‹ Jean de Bretagne Comte de RichmondChapitre 19 sur 51 · NOR ES · texte numérisé non relu

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différents personnages. Le nombre complet de bannières, dont il donne le dessin et les couleurs, est de 105, mais le nombre des chevaliers devait être plus considérable.

A Carlaverock, comme à Falkirk, Jean de Bretagne apparaît dans legros de l’armée, commandé par le roi; mais, tandis que, dans le Falkirk Roll of Arms, il avait été placé le quatrième après Édouard, le rimeur du siège de Carlaverock le place immédiatement après le roi, en donnant comme raison de cette préférence sa parenté avec lui et les services qu'il lui avait rendus (1).

Rangée de cette manière, l’armée avança vers le château, faisant briller dans toute la vallée l’or, l’argent et les riches couleurs, et faisant penser aux défenseurs de la place que jamais encore ils ne s'étaient vus en tel péril (2). La flotte, survenue avec les provisions et les engins de guerre, dut encore augmenter leur terreur (3). Les piétons avancèrent d’abord vers le château, mais on les reçut par une nuée de pierres, qui au bout d’une heure, en avait tué et blessé beaucoup. C’est alors que la cavalerie se mit en branle, et après les premiers assauts infructueux : « Voilà, dit le rimeur, que les gens du seigneur de Bretagne se jettent en avant, farouches et braves comme des lions de montagne, de jour en jour plus habiles à la pratique et au maniement des armes. Leur troupe, dans une attaque furieuse, impossible à soutenir, couvre bientôt l’entrée du château, tout en laissant cependant une large part à faire à ceux

(1) « De grans gens estre cheveraigne » Soun neveu Johan de Bretaigne » Pur ce ke plus de lui est pres » Don ie plus tost noumer apres...

(NicoLas, p. 22).

Une chose encore est à remarquer, c'est que, parmi les personnages dont les exploits sont décrits par le poète, il s’en trouve quelques-uns, dont nous rencontrerons plus tard les noms parmi les principaux tenanciers du Richmondshire : par ex. Thomas de Richmond (p. 70) avec ses gens (those of Richmond).

(2) « Si veist on le or et le argent

» E de tous riches colours

» Les plus nobles et les meillours

» Trestout le val enluminer

» Par coi bien croi ke a deviner

» Cil du chastel pussant donques

» Ken tel pereil ne furent onques

» Don il lour peust souvenir

» Kant ensi nous virent venir ».

(Nicocas, p. 62).

(3) Ibid., p. 64,

qui la suivent »}(1). Ce seigneur de Bretagne ne peut être que notre Jean, car aucun autre seigneur breton n’a été mentionné par le poète parmi les chevaliers du siège, et l’on .a vu que quelques jours auparavant, Édouard avait libéré le duc de Bretagne du service que celui-ci lui devait.

Il ne sera donc pas exagéré de dire que, selon la description du poète au moins, le neveu du roi rendit pendant ce siège un nouveau service considérable à son oncle, ses gens par leur bravoure et leur entrain remarquable ayant fait le premier pas vers la victoire.

Cependant les assiégés, ne se tenant pas encore pour vaincus, résistèrent tout ce jour, la nuit, et le tiers du jour suivant, malgré des coups redoutables de trois engins de guerre(2). Enfin, beaucoup d'hommes ayant été tués, le reste demanda grâce, promettant de rendre le château ; quand ils eurent quitté la place, il se trouva qu'ils n’étaient que 60 hommes (3). Le triomphe des Anglais n'était donc pas aussi méritoire que voudrait nous le faire croire l’auteur du poème. C’est pour cette raison sans doute que les chroniqueurs ne parlent presque pas d’une opération militaire aussi médiocre. Une seule chronique écossaise mentionne en quelques mots le siège de Carlaverosk (4). Quant aux Anglais, le poète Pierre de Langtoît seul y a consacré, quelques lignes, contrastant singulièrement avec la description donnée dans le poème :

(1) « Puis dont le assaut recomencer » Les gens le seigneour de Bretaigne, » Com li lyons de la montaigne » Coragiouses et empernans, » Et sont checun jour apernans » Le fait de armes et le mestier, » Mult tost couvrent li portier » Du chastel lour acointement.

