‹ Jean de Bretagne Comte de RichmondChapitre 20 sur 51 · AUS · texte numérisé non relu

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Après avoir été étroitement attaché à son oncle et à sa suite personnelle, Jean de Bretagne était donc passé dans l'entourage de son cousin, le jeune héritier de la couronne. On l’a vu avec lui à Dunfermline, à Perth, et sous ses ordres à Stirling (avril-juillet 1304); en octobre, nous le trouvons attaché à lui pour un voyageen France: voilà une série de faits qui prouvent que, pendant ces deux années (1303-1304), il reste dans son entourage immédiat.

Il semble tout naturel que le vieux roi ait songé à attacher à son fils, qui commençait déjà à subir de mauvaises influences, un parent qu’il avait eu l’occasion de mettre à l’épreuve. Mais, si cette intimité devait être utile au jeune prince, Jean de Bretagne y trouvait de son côté un ami et protecteur précieux, dans un moment où le vieux roi, qui l’avait toujours aimé et protégé, touchait à la fin de son règne.

On n’a pas de renseignements sur le voyage de Jean de Bretagne en France, et tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il n’est pas signalé en Angleterre par les documents avant mars 1305, c’est-à-dire pendant cinq mois. Il a joué un rôle assez important dans le Parlement, qui s’assembla le 28 février de cette année. On le trouve cité comme témoin dans plusieurs affaires examinées à ce Parlement (1). Des Commissions y avaient été aussi formées de juges et barons, à l'effet d’étudier les pétitions touchant l'Écosse, l'Irlande, la Gascogne, etc. Jean de Bretagne se trouva membre de la Commission de Gascogne; celle-ci devait recevoir toutes les pétitions mises en avant par les gens de Gascogne et répondre à celles qui pouvaient être examinées sans le roi (2). L'activité déployée naguère par le neveu du roi dans ce pays rendait tout à fait naturelle sa présence dans cette Commission, les années qu’il y avait passées le mettant à même de connaître le pays et ses besoins et de pouvoir apprécier les exigences des habitants à leur juste valeur.

Le Parlement suivant, convoqué d’abord pour le15 juillet 1303 (3),

(1) Le 13 mars il se porta garant devant le trésorier et d’autres personnages du Conseil royal pour Amauri de Saint-Amand, prisonnier à La Tour de Londres. Rotuli Parliam., p.176. On le trouve cité comme témoin dans une autre affaire : le procès de l’évêque de Byblos à propos du prieuré de Coldingham, en Écosse ; MairLanb. Records of lhe parliament holden Westm., 28 febr. 1505 ; p. 297. Cf. Rot. Parl., t. I, p. 178.

(2) Parl. Writs, t. I, p. 155 (44) et Rot. Parl.,t. 1, p. 159.

(3) Les premières convocations manquent dans les Part. Wr.

MT

renvoyé ensuite au 15 août, se réunit définitivement le 15 septembre. À cause de ces retards, deux mandements ont été envoyés à Jean de Bretagne (1). Ce sont les premières convocations personnelles du ( neveu du roi » au Parlement qui nous soient parvenues, mais il y a lieu de croire qu'elles ne furent pas les premières en réalité, Car un personnage, qui avait sa place dans le Conseil permanent et qui entrait comme membre dans des Commissions du Parlement, avait déjà probablement été convoqué par writ personnel.

Jean de Bretagne avait donc commencé à jouer, malgré ses multiples absences de l’Angleterre, un certain rôle dans l’Administration, même avant de devenir comte de Richmond. Auprès de son oncle Édouard, il avait dû trouver toutes les facilités pour s’instruire dans la tâche difficile du gouvernement, mais ce n’est que plus tard, sous Édouard Il, qu’il eut à mettre sérieusement à profit ces leçons.

Il ne reste maintenant qu’à étudier la position que son oncle avait créée à Jean de Bretagne dans le royaume, avant qu’il le nommât comte de Richmond.

Il est à remarquer que les donations du roi à son neveu précèdent chronologiquemient les services rendus par ce dernier à son oncle. L'activité de Jean de Bretagne commença par son service en Gascogne comme lieutenant du roi, où il se rendit en octobre 1294. Cependant, en 1291 déjà, le roi avait concédé à son neveu des droits de « mariages d’héritiers » (2), puis il lui avait donné la garde de certaines terres pendant la minorité des héritiers (3).

