CHAPITRE I
Famille et jeunesse de Jean de Bretagne. — La guerre de 1294. — Jean de Bretagne nommé capitaine de l’armée et lieutenant de la Gascogne. — Siège de Rions et bataille de Bonnegarde. — Services rendus par Jean de Bretagne au sujet du ravitaillement de l’armée. — La paix entre la France et l'Angleterre.
Jean de Bretagne était né dans la famille es ducs de Bretagne. Son père, qui devint ensuite duc de Bretagne sous le nom de Jean II, avait été marié en l’an 1260 (1), à l’âge de 20 ans, avec Béatrice, fille du roi d'Angleterre Henri II et d’Aliénor de Provence (2).
La jeune mariée n'avait en ce moment que 15 ans. La cérémonie du mariage avait été célébrée dans l'église de Saint-Denis (22 janvier), en présence des cours de France et d'Angleterre (3). Un premier fils naquit en 1262, et reçut le nom d’Arthur (4), c’est lui qui, avec le temps, devait hériter de son père le duché de Bretagne. En 1266, la naissance d’un nouveau fils nous est signalée (5), il reçoit le nom de Jean, si répandu dans cette famille ; c’est Jean de Bretagne, le personnage qui nous occupera ici. Il eut successivement encore un frère Pierre, qui fut comte de Léon, et trois sœurs : Blanche, comtesse d'Artois, femme de Philippe d'Artois ; Marie, femme de Gui de Châtillon, et Aliénor, religieuse au monastère d'Amesbury, qui fut plus tard abbesse de Fontevrault. Quant aux frères, Arthur se présente dans l’histoire avec
(4) Voir Bémonr, Simon de Montfort, p. 186. C'était son grand-père Jean I qui était duc de Bretagne à cette époque.
(2) D. LoBineau, Hist. de Bret., t. I, p. 256.
(3) Dom Monice, Hist. de Bret., t. I, p. 191. GuicLaume DE NanGis. Vie de St-Louis. Hist. de France, t. XX, p. 415. Smircey, Royal lelters, t. II, p. 148.
(4) Dom Monice, t. I, p. 192. Logineau, t. J, p. 258.
(5) LoBineau, (. I, p. 270. Père ANSELME, t. I, p. 448.
peu d’individualité ; Pierre semble avoir eu un caractère léger et gaspilleur (1).
Jean de Bretagne n'avait que 11 ans, quand sa mère Béatrice mourut en 1275, vers la Mi-Carême (2), « dans la fleur de son âge » selon l'expression de Dom Morice, qui ajoute qu’elle était d'une rare beauté et qu’elle joignait aux avantages du corps des vertus encore plus nobles et plus aimables (3). Elle fut enterrée dans son pays natal, dans le couvent des Cordeliers de Londres, dont elle avait été fondatrice. |
Jean de Bretagne était donc breton par son père et anglais par sa mère. Nous sommes très mal renseignés sur sa première jeunesse. Le poème français sur le siège de Carlaverock (4), nous apprend, qu'il avait été élevé en Angleterre auprès de son oncle le roi Édouard Ier. Le poète dit qu'il quitta, quand il était encore très
jeune, « Son père et son autre lignage
» Pour demourer de son ménage... »
c’est-à-dire dans la famille d'Edouard I".
Arrêtons nous ici un instant. Nous savons que les ducs de Bretagne Jean Ier et Jean II avaient loyalement servi la France (5), mais que la possession du comté de Richmond les contraignait à être en même temps vassaux directs des rois d'Angleterre. Cette double dépendance de deux royaumes séparés parune haine latente, devait créer un état de choses dont la difficulté avait dù se faire sentir aux comtes de Richmond à maintes reprises (6). Les rois eux-mêmes s’en trouvaient par moment embarrassés. On se rappelle la déclaration faite par Saint Louis à ses vassaux détenant des fiefs en France et en Angleterre, qui, tout en leur
(1) Dom Moricr, Hist. de Bretagne, t. I. p. 212.
(2) LoBineau, t. I, p. 271.
(3) Dom Monices, t. I, p. 204.
(4) Nicoas, The Siege of Carlaverock, p. 22.
(5) Malgré ce qu’en disent les historiens de la Bretagne: LoBineau, t. I, p. 284; Dom Monice t. I, p. 214; et en dernier lieu M. de La BORDERIE: Hist. de Bretagne, t. III, p. 360.
(6) Pendant la guerre qu'Édouard Ier soutenait en Guyenne contre les Français, Jean de Bretagne père s'était vu confisquer son comté de Richmond, corame punition de sa fidélité envers le roi de France. Voir La BoRDERIE, t. III, p. 363. Cf. Cal. Pat. r. t. 1292-1301, p. 181, an. 1296. Quoique ce document ne porte que la mention de Jean de Bretagne tout court, il se rapporte certainement au père et non au fils, qui, en ce moment, guerroyait en Gascogne pour le roi d'Angleterre.