré avait été estropié sous la forme de Huwys. Il est plus probable que la forme de Huys suppose l'ile d'Aix, et que les Anglais avaient par conséquent pillé d’abord l’île d’Aix et ensuite l’ile de Ré.

(6) HemnesurGe, t. I, p. 45. BémonT, R. G., Introd., p. cxLvI-vur.

(7) Nanais, Hist. de Fr., t. XX, p. 575.

HEemMiNGBurGu raconte qu’ils y trouvèrent des vivres en abondance; t. 1, p 46.

(8) D’après BALAsquE et DuLaurEens, ouvr. Cité, p 533, le roi de France ne s'attendait pas à l’arrivée des Anglais, vu la saison avancée ; il faut cependant remarquer que ces auteurs ont retardé l’expédition anglaise de deux mois, en la plaçant aux premiers jours du mois de décembre.

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de l’autre, queles babitants étaient restés presque partout fidèles à l'Angleterre (1) et avaient ouvert souvent eux-mêmes leurs portes aux Anglais, en obligeant les garnisons françaises à s'éloigner ou à se rendre (2).

Encouragés par ces premières victoires, les Anglais résolurent de tenter un coup de main contre Bordeaux, où s’était enfermé le connétable de France, Raoul de Nesle ; mais, ayant échangé de-ci de-là quelques flèches, et voyant que la garnison n’avait aucune intention de se rendre (3), ils remontèrent le fleuve jusqu’à Rions, et la ville ouvrit ses portes, comme les autres, sans combat (4).

Ici prit fin la première partie de la campagne, dans laquelle toute l’armée avait agi ensemble sous le commandement supérieur de Jean de Bretagne. Le chef n’avait pas eu de grande bravoure à déployer, et il était parvenu au succès surtout par ses capacités diplomatiques, sachant profiter des intelligences que les Anglais avaient dans le pays. D'ailleurs il avait certainement été conseillé par Jean de Saint-John, qui connaissait la Gascogne, l’ayant habitée et gouvernée avant la guerre.

A Rions l’armée se partagea : une partie resta dans la ville avec Jean de Bretagne et Guillaume Latymer (5); l'autre continua vers Bayonne, sous la direction de Jean de Saint-John.

Le sort de la première armée, sous le commandement de Jean de Bretagne, libéré maintenant de toute influence, nous intéresse

(1) Dom Morice, Hist. de Brel.,t. I, p. 245.

(2) HemiNeBurGx, 1. !, p.45.

Les Rôles Gascons renferment, par exemple, deux documents inléressants sur la reddition de Blaye (t. III, N°° 3946 et 4540). Nous y apprenons que le seigneur de Blaye, Geofïfroi Rudel, avait rendu la ville et le château à Jean de Bretagne, et que ce dernier l'avait autorisé ensuite à conserver pour lui la jouissance des anciens « fors, droits et coutumes ». (/bid. N° 4540). Un des chroniqueurs anglais raconte que la garnison du château avait demandé une trève de trois jours pour envoyer chercher du secours ; cette trève, Jean de Bretagne la lui accorda et elle en profila pour demander, mais vainement, assistance à Bordeaux ; après quoi, les Français, se voyant abandonnés à leurs propres ressources, furent obligés de se rendre (HEMINGBURGH, /OC, cat.).

(3) HEMINGBURG, t. I, p. 46. NanGis, éd. cité, t. XX, p.576. Dom Monice, Hist. de Bretagne, t. I, p. 215.

(4) HemNésurGn, t. I, p. 46 :.... ascenderunt de flumine usque Ryens, ubi dominus loci illius gratanter se dedit eis cum tota villa et castro.

(5) HemN6GBurGn dit qu'elle était composée de 300 chevaliers et 7.000 fantassins, t. I, p. 47.

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particulièrement. Ce fut d'ailleurs elle qui reçut le premier choc sérieux de l'offensive française.

