‹ Jean de CandidaChapitre 34 sur 67 · G. Bretonneau, loc, cit., p · texte numérisé non relu

G. Bretonneau, loc, cit., p

Guillaume II, le compagnon de Candida dans la mission de 1493, fut le correspondant ' et le confesseur de Marguerite d'Angoulême, et que François 1" et Louise de Savoie goûtaient fort ses longues épîtres. Il fut d'ailleurs chargé d'un grand nombre de missions importantes, aussi Lien par Louis XII que par François P"", entre autres, des négociations pour le fameux concordat de 1516 ^.

On a vu que Candida avait bien jugé en liant sa fortune à celle des Angoulême. Devenu probablement Français par la naturalisation, comme le devinrent plus tard beaucoup d'artistes italiens et beaucoup de grands seigneurs ^ qui voulaient avoir des bénéfices en France, il fut empêché par la mort de recueillir les fruits de sa politique. Il mourut, sans doute en France, peu de temps après 1504, car on ne trouve après cette date aucune médaille qu'on puisse être tenté de lui attribuer. Son style a pris, à cette époque, une allure si personnelle et si caractéristique, qu'on ne pourrait guère hésiter sur l'attribution à faire, s'il existait encore quelque pièce de lui. Les archives recèlent peut-être de nombreux documents qui permettront de compléter la biographie de ce personnage, qui fut de la lignée des grands artistes de la Renaissance, aptes à toutes les œuvres intellectuelles ou artistiques ; mais à l'inverse, les médailliers

1. Voir au Cabinet des manuscrits (supp. fr., n° 337) une copie contemporaine de la correspondance de Briçonnet avec Marguerite.

2. Bretonneau, loc. cit., p. 209, etc. — Ch. Orion, Thèse (faculté de théologie proteolante), 1864. — Grande Encyclopédie, au mot de Briçonnet.

3. Lettre de Belgiojoso à Ludovic, 27 novembre XkSi'i. Guillaume Briçonnet s'emploie à faire accorder au cardinal Ascagne Sforza des lettres de naturalisation.

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n'apporteront, croyons-nous, qu'un petit nombre d'œuvres nouvelles. Qu'importe, d'ailleurs. Un homme peut s'estimer heureux quand il lègue à la postérité une œuvre, une seule qui puisse fixer à toujours sur lui l'attention des âges futurs. Jean de Candida sut produire une série de médailles absolument remarquables, et marquer son œuvre d'un cachet très personnel ; mais il eut en outre la bonne fortune, de par sa haute situation sociale, d'être mis en présence des personnages les plus illustres de la fin du xv® et du commencement du xvi^ siècle, et il traita leurs effigies d'une façon vraiment supérieure. Maxiaiilien et Marie de Bourgogne, Julien et Clément de la Rovère, François P"" jeune, Louise de Savoie et la « Marguerite des princesses » n'ont pas de plus beaux portraits que ceux modelés par Candida. Voilà plus qu'il n'en faut, n'est-ce pas, pour sauver un nom de l'obscurité, pour illustrer un artiste. Mais J. de Candida a joué, au point de vue général et comme protagoniste des idées italiennes et de l'idéal italien de la Renaissance, un rôle qu'il ne faut pas oublier, qui se dévoilera et se précisera chaque jour de plus en plus.

Nous allons aborder, dans notre lï® partie, la description et l'explication des médailles, d'abord de celles attribuées à Candida et ensuite de celles qui lui ont été données à tort ou qu'on serait peut-être porté à lui donner. Au cours de cet examen et de ces discussions, nous verrons encore se poser nombre de questions intéressantes.

Mais, auparavant, cherchons à résumer notre étude, à dégager la personnalité de Candida; voyons

le rôle joué par lui parmi ses contemporains, et demandons-nous si cet homme a eu vraiment une physionomie assez caractéristique pour mériter de fixer sur elle l'attention de la postérité.

Guillaume de la Mare Ta proclamé, il fut historicus, orator et sculptorie artls atqiie plastices hac œtate omnium consiimmatissimus .