» Car autre plus folonnement » Ains ne les orent assaili, » Non porqant ne ont nue failli, » Ke ki ke pres viegne ne ait part » De lour livree ains qil sen part » Tant ke plus ke assez li ensemble... »

(NicoLas, p. 80).

\2) 1bid., p. 84.

(3) Ibid., p. 86.

(4) £hron. de Lanercost, p. 194: « et inde transivit rex in partes Galwithiae usque ad aquam de Grithe, cepitque castrum de Carlaverok quod dedit domino Roberto de Clifiorde, et fecit plures intus castrum inventos suspendi ».

Ce dernier fait est contredit par le poète du siège, qui dit que le roi fit grâce aux hommes et donna à chacun un nouvel habit (NicoLas, p. 86).

pe

« Un pauvre petit château appelé Carlaverock fut pris par le roi Édouard, ci n’y trouva pas une âme excepté quelques gens de pied vaincus à l'entrée (1) ».

Si l'auteur du poème exagère les faits à plaisir, Langtoft nous paraît bien tomber dans l'excès contraire, en réduisant à rien l'importance de ce siège ; le roi ne serait pas venu en personne avec une brillante armée assiéger une bicoque garnie à peine de quelques défenseurs et, s’il n’y avait rien eu, où notre rimeur aurait-il trouvé la matière de son poème ? Il a pu enfler les événements; il ne les a pas inventés.

Après la leçon de Falkirk, les Écossais évitèrent soigneusement un engagement général; c’est pourquoi il n’y a pas, excepté le siège de Carlaverock, un seul fait d'armes important à signaler pendant l’été de 1300, passé par Édouard et son armée en Écosse. Une trève fut bientôt accordée, sur les instances du roi de France, aux Écossais jusqu’au dimanche de la Pentecôte 1301 (2), puis, après un semblant d'expédition conduite par le jeune Édouard, récemment créé prince de Galles, une nouvelle trève eut lieu (3), et le roi se mit en route vers l'Angleterre en février 1502. Le reste de l’année se passa dans l'inactivité; les Anglais, restés en Ecosse, ne s’occupant qu'à garder les points acquis.

On sait peu de chose sur Jean de Bretagne à cette époque. Le 10 août 1301 il se trouve à 20 milles d'Édimbourg (à Peebles), mais le 14 avril 1302 il est signalé à Londres, où il prend part à un grand Conseil qui traite des affaires de l'Écosse (4), et le 26 octobre de la même année il est encore signalé dans la capitale (5).

En février 1303, les Écossais infligèrent un sérieux échec aux

(1) « Un povere chastelet, Karlaverock appelez » Pris le rei Edward, nul alme dedenz trovez » Fors ribaus qui le tiendrent, vencuz as entrez. » (LANGTOrT, t. II, p. 326).

Burton (History of Scotland, t. II, p. 324) voit en ce petit nombre de défenseurs la preuve de la puissance du nouveau système de fortification.

(2) Rymer, 30 oct. 1300.

(3) Bain, p. 33, RyMer [déc.] 1301 et 26 janv. 1302.

(4) PALGRAVE. Docum. and Records, t. I, p. 236 et 238. Les termes du document ne permettent pas de préciser davantage ce fait. Le mot « Parlement » y est employé, mais le nombre restreint des personnes présentes indique que ce n’était qu'un « Grand Conseil ». D'ailleurs les Part. Wr. ne mentionnent pas de Parlement à cette époque.

(5) À Westminster, dans la chambre de l’archevêque d’York. — Ibid., p. 237.

RL. de

Anglais près de Rosslyn (abbaye voisine d’Édimbourg) (1). Édouard alors, ayant conclu la paix avec la France, décide de concentrer ses forces contre les Écossais. Il se met en marché au mois de mai (2). ravage le pays et reçoit la soumission d’une grande partie des nobles écossais, puis marche vers Dunfermline, où il devait passer l'hiver (3). Sur ses derrières il laisse son fils, le prince Édouard, auquel il donne pour conseillers les comtes de Lancastre, d'Ulster etde Warwick, Jean de Bretagne, Hugues le Despenser, Robert de Clifford, Guillaume de Leybourne et quelques autres.