Philippe le Bel, ayant appris la nouvelle des événements, envoya son frère, Charles de Valois (1), pour arrêter les succès des Anglais. Celui-ci alla tout droit mettre le siège devant Rions, où se trouvaient Jean de Bretagne et Guillaume Latymer. On était au jour des Rameaux, et Hemingburgh dit que Charles arriva « avec une forêt de lances et non point avec des palmes » (2).

Rions était une ville très forte et qui aurait pu supporter un long siège (3). Le chroniqueur raconte (4) que les Anglais, après avoir subi des pertes sensibles pendant les onze premiers jours, décidèrent de faire une sortie, mais elle ne leur réussit pas. Ayant tenu alors conseil, ils prirent la résolution d'abandonner la ville pendant la nuit.

A en croire donc Hemingburgh, il n’avait fallu à Jean de Bretagne que onze jours de siège et une sortie malheureuse, pour mater son courage et le pousser à la décision d’abandonner la ville et les habitants à la vengeance des Français; car enfin c'était le chef surtout qui répondait de la place confiée à sa garde (5).

Les chroniqueurs français (6) expliquent autrement la défaite

(4) Voir Josepx Perir, Charles de Valois, p. 28-29. Cet auteur nomme Jean de Bretagne comte de Richmond. Il croit aussi que Jean de Saïnt-John se trouvait avec lui à Rions au moment du siège.

(2) HEMINGBURGE, t. I, p. 48.

(3) Arch. Hist. de la Gironde, t. XXXIX. Oman (4 history of the art of war) dit combien il était difficile de prendre de force un château ou une ville fortifiée avant la découverte de la poudre.

(4) HEMINGBURGH, loc. cit. -

(5) LoBineau (t. I, p.283) a fait la réflexion que Jean de Saint-John aurait dû abandonner ce projet de conquête, en apprenant le siège de Rions, et venir en aide à Jean de Bretagne Comme il a vu dans ce dernier le duc de Bretagne

- Jean fI, il a supposé que Jean de Saint-John devait supporter impatiemment le commandement de cet étranger, et qu'il n'était pas fâché de le voir subir un échec. Cette considération ne paraît pas absolument déraisonnable, même à l'égard du fils du duc de Bretagne, bien plus jeune que Jean de Saint-Jobn et bien moins expérimenté. Cependant, aucun fail direct ne constate la rivalité des deux chefs. Beaucoup de chroniqueurs ont cru que Jean de Saint-John se trouvait à Rions au moment du siège. Voir GurarT, La Branche des royaux lhingnages (Hist. de Fr., t. XXII, p. 219). NanGis (même recueil, t. XX, p. 576.) GIRARD DE FRACHET (même recueil, t. XXI, p. 13).

(6) Gurarr et NanGis, dont le récit est répété presque mot à mot par la Chronique de St-Denis.

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et la fuite des Anglais de Rions : Raoul de Nesle, qui était resté assez indifférent jusque là au succès des Anglais, quitta Bordeaux pour aller à la rencontre de Charles de Valois et assiégea en route Podensac, château que le gouverneur Giffard lui abandonna après une résistance de huit jours, à la condition que tous les Anglais sortiraient librement de la ville et que les Français pourraient faire ensuite des Gascons ce que bon leur semblerait (1). Raoul de Nesle emmena avec lui soixante bourgeois de Podensac (2) et les livra à Charles, qui les fit pendre sous les yeux des habitants de Rions comme traîtres au roi de France (7 avril}. Cet acte de cruauté jeta la terreur dans l’âme des bourgeois de Rions, qui s’ameuterent, accusant les Anglais de trahison envers les Gascons. On se demande s’ils n'avaient pas eu vent de la décision prise par Jean de Bretagne de décamper à la nuit tombante. Le chroniqueur anglais (3) rapporte que, voulant calmer les bourgeois, l’armée décida de procéder juridiquement contre les traîtres de Podensac, qui étaient arrivés à Rions. On les enferma donc dans de fortes prisons et on constitua un tribunal pour les juger. Cette tactique n’amena cependant pas la détente, car l’excitation parmi les Gascons était parvenue à son comble. Une rixe sanglante, dont nous trouvons une description très vivante dans une chronique en français, éclata entre les Gascons et les Anglais ; elle dura toute la nuit. A l’aube, les Anglais prirent la fuite. Laissons la parole au soldat rimeur Guillaume Guiard