Les mentions de petits cadeaux plus insignifiants se trouvent

(A) Part. Wr., t. I, p. 158 (52) et p. 159 : convocation du 24 mai pour le 45 août 1305 et convocation du 13 juillet pour le 15 septembre suivant.

(2) Cal. Pat. r.,t. 1289-92, p. 464.

(3) La date de cette dernière donation ne peut être établie ; on sait seulement qu’elle eut lieu avant le 30 juin 1294, car, à cette date, la donation d’une partie de ces terres (comtés de Nottingham et Leicester) faite par Jean de Bretagne au profit d’un certain William Basset, est ratifiée par le roi. (Cal. Pat. r.,t. 1292-1301, p. 77.) Un autre document (Jbid., p. 46, daté du 24 mai 1293) parle de la possession par Jean de Bretagne du parc et manoir d’Overslegh (comté de Warwiçk), mais il n’est pas certain que cette propriété appartint au fils, et non au père. Une autre mention, peu précise, de la garde de terres, ayant appartenu auparavant à Jean de Bretagne, se trouve dans les Cal. Close. r.,t. 1288-96, p. 477, 8 avril 1296.

çà et là dispersées dans les documents ; comme, par exemple, a permission de prendre dans la forêt de Windsor un chêne pour réparer une croix, érigée en la mémoire de la mère du roi (grandmère de Jean de Bretagne) (1); ou la permission à un certain Robert Achard de prendre à l'intention du neveu du roi dix chevreuils dans un parce royal (2).

Un document du 24 mai 1297 constate que Jean de Bretagne possédait à cette époque dans les comtés de Sussex et de Surrey des tenures qui lui rapportaient plus de 20 livres de rente annuelles ; ilest donc probable que des donations luiavaient été faites, peut-être comme récompense de son service en Gascogne ; mais les actes de ces donatidns ne semblent pas s’être conservés.

En somme, tout cela n’était que peu de chose et ne pouvait pas suffire pour faire vivre un personnage comme le neveu du roi. Édouard dut certainement subvenir aux besoins de Jean de Bretagne, tant que celui-ci était en Angleterre, et lui payer des gages lorsqu'il se trouvait en Gascogne. Cependant la situation financière du neveu du roi n'était guère brillante à cette époque, car il paraît ne pas avoir eu de fortune personnelle (3).

C’est en août 1299 que le roi décida de donner une position plus stable à son neveu. En effet, le premier de ce mois, il lui allouait «pour maintenir sa personne et sa maison » 1.000 livres par an sur l'Échiquier, payables depuis la Saint-Michel (29 septembre) suivante. Mais, comme le Trésor était pauvre, le roi fit peu de temps après (25 septembre) à son neveu une donation de terres en différents droits, dont les revenus, montant à 500 livres à peu près, devaient tenir lieu du payement de la moitié de la somme qu'il avait octroyée. Ces terres et revenus étaient celles de Jean de Bailleul, tombées par confiscation aux mains royales. Elles furent assignées par le trésorier et les barons de l'Échiquier comme payement partiel de la somme susdite (4).

(1) Cal. C1, rolls., t. 1288-96, p. 352; 20 juin 1294.

(2) Cal. CI. r., t. 1288-96, p. 358; 21 juillet 1294.

(3) En 1326, Édouard IL, écrivant au Pape et se plaignant de l’infidélité du comte de Richmond, qui n'était autre que Jean de Bretagne, dit de lui : «… Nec a parentibus suis aut propinqüis quiquam aliunde habuit. » (Rymer, 18 juin). Ce qui semble indiquer qu'il n'avait rien reçu de ses parents ni de ses proches.

(4) Cal. of Doc. rel. Scotl., t. II, n° 1108. Documents postérieurs de RYMER, à la date. plusieurs années à la donation ‘Cal: Pat. r., t. 1301-7, p. 470. (40 novembre 1306).

Nous donnons ci-dessous une liste complète de ces terres et rentes, tirée des

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