Historicus, oui, il le fut, mais assez peu. Il le fut, si l'on veut, et si l'on interprète le mot historicus dans un sens littéral, notre médailleur ayant réellement écrit un petit résumé historique; mais si Ton s'en tient à l'esprit, rien ne prouve qu'il ait réellement fait œuvre d'historien, bien qu'il veuille insinuer dans sa préface qu'il a longuement pâli sur les vieilles chroniques, pour mettre au jour ces 31 feuillets de latin, dont la seule partie intéressante est la dédicace ^ Ce petit résumé est simplement un exercice de rhéteur, tout à fait à la portée de beaucoup d'humanistes de ce temps-là. Il aurait pu aussi bien être composé par tel ou tel latiniste à gages, un Fauste Andrelin ou un Paul Emile, et même par un bon maître-èsarts, fraîchement diplômé, ainsi, par notre Guillaume de la Mare, qui l'eût écrit peut-être dans un style plus ferme et plus châtié'.

Orator, Candida l'a été. L'inscription de son nom sur une liste dambassadeurs, prouve qu'il l'a été officiellement et au moins de nom. Mais la lettre à

1. Le style de cette dédicace est moins original, moins vif, moins alerte que celui de la letli-e de Candida; mais, dans les deux, on trouve des expressions et des tournures semblables.

2. G. de la Mare se vaille, dans la 46° lettre de son recueil, d'être maitreès-arts de l'Université de Paris.

Guillaume Briçonnet va plus loin ; elle établit qu'il fut un diplomate actif et avisé, particulièrement versé dans les affaires ecclésiastiques et employé dans les démêlés de la cour de Rome. Evidemment, il ne fut pas le seul dont on se servit dans ces sortes de négociations ; mais il faut reconnaître qu'il y put rendre des services très appréciables et très spéciaux.

En ce qui concerne les affaires d'Italie, la personnalité de Gandida ne se détache pas d'une façon spéciale du groupe de ces Napolitains qui avaient plus ou moins largement leurs entrées à la cour.

Mais Gandida fut aussi sculpteur et médailleur, et c'est sur cette double qualification que G. de la Mare appuie surtout, et avec raison. Gandida ne disparaît plus ici au milieu d'une élite, si choisie et si petite soit-elle. 11 apparaît seul, à cette extrême fin du xv^ siècle, à pratiquer en France, pendant de longues années, cet art de laplastiqueque le moyen âge français ne connut pas ou du moins ne pratiqua pas pour luimême ^ Surtout, il fut le seul sculpteur et médailleur italien installé à ce moment dans notre pays, et y produisant, d'une façon continue, des œuvres dignes de fixer l'attention des contemporains et de la postérité. Par la pondération de ses qualités artistiques, par cette harmonie, cette simplicité, ce rien de trop, qui sont aussi des qualités éminemment françaises, il ne put qu'avoir une influence des plus utiles sur notre

1. Évidemment, les artistes français du xv* siècle connurent le plâtre, la cire et la glaise, et les utilisèrent, cette dernière surtout; mais ce ne fut jamais que pour exécuter des modèles, des projets, des patrons, et non pour des œuvres définitives.

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art national, influence d'autant plus réelle et active que l'exemple venait d'un artiste émérite, qui fut en même temps un savant humaniste et un homme d'Etat familier des plus puissantes cours souveraines.

Nous avons esquissé, dans la première partie de cette étude, la biographie de Candida. Après avoir établi sa nationalité, nous l'avons accompagné successivement à la cour de Bourgogne, à la cour de France et dans diverses ambassades ; nous avons vu dans quel milieu il avait passé sa vie, et de sa haute situation sociale aussi bien que de sa valeur personnelle, nous avons conclu à sa grande influence artistique ; enfm, nous avons nettement constaté qu'il avait été en relation avec tous les personnages dont nous allons décrire et expliquer les médailles dans cette seconde partie.

Nous placerons ces pièces dans l'ordre chronologique qui nous paraît être ici le seul admissible, puisqu'il s'agit, pour nos attributions, de suivre pas à pas notre médailleur dans l'évolution normale de son talent.

On verra les pièces se classer ainsi d'elles-mêmes, se rapprocher les unes des autres comme se rapprochent et se soudent entre eux les anneaux d'une chaîne ; on les verra se répartir en deux séries assez distinctes, la série italo-flamande et la série française. Si au contraire on adoptait l'ordre alphabétique, ainsi

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que Ta taitAloïss Heiss, ces mêmes pièces s'entremêleraient à tel point, cpie l'on pourrait hésiter parfois à attribuer au même médailleur des œuvres exécutées à plus de vingt ans de distance, et dont l'attribution ne souffre cependant aucune difficulté quand elles sont mises à leur place, dans le seul ordre normal ici, l'ordre chronologique.

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