« Que celui qui le peut se tire de là; Jean de Saint-John s’enfuit, bien qu’il ait avec lui beaucoup de compagnons ; Jean de Bretagne fait de même quand il voit empirer l’'émeute ; d'autres aussi, en grand nombre. Bref, nul n'attend son camarade, dans l’espoir de s'échapper et craignant de périr ; ils s’en vont s’entrechoquer dans le port, où ils avaient alors beaucoup de nefs et de barques ; ils s'y jettent la targe au col, comme gens empressés de partir. La presse est forte pour y entrer. Les Rionnois, qui, en poursuivant, vont les y atteindre, ne se lassent pas de les accabler ; ils

(1) HEMINGBURGR, t. 1, p. 48. \

(2) NanGis, éd. citée, p. 576. Gurarr dit : plus de 60; éd. cit., t. XXII, p. 218.

(3) Toujours HemineBurGn, le seul des chroniqueurs anglais qui ait longuement traité cet épisode, sans compter KNIGHTON, qui, à ce sujet, le copie.

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leur tuent maints riches chevaux, bien que certains s’en indignent. Et les Anglais s'embarquent en Gironde (1). »

Profitant de ce tumulte, les Français entrèrent dans la ville et s’en rendirent maîtres après une sanglante escarmouche (2). Beaucoup d’'Anglais furent faits prisonniers, parmi eux le maréchal de l’armée, Raoul de Gorges. Les murs de la ville furent rasés.

Si nous nous sommes longuement arrêtés sur le siège de Rions, c’est surtout parce que cet épisode est, pour ainsi dire, le premier acte militaire de Jean de Bretagne. Nous sommes obligés de constater qu'il n’est pas à son avantage. Il n’aurait certes pas été facile de tenir tête à l’émeute populaire, mais, à en croire le chroniqueur anglais, la fuite nocturne avait été décidée même avant l’explosion de l’émeute, et en tous cas elle nous laisse sur une impression peu favorable au chef.

Quant à l’armée de Jean de Saint-John, partie pour Bayonne, elle arriva à occuper cette ville (3) grâce à l'intelligence avec les habitants. Ses succès furent arrêtés par Charles de Valois: mais comme celui-ci, perdant beaucoup de monde à cause de la chaleur et de la fatigue, revint bientôt en France (4), les opérations militaires furent suspendues pour quelque temps.

(4) Gurarr, éd. cit. t. XXII, vers 12955-13040... « Cil d’eus qui puet de là s’escrille :

» Jehan de Saint-Jehan s’en bille, » Tout ait-il des siens grant compaingne; » Ansi fait Jehan de Bretaingne » Qui voit empirer la riote, » Et d’autres merveilleuse flote.

» À briez moz nul n’atent là per.

» En espérance d’eschaper » Et pour doutance de périr, » Se vont entr’eus el port férir, » Où moult orent lors nés et barges.

» Euz se lancent, aus cols les targes, » Comme gent del’aler engresse; » A l’entrer est fière la presse.

» Rionnois, qui en poursuivant » Vont les ileuc aconsivant » Et d’eus grever ne se détrient, » Maint riche destrier leur ocient, » Tout soit ce qu’aucuns s’en défripent.

» Anglois en Gironde s’esquipent.....

(2) Décrite également par GurarT, vers 13050-13102. (3) RisaANGER, p. 447. TRIVET, p. 334.

(4) Hemnésure, t. [, p. 50-51.