Le jeune Édouard avec cette suite devait venir rejoindre son père à Dunfermline, avec le moins de gens et de bagages possible (4), mais n’y rester que peu de temps (5) ; on le signale, en effet, à Perth, du 22 décembre 1303 au 14 avril 1304.

Il y passa les fêtes de Noël avec les seigneurs mentionnés plus haut et quelques autres, formant sa cour. On sait, par exemple, que, le jour de Noël, la plupart de ces personnages dinèrent avec le prince (6). Des festins eurent lieu aussi à la fête de la Purification (7), et les deux dimanches du 22 février et du 1°" mars; Jean de Bretagne y prit part, il n’était absent qu'à un dernier dîner donné le 14 avril.

(1) Burton, t Il, p. 325.

(2) HeminesBuren, t. I, p. 205.

(3) Ibid. Cf. Lancrorr, t. Il, p. 349, et Burton, t. Il, p. 327.

(4) PALGRAvE. Docum. and Records, t. I, p. 28%. «.……. et q’ il et les autres avanditz qui vendront ovesques li mengent ovesqes eux au Roi le meins de presse qu’il porront de gentz et de cariage por ce qu'il lor covendra tost retorner...».

Ibid Ip: 2628 C7 Ces sont les nouns de ceix qui demorreront en le service le Roi a Dunfermelyn et aillors en Escoce.... » Entre autres. « Johan de Bretaigne. »

(5) Un document {Calend. of Doc. relat. to Scotl., t. II, p. 362 n° 1406) paraît fournir une preuve de la présence de Jean de Bretagne à Dunfermline en novembre 1303 (il y était probablement arrivé avec le jeune prince). Ce document, daté vers la Saint-Martin, 11 novembre {shortly before Martinmas) parle d’une mission « d’auditeurs » formée à Dunfermline sur l’ordre du roi à propos d’un conflit entre Robert de Keth et Nigel Campbel au sujet de certains droits de garde et de mariage; Jean de Bretagne est un des membres de cette commission, en compagnie de Hugue le Despenser et quelques autres.

(6) A l’occasion de ce diner, les dépôts et caves royales furent allégés de 8 bœufs et 1/4, 40 agneaux, 20 poissons, 12 cygnes, 2 grues et 5 tonneaux 28 setiers de vin, Cæl. of. Doc. rel. to Scotl, t. II, n° 1516, Roll of the controller of the Prince of Wales household in the 321 year of his father”’s reign.

(7) 60 convives y sont signalés. Les dépôts royaux fournirent de nouveau les provisions. Zbid. Fonpun, p. 336, parle aussi du séjour du prince à Perth.

ie

Les banquets et les festins devaient d’ailleurs prendre bientôt fin pour être remplacés par des soucis de guerre. Édouard s'était décidé à faire le siège de Stirling, qui se trouvait entre les mains des Écossais. Ce siège commença le 21 avril 1304. Le prince de Galles dut quitter sa vie agréable et facile pour rejoindre son père, et c'est sous son commandement qu’on retrouve Jean de Bretagne (1). Dans sa compagnie, on signale Bertrand de Tailli et Bertrand de Montboucher (2).

Les Écossais, quoique en petit nombre, se défendirent vaillamment, et il fallut aux Anglais trois mois pour en venir à bout. A l’aide de formidables engins de guerre, ils arrivèrent enfin à vaincre la résistance de l'ennemi, qui se rendit le 20 juillet (3). L'acte de soumission fut passé le 24 (4).

