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pas manqué à prêter le serment d'hommage. Mais en 1292, des actes de piraterie mutuelle vinrent compromettre cet accord qu’il était d’ailleurs difficile, il faut le dire, de conserver pendant longtemps. Heureux peut-être de saisir l'occasion, Philippe le Bel cita son rival, le roi d'Angleterre, duc de Guyenne, à comparaître devant sa cour (décembre 1293) (1), Édouard ler avait trop de difficultés à résoudre en Angleterre pour souhaiter une guerre sur le continent. Il envoya donc, comme ambassadeur, son frère Edmond, comte de Leicester, de Lancastre et de Champagne, espérant que les liens de parenté qui unissaient ce dernier avec la maison royale de France, aideraient aux négociations (2). Deux autres seigneurs anglais, Hugues de Veer et Raimond de Ferrières, accompagnèrent Edmond dans sa mission. Les chroniques anglaises ne mentionnent pas la présence d’autres personnages avec Edmond. Mais un chroniqueur anonyme français (3), écrivant à Boulogne, et, par conséquent, pouvant être bien informé de ce qui se passait à la cour de France, nous fait savoir que Jeau de Bretagne, dont il définit nettement la personnalité, y avait été avant la guerre et qu'il revint en Angleterre avec Edmond, quand tout espoir de négociations pacifiques dut être écarté (4). Malheureusement nous manquons complètement de renseignements sur le rôle que Jean de Bretagne avait pu jouer dans les négociations engagées par Edmond ; nous pouvons seulement supposer que le roi d'Angleterre avait eu l'intention de profiter des relations de famille de son neveu pour aplanir les difficultés (5).
(1) Rymer (décembre). Flores Historiarum, t. III, p. 268. Barr. CoTTon, pp. 228-32. Gesta continuata (à la suite de Gervais de Cantorbéry), t. IL, p. 302-395.
(2) Edmond était le mari de Blanche d'Artois, veuve de Henri I, comte de Champagne et roi de Navarre, et mère de Jeanne, reine de France et de Navarre, épouse de Philippe le Bel.
(3) Voir Histoir. de Fr.,t, XXI, p. 133.
(4) Voilà ce passage: « Adonc commença la guerre entre le roy Philippon de France et Edouard, le roy d’Engleterre ; et fut fourjugié des pères de France au roy d’Engleterre toute la terre de la Gascoingne et quanques il tenoit du roi de France pour le deffaulte des adjournemens qui sur lui estoient en la cour de France, où il ne veult venir ne envoier, comme cellui qui de longtemps s'estoit pourveu de guerrier au roy. Adonc, eurent congie Aymé le frère au roi d'Engleterre, du royaume de France, et le filz au duc de Bretaigne, dont le roy Edouart estoit oncle ».
(5) On sait seulement qu’il écrivit le 28 mars de Gisors à Édouard, l’informant qu'Edmond se porterait à sa rencontre avec un sauf-conduit du roi de France.
Inventory of Records in the Tower. Appendix 10 the 7th report 2069.
ss Be
Les choses semblèrent d’abord s’arranger entre la France et l’Angleterre ; la Guyenne fut remise à titre provisoire et sous condition aux mains de Philippe le Bel qui s’empressa de l’occuper militairement. Puis l’inexécution d’une des clauses de l’accord intervenu entre les deux rois décida le roi de France à faire citer son vassal devant la cour de France, et à le faire condamner par défaut. La Guyenne fut confisquée (19 mai). Le traité ressemblait donc fort à un traquenard politique dans lequel s'était laissé prendre le trop crédule Edmond, et la guerre devint inévitable.
Édouard, ayant reçu l’assentiment de son Parlement (8 juin) (1), fit tous ses efforts pour assembler les troupes et l'argent nécessaire (2) ; une flotte sous le commandement de Guillaume de Leybourne devait transporter l’armée sur le continent (3).
La date du départ avait été fixée au 1° septembre, mais fut repoussée ensuite jusqu’au 30 du même mois (le lendemain de la Saint-Michel) (4). L'armée devait partir de Portsmouth, et le roi avait eu d’abord l'intention de la conduire lui-même sur le continent (5). Mais il changea ses desseins probablement au cours du mois de juin; tout en conservant l’espoir de se rendre personnellement en Guyenne, il dut reconnaître que sa présence était pour le moment indispensable en Angleterre, vu les conflits intérieurs et les embarras d’argent. Il se vit donc obligé de choisir un chef pour son armée. C’est à ce moment qu’on voit apparaître pour la première fois Jean de Bretagne au service de son oncle. Par une lettre datée du 4er juillet 1294, le roi annonce à tous ses fonctionpaires et sujets de Gascogne qu'il leur envoie son très cher et fidèle
(4) Rôles Gascons, t. II, n° 3421. Parliamentary Writs, t. I, p. 25. Le bref de convocation s'adresse seulement à 62 vassaux laïques, parmi lesquels Jean de Bretagne ne se trouve pas mentionné. PALGRAVE (éditeur des Pari. Writs), vu le petit nombre de convocations, a cru que ce Parlement n’était qu’un grand Conseil; mais M. Bémoxr attire l'attention sur ce fait que la permission de la saisie des laines et cuirs, donnée par cette assemblée au roi, lui fut octroyée, selon ses propres mots, par les grands du royaume (prélats, comtes et barons). SruBgs, se fiant aux chroniqueurs (Corron et Mara. WesTu), place l’ouverture du Parlement au 6 juin.
(2) BÉmonrT, R. G. t. III, Introd. p. p. CxxxII-CXLV.
(3) Barra. CorTron donne (pp. 236-37) la lettre royale ordonnant d'obéir à l'amiral Guillaume de Leybourne.
(4) RyMEr au 14 juin et au 17 août.
(5) Dans le n° 3451 des R. G. (t. III) le roi demande aux évêques et aux chefs des ordres religieux l’intercession de leurs prières pendant qu’il sera en France.