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Il y eut même un moment, dans cette année 1295, où la paix sembla possible entre les deux ennemis, grâce à l'intervention de Boniface VIII, qui avait envoyé à Londres deux cardinaux (1), chargés de s’employer à obtenir la paix. Mais Édouard refusa de la faire avant d’avoir pressenti à ce sujet son allié, le roi des Romains ; cependant, pour être agréable au pape, il consentit à un armistice (2). En conséquence, il ordonna par un mandement du 14 août à son capitaine Jean de Bretagne et à son sénéchal Jean de Saint-John, ainsi qu'aux autres fonctionnaires du duché, de cesser tous actes hostiles envers les Français jusqu’à la Toussaint(3).

La paix, cependant, ne suivit pas l’armistice. à cause de la mauvaise volonté du roi de France, à en croire les chroniques anglaises (4). D’autre part, cependant, il est certain qu'Édouard Ier ne devait pas être satisfait des résultats obtenus, car la plus grande partie du pays, avec la capitale, Bordeaux, restait dans les mains de l'ennemi. La position, néanmoins, n’était aucunement désespérée, car on avait, quand même, acquis des points stratégiques importants qui devaient permettre de recommencer la campagne dès que l’armée serait reconstituée.

Le principal avantage des Anglais était certainement la possession de Bayonne : c’est là que se concentrèrent, après la prise de Rions, les troupes et les officiers anglais de la Guyenne. Nousavons tout lieu de croire que Jean de Bretagne y établit le siège de son gouvernement pendant les mois d'été et d'automne de 1295, car différents documents attestent sa présence à Bayonne en juin, août et octobre (5).

La guerre était interrompue pour le moment, mais Jean de Bretagne n’était pas seulement un chef militaire ; comme lieutenant du roi, il avait aussi des fonctions politiques et administratives à remplir. On a déjà vu qu’il avait reçu, à son départ, le pouvoir de

(1) Ceux d’Albano et de Palestrina.

(2) WazsiNGHAM, loc. cit. GERV. DE CANTERBURY, t. II, Continuat. p. 341.

(3) Ryuer, cf. Cal. Pat. r. t. 1292-1301, p. 142.

(4) Ann. de Dunstaplia, p. 396.

(5) R. G., N° 3892, lettre donnée par Jean de Bretagne à Bayonne le 6 juin.

Cal. Pat. r., t. 1292-1301, p. 432. Confirmation de lettres patentes données par Jean de Bretagne à Bayonne le vendredi après la St-Barthélemy (26 août).

Cal. Pal. r., t. 1301-1307, p. 124. Confirmation des lettres patentes données par Jean de Brelagne, à Bayonne le 18 octobre.

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conclure des traités pour le roi et de lui chercher des alliances. Un document, datant de cette époque (22 août 1295), donne la preuve que ses efforts avaient été fructueux, au moins en ce qui concerne la Castille. Ce document est une réponse du roi d'Angleterre au régent temporaire de la Castille, Henri. Le roi le remercie de sa proposition d’envoyer en Gascogne de 500 à 2.000 chevaliers, et lui fait savoir qu’il a immédiatement annoncé la nouvelle à son très cher neveu et lieutenant Jean de Bretagne et à son fidèle sénéchal, Jean de Saint-John. Le roi prie donc Henri d'accomplir sa promesse, en se conformant aux demandes qui lui seront adressées de Gascogne par ces deux personnages (1).

C'était le lieutenant surtout qui s’occupait de l’organisation et del’administration de l’armée.Cefut,par exemple, lui qui choisissait le trésorier de l’armée, et on sait que ce poste fut confié par Jean de Bretagne à Thomas de Cambridge (2). Ce fut Jean de Bretagne également qui donna le poste d'amiral de la flotte bayonnaise à Barrau de Sescas (3).

Quant à l'administration de la Gascogne par Jean de Bretagne, nous manquons de renseignements. Les Rôles Gascons renferment peu de mandements, adressés par le roi à son neveu, et plusieurs de ceux-ci sont adressés à Jean de Bretagne et à Jean de Saint- John conjointement (4), ce qui augmente la difficulté de délimiter les champs d’action de ces deux personnages (5). En outre, les lettres

(4) Cal. cl. r., t. 1288-96, p. 451.

(2) Pipe roll, 8 Ed. Il, m. 41, mentionnée dans les R. G.,t. III. Introd. cLxvin, note.