Le lendemain de la prise de Stirling, le roi nomma une commission de 44 membres, dont Jean de Bretagne, chargée de trouver les voies et moyens pour récompenser les services rendus pendant l’expédition. Ils se consultèrent par trois fois, sans pouvoir prendre de décision ; quelques-uns furent même obligés de rentrer chez eux. On décida cependant que, si certains sollicitaient, en attendant, des droits de garde, de mariage, de tutelle, des franchises, etc., le roi, en leur accordant les choses demandées, s’acquitterait de cette façon envers eux. Quant aux autres, on en déciderait définitivement au prochain Parlement. Cette requête remise au roi obtint son consentement (5).

Stirling avait été le dernier rempart de la force écossaise, car la plupart des grands d'Écosse avaient déjà fait leur soumission à

(4) Pazarave. Doc. and Rec., t. I, pp. 267-68. Roll of the Magnates and others who had served under the King at the siege of Stirling…

(2) 1bid., p. 271. Bertrand de Montboucher avait été, comme on l’a vu, présent au siège de Carlaverock. S'il appartient à la suite de Jean de Bretagne en 1304, il est très probable qu’il en faisait déjà partie en 1300.

(3) Flores Histor., t. I, p. 149.

HEMINGBURGE, t. I, p. 206.

(4) RyMer, à la date. Burron, t. Il, p. 331.

(5) PALGRAVE. « Doc. and. Rec., {. 1, pp. 274-75.

| À ces XIIIT commanda Notre Seigneur le Roi le jor de Seint Jak (25 juill.) l'an de son règne XXXII, lendemain que le Chastel d'Estrivelyn fu renduz quil ordenassent comment et en quel manere il puist faire chose de quei eux et les

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Édouard l'hiver précédent, et toutes les places fortes se trouvaient au pouvoir des Anglais. De Wallace seulement, ces derniers auraient pu encore craindre quelque surprise, mais le héros national tomba dans leurs mains au printemps suivant (1305), et fut exécuté le 23 août. La prise de Stirling marque done la fin de toute résistance de la part de l'Écosse, du moins jusqu’à l’avènement de Robert Bruce.

On a vu que Jean de Bretagne avait pris part à toutes les phases de la guerre anglo-écossaise : Falkirk, Carlaverock, la campagne de 1303, la prise de Stirling enfin, son nom a été associé à tous ces succès des armes anglaises. On ignore si personnellement il subit des pertes ; il ne paraît pas cependant qu’il ait jamais été engagé à fond. D’autre part, il n’a pas été chargé, autant qu’on peut le savoir, de commander une division considérable de l’armée; à Falkirk et à Carlaverock, il se trouve sous les ordres directs du roi, à Stirling sous ceux du prince, auquel il est particulièrement attaché à partir de 1303. Le roi craignait probablement, depuis les défaites de la Gascogne (Rions, Bonnegarde),de confier à son neveu un poste militaire indépendant. Maïs, quoique restant en sousordre, Jean de Bretagne accompagne fidèlement le roi dans ses exploits, et sait se rendre utile (à Carlaverock, par exemple). On

autres qui nouns sont contenuz en ces deux roules

A. Stirling. se puissent tenir appaiez pour le servise quil li Le comte de Garenne. unt faitz. Et eux sur ce s’assenblerent en parlant — de Nicole. de ces choses par trois foiz. Mais pour ce que le

— de Gloucestre. Conte de (Garenne estoit à cele hore en Engleterre

— Lancastre. et Mons. Johan de Segrave fust deshaitez [malade]

— Warwik. et ensement pour ce quil convenoit que plusurs de

— Ulster. eux s’en alassent en lor pays comme ceux qui Mons Johan de Bretayne. plus longement demorer ne peurent; elx regar- — Eymar de Valence. dantz quils ne pooient si grant chose delivrer — Henri de Percy. adroitement si a haste; prierent notre Seigneur — Hugh le Despenser. le Roi que ceste ordenance peust prendre delai — Guiliem de Breouse. jusques à son procein Pallement d’Engleterre. En — Guillem Martyn. tieu manere que si aucuns de ceux qui sont nomez — Johan de Segrave. es ditz roules requeissent endementiers de garde, — Pierre de Moulay. de mariage, de baillie de franchise, ou d’autre

chose en lui de bienfait, et il lor grantast : que deslors il feust quites envers eux, quant au fait de ceste ordenance. Et por les autres fust ordenez finalment au Pallement avantdit. Et ensi le granta notre Seigneur le Roi a lor requeste.

va voir tout à l’heure le moyen trouvé par Édouard pour l’en récompenser.