(3) R. G., t. III, p. 189. Pétition de Barrau de Sescas au roi d'Angleterre ; il se plaint qu'ayant occupé le poste d’amiral par suite du mandement de Jean de Bretagne, il resta 4 mois près de Bourg et Blaye en recevant une solde érdinaire de chevalier et en dépensant beaucoup plus qu’il ne recevait.

Le N° 4477 donne un mandement du roi à Henri de Lacy (au temps où ce dernier était lieutenant) qui ordonne de faire une enquête et de rembourser Barrau de Sescas si sa pétition est conforme à la vérité.

(4) Dans ce cas, Jean de Bretagne est toujours nommé le premier.

(5) Nous avons cru pendantun moment pouvoir arriver à résoudre ce problème paï une étude comparative des mandements royaux adressés à Jean de Bretagne d’un côté, et à Jean de Saint-John de l’autre. Mais nous avons été obligé de reconnaître bientôt l’inanité de cette entreprise, vu la trop petite quantité de ces mandements. L'impression générale qui se dégage de cette étude nous porte plutôt à croireque les fonctions de ces deux personnages n'avaient pas été délimitées, car, pour des affaires absolument analogues, les mandements sont adressés tantôt à Jean de Bretagne, tantôt à Jean de Saint-John, tantôt aux deux conjointement.

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annonçant aux habitants de la Gascogne leur nomination sont extrémement brèves (1) et s'arrêtent peu sur les pouvoirs qui leur ont été conférés. La nomination de Jean de Saint-John est cependant un peu plus détaillée; on en apprend du moins qu’il avait le pouvoir de nommer et de relever de leurs fonctions les soussénéchaux, châtelains, maires, baïillis et autres fonctionnaires. Ce pouvoir n’est pas mentionné pour Jean de Bretagne ; cependant, il ne faudrait pas en conclure que le lieutenant ne l’exerça pas. Il faut se rappeler que le neveu du roi était jeune en ce moment et que le sénéchal, à qui devait incomber l'administration du pays, lui avait été adjoint à titre de conseiller et de guide.

On a déja vu, en outre, que la nomination de Jean de Bretagne avait un caractère provisoire ; de là, peut-être, la brièveté de ses termes. En se donnant la peine de la rapprocher de la lettre qui nomma son successeur, Edmond (2), frère du roi, on constate facilement que la dernière est conçue dans des termes beaucoup plus précis. Le roi explique longuement les pouvoirs qu'il donne à son frère Edmond, de conclure des alliances et des ligues en son nom et de recevoir à sa paix les bannis. Ces pouvoirs, Jean de Bretagne les avait aussi exercés, quoiqu’on ne les trouve pas mentionnés dans son bref de nomination. Edmond reçoit encore le pouvoir de nommer et de révoquer les fonctionnaires subalternes ; il est donc fort probable que Jean de Bretagne avait encore reçu ce pouvoir, quoique le bref de nomination n’en dise rien.

La politique de conciliation inaugurée par Édouard ler en Guyenne avait porté ses fruits, et le roi n'avait plus à craindre de complications intérieures et d’émeute de la part de ses sujets gascons. Il sut apprécier leur fidélité et il chercha à les récom penser, par l'intermédiaire de son lieutenant et de son sénéchal, des services qu’ils lui avaient rendus et de les dédommager des pertes qu'ils avaient encourues. On peut citer dans cet ordre d'idées des confirmations données par le roi à des lettres patentes de Jean de Bretagne, accordant le pardon à des particuliers, accusés de meurtre et punis de bannissement (3). Par un mande-

(4) R. G., t. III, nos 2932 et 2933.

(2) R. G. t. III, n° 3944.

(3) Cal. Pat. r.,t. 1292-1301, p. 432. 18 août. Les lettres patentes de Jean de Bretagne sont données au mois d'août 4295. Cal. Pat, r.,t. 1301-1307, p. 124, 11 mars. Les lettres patentes de Jean de Bretagne sont données le 48 octobre.

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