L'Écosse semblait subjuguée pour longtemps, et il fallait songer à donnér une organisation au pays conquis. Un Parlement, convoqué pour le milieu de l’été 4305 pour s'occuper de cette question, puis prorogé, se réunit définitivement le 15 septembre de la même année (1). On y vit figurer dix Écossais choisis par leur peuple, parmi lesquels l’archevêque de Saint-André et l’évêque de Dunkeld, qui, de concert avec des seigneurs anglais, rédigèrent de nouvelles ordonnances pour l'Écosse (2).

Les points principaux de cette Constitution furent les suivants. Un gardien et lieutenant du roi devait être choisi pour gouverner le pays et appliquer les nouvelles ordonnances, et c’est Jean de Bretagne qui obtint ce poste (15 octobre 1305) pour un tempsillimité (during pleasure) (3) ; il devait recevoir 3.000 marcs par an, prélevés sur les revenus du pays, qui lui seraient payés par le trésorier en trois termes (4). Les autres fonctionnaires principaux de l'Écosse seraient un chancelier, un trésorier et un contrôleur.

Un Conseil était choisi pous faciliter la tâche du lieutenant (5). Huit juges (justiciarii), en outre, devaient être nommés (6). Les shériffs, nommés par le lieutenant ou le trésorier, seraient Anglais ou Écossais.

Le lieutenant devait occuper les châteaux de Roxburgh et de Jedworth.

Comme les coutumes celtiques qui étaient en vigueur en Ecosse ne correspondaient plus à la civilisation de l'époque, elles devaient être transformées. Le lieutenant, à sonarrivée, avait à revoir les lois dans une assemblée populaire et à annuler, avec l'aide des

(A) Cal of Doc. rel. Scotl., t. II, n° 1691.

(2) Part. Wr.t.I, p. 160 (59).

(3) Cal. of Doc. rel. Scotl., t. IT, n°° 1638 et 1699. Part. Wr.,t.I, p. 160 (59). Cal. Pat. r., t. 1301-1307, p. 391.

(4) Un Memorandum, publié par PaALGRAvE (Doc. and Rec., p. 292) mentionne une somme de 2.000 marcs annuels que Jean de Bretagne devait recevoir pour maintenir sa personne et une compagnie de 40 hommes en Écosse, ainsi que les ehâteaux qui se trouveraient dans sa garde; mais les autres documents n’en parlent pas.

(5] Les noms des membres de ce Conseil sont donnés par le Memorandum.

(6) Burron (t. Il, p. 31) tixe le nombre des juges à six; cependant, les ordon-

nances disent clairement « quatre paires » et nomment huit personnages (Cal. Doc. rel. Scotl., {.II, p. 457).

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Anglais et des Écossais, ce qu’il y trouverait de contraire à Dieu et à la raison, en n’en référant au roi que pour les points qu'il ne jugerait pas possible de régler lui-même.

Ii aurait aussi le droit, ayant pris conseil du peuple d'Écosse, d’écarter du pays les gens dont la présence pourrait nuire à la paix (1).

On voit que ces ordonnances, tout en étant faites dans un esprit libéral (2), conféraient des pouvoirs très étendus au lieutenant, que celui-ci devait être un administrateur et un législateur presque indépendant. Il était donc indispensable au roi que la place fût tenue par un personnage de confiance qui ne pût être tenté de faire cause commune (comme Jean de Bailleul, par exemple) avec un peuple hostile au souverain. C’est par ce fait que peut être expliqué le choix de Jean de Bretagne. Les Écossais devaient connaître à peine ce personnage, qui avait fait les guerres d'Écosse en sous-ordre. Les seigneurs anglais auraient dû choisir de préférence quelque comte, quelque grand seigneur. Le passé de Jean de Bretagne, tel que nous l’avons vu jusqu à présent, ne justifiait pas non plus son choix pour un poste difficile et délicat. Le roi seul pouvait avoir un intérêt à cette nomination, qui lui permettait d’une part de récompenser son neveu de ses services, et d'autre part de maintenir un réprésentant fidèle et obéissant dans un pays où l'insurrection pouvait éclater à tout instant. D'ailleurs, il n'ignorait sans doute pas les aptitudes diplomatiques de son neveu, que celui-ci ne devait déployer que plus tard. A juger donc d’après la nomination du lieutenant, on est tenté de supposer que l’action des seigneurs qui s’occupèrent de la nouvelle Constitution avait été influencée par le roi ; tout en voulant se donner l’apparence de se tenir à l'écart, celui-ci avait à cœur de régler à sa guise le sort du pays, pour la domination duquel il avait combattu avec tant d’acharnement.

On ne peut pas savoir si Jean de Bretagne eût été à la hauteur de sa tâche, car il ne vint pas aussitôt dans le pays, et, dix jours

(1) Cal. Doc. rel Scoll. loc. cit.

(2) Les bonnes intentions du roi sont reconnues par les historiens modernes de l'Écosse. Burton, par exemple, dit que les ordonnances portent une marque de haute intelligence et de prévoyance, adoucie par un sentiment de sollicitude et de bonté (t. II, p. 342).

après sa nomination (26 octobre), le roi remit provisoirement la garde de l'Écosse à l’archevêque de Saint-André, à Jean de Sandale, chancelier d'Écosse, à Robert de Keth et à Jean de Kingeston (1). Le terme de leur pouvoir fut fixé d’abord au 14 février suivant (2). Cet acte doit être considéré comme une grave faute politique de la part d'Édouard, car il laissait le pouvoir dans des mains instables et en partie infidèles (l'archevêque de Saint-André).

Cependant le roi ordonnait au chancelier d'Écosse (28 octobre) de payer le 411 novembre suivant (à la Saint-Martin) 1.000 marcs au nouveau lieutenant, pour le terme qui prend fin à la suivante Chandeleur (2 février) en paiement partiel de ses gages annuels de 3.000 marcs (3). On voit donc que, malgré son absence du pays, Jean de Bretagne profita des avantages matériels de ce nouveau poste. Vers la fin de janvier 1306, des préparatifs sont faits pour l’arrivée du nouveau lieutenant; le sous-sheriff de Roxburgh reçoit différentes sommes (1.000 sous sterl., puis 10 livres sterl.) pour acheter des vivres (4). L'absence de Jean de Bretagne s’étant néanmoins continuée, Édouard prolongea jusqu'au 17 avril (5) les pouvoirs donnés à ses remplaçants. La cause de ce nouveau retard reste inconnue ; nous pouvons cependant hasarder une hypothèse.

Le pape Benoit XI étant mort au mois de juillet 1305, l’archevêque de Bordeaux fut élu à sa place ; il prit le nom de Clément V et fut sacré à Lyon le 14 novembre. Le père de Jean de Bretagne, le duc Jean II, figurait en bonne place dans cette cérémonie : c'est lui qui tenait les brides du cheval monté par le pape.Sur leur passage, un mur s’écroula sous le poids des gens qui l’avaient escaladé pour jouir du spectacle; le duc fut écrasé et mourut quatre jours après (6). Il ne serait pas impossible que cet événement eût été l’une des causes du nouveau délai accordé à Jean de Bretagne pour aller en Écosse, la mort de son père et le règlement de sa succession avaient dû lui fournir de nouvelles préoccupations et peut-être

(4) Rymer, à la date. Reg. Honor. Richm., p. 143, ne 54.

(2) Ibid. Cf. Cal. Pat. r., t. 1304-7 p. 394.

(3) Cal. Doc. rel. Scotl., t. II, n° 1711.

(4) Ibid., n° 1887. %

(5) Cal. Pat. r., t. 4301-1307, p. 415. La date indiquée est 45 jours après Pâques, qui tombait le 3 avril en 1306.

sl Dom LoBiNeau, {. 1, p. 291 ; Dom Monice, t. I, p. 225. La Bonnenuie, t, IL, p. 376. ; |

même l’obliger à faire un voyage en France; les documents, en tous cas, ne prouvent pas qu’il soit resté à cette époque en Angleterre. Le duc laissait un testament qui est parvenu jusqu’à nous ; il y léguait de fortes sommes pour des œuvres de charité, surtout pour doter des églises et couvents. En outre, il laissait 30.000 livres tournois pour la Croisade, exprimant l'espoir que son fils aîné Arthur prendrait part à la première expédition envoyée en Terre- Sainte ; à son défaut, Jean de Bretagne pouvait le remplacer (1), et, si ce dernier se dérobait ou était empêché, les exécuteurs testamentaires devaient se charger de lui trouver un remplaçant. C'est Arthur qui succédait, comme aîné, à son père dans le duché. Restait la question du comté anglais de Richmond. On verra plus loin comment il fut attribué à Jean de Bretagne, et sans doute les efforts de celui-ci pour obtenir cette part de la succession paternelle ont-ils encore contribué à retenir Jean de Bretagne loin de l'Écosse (2). En somme donc, son rôle dans le pays, du moins pendant le règne d'Édouard Le, fut assez effacé : il avait participé dans la suite du roi ou du prince aux combats livrés; ses services avaient été récompensés par un titre et des fonctions qu’il n’exerça pas. C’est seulement sous Édouard IT qu’il deviendra un person- . nage. Maïs auparavant il nous faut montrer son activité en Angleterre de 1294 à 1306.

(1) Dom Monice, Mémoires p. 1185... «E se ledit Artur ne fesoit ledit veage oudit premier passage, e Jean de Bretaigne mon filz le fesoit, je vueil que lesdites XXX mil liv. soient baïllées à iceluy Jehan à i mener pour moy genz d'armes, bannerez, bachelers, et autres, par le regart et ordenance de mes exécuteurs, segont la manière dessusdite... »

(2) Un des principaux historiens de l'Écosse, Burton (Hist. of. Scotl., t. IL, * p. 355) a supposé que Jean de Bretagne se trouvait en Écosse au moment du soulèvement de Bruce (février 1396), et qu'il fut chassé du pays par les Écossais. [1 est infiniment plus probable qu’il n’y était pas à ce moment, puisque les pouvoirs, donnés à ses remplaçants, avaient été prolongés jusqu’au 17 avril. Aucune des chroniques anglaises ou écossaises ne mentionne sa présence dansele pays ; aucun mandement ne lui a été adressé en tant que lieutenant de l'Écosse, à l'exception d’un seul, daté du jour suivant celui de sa nomination (16 oct., Cal. Doc. rel. Scotl., t. II, n° 1701) et, par conséquent, avant la nomination de ses remplaçants. On ne le voit pas non plus prendre part à l’écrasement de l’insurrection écossaise. Voir aussi Tour, Edward I, p. 79, qui parle de Jean de Bretagne comme du lieutenant fidèle d'Édouard pendant l'époque la plus crit que de ses relations avec l'Écosse. Il a été donc généralement admis qu'il avait rempli à cette époque ses fonctions de lieutenant. Nous espérons avoir assez nettement

prouvé le contraire.

CB m9 a D En où a

Jean de Bretagne au Parlement et dans le Conseil du roi.— Voyage du prince héritier en France (1304). — Jean de Bretagne au Parlement de 1305. — Donations du roi à son neveu. — Les biens et les revenus de Jean de Bretagne jusqu’en 1306.

On a vu dans les chapitres précédents que la plus grande partie de la vie et de l’activité de Jean de Bretagne, depuis le moment où il entre, pour ainsi dire, en scène et jusqu’à la fin du règne d’Édouard Ier, se passa hors d'Angleterre, d’abord en Gascogne, ensuite en Écosse. Dans l'intervalle cependant, il eut l’occasion de se mêler aux affaires d'Angleterre.

C’est en février 1302 qu’on le voit figurer pour la première fois dans une assemblée politique (1). En avril 1303, un mois avant la marche d'Édouard vers Roxburgh, il est envoyé avec quelques autres personnages du Conseil royal dans l’évêché de Durham. Un conflit avait éclaté l’année précédente entre l’évêque (2) et la commupnauté de Durham (3) et avait eu pour conséquence la confiscation de l'évêché aux mains du roi (22 juin 1302). Pour régler la question, Édouard avaitordonné que les deux partis se présentassent devant la justice royale au {er janvier suivant (4), puis au 17 février (5). Il faut croire que les gens de Durham manquèrent à cette convocation et que le jugement fut encore remis, car le 22 avril suivant le roi adressa des lettres de créance à la communauté en faveur de Jean de Bretagne et d'autres membres du Conseil

(4) Voir plus haut p. 36.

(2) Cet évêque était l’autoritaire Anthony Beck (1284-1311).

(3) Voir au sujet du conflit Cal. Pat. r., t. 1301-4307, p. 1449 et aussi LAPSLEY The County palatine of Durham, p.42 et p. 52.

(4) Cal. Pat. r. t. 1301-1307, p. 71.

(5) Tbid., p. 106.

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royal, envoyés vers elle en raison de cette affaire (1). On sait d’autre part, que le différend fut définitivement réglé à l’amiable « devant le roi et le Conseil de Durham » trois semaines après Pâques (vers le 28 avril), (2) et l'évêché restitué à l’évêque le 8 juillet (3). Le roi est signalé dans la contrée vers cette époque (à Darlington le 30 avril) (4), on ne sait pas s’il rendit personnellement le jugement, mais on peut supposer, à en juger par les lettres de créance, adressées à la communauté en faveur de Jean de Bretagne, que ce dernier le remplaça à Durham.

Les documents qui se rapportent à cette affaire ont une grande importance pour le biographe de Jean de Bretagne, car ils donnent, indirectement il est vrai, une indication fort précieuse pour sa biographie. Ils le montrent, en effet, à cette époque, membre du Conseil Royal ou Permanent « Continual or Permanent Council », comme certains historiens modernes l’appellent pour le distinguer du « Commune Consilium regni », qui était le parlement et s’assemblait seulement à certaines époques déterminées. Il a été comparé à un Conseil de ministres de nos jours (5). Aÿant le roi pour président, il expédiait les affaires courantes de l’Administration et rédigeait les ordonnances royales. Jean de Bretagne, comme membre de ce Conseil, se trouvait donc intimement lié au gouvernement du pays.

Vers la fin de l'année 1304, il se trouva chargé d’une nouvelle mission, celle d'accompagner en France le prince de Galles à l’entrevue d'Amiens (6); Aymar de Valence et Gui Ferre étaient aussi de cette suite (7), et ces trois personnages devaient se charger de la surveillance des dépenses du prince, auquel les marchands de la société des Friscobaldi devaient fournir, à leur requête, l’argent nécessaire (8).

(1) Parl. Wr., t.,1., p. 372 (20)«... cum injunxerimus dilecto nepoti et fideli nostro Johanni de Britannia et aliis fidelibus nostris de consilio nostro quos ad partes vestras duximus destinandos, quedam negocia vobis ex parte nostra plenius exponenda... » Cf. Cal. Pat. r.,t., 1301-7, p. 135.

(2) Cal. Pat. T., t. 1301-7, p. 149. Paques tombait le 7 avril en 1303.

(3) 1bid

(4) Goucu. Itinéraire d’'Edouard 1°.

(3) Gneisr. Englische Verfassungsgeschichte, p. 327.

(6) Rymer. 27 sept. Cal. Pat. r., t. 1301-7, p. 259.

(7) Cal. Pat., r. t. 1301-7, pp. 261, 264 et 266.

(8) Ibid. p. 264. . when so required by John de Britannia. Aymer de Valence and Guy Ferre together with those who are going Lo manage the expenses of the prince’s household. Voir aussi Rymer, 14 oct. 1304.

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