‹ Jean de CandidaChapitre 33 sur 67 · A. de Boislisle, loc. cit., 1884, p · texte numérisé non relu

A. de Boislisle, loc. cit., 1884, p

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généraux, contrôleurs généraux; enfin, pas une situalion importante ne leur avait échappé. Grâce à leur amour des arts, à leurs richesses et aussi aux nombreux voyages en Italie qui étaient venus surexciter leur enthousiasme ^ ils continuaient à jouer le noble rôle de Mécènes. Candida, qui s'était mis sous leur protection quand ils étaient au comble de la faveur, leur resta dévoué quand leur fortune fut moins brillante. Ce qui le prouve, ce sont les deux médailles de Pierre Briçonnet et de Thomas Bohier.

On sait que Pierre Briçonnet avait été l'un des organisateurs les plus actifs de l'Expédition; il fut un des mieux récompensés; il reçut, pour sa part, outre le don d'une « galeasse », les comtés de Martina et de Francavilla. Comme les autres membres de sa famille, il protégea les arts et les artistes, et Bretonneau, l'historiographe de la maison Briçonnet, nous apprend qu'il eut à Orléans un « superbe tombeau » qui fut détruit par les protestants.

Thomas Bohier, gendre du cardinal de Saint-Malo, partageait l'amour qu'avaient tous les Briçonnets pour les arts, et il est infiniment moins connu comme général des finances et lieutenant-général du roi en Italie, que comme fondateur du château de Chenonceaux, cette charmante création de la Renaissance.

1. Il suffit de citer la lettre que le cardinal Briçonnet écrivait de Naples à la reine : o Madame, je vouldroye que vous eussiez veu ceste ville et les belles choses qui y sont, car c'est un paradis terrestre..., et vous assure que c'est une chose incréable que la beaulté de ces lieux bien apropriez en toutes sortes de plaisances mondaines. Vous y avez esté souhaitée par le roy. A ceste heure icy, il n'estime Amboyse, ne lieu qu'il ait par delà. « Bordier et Chartoii, Histoire deFraiire,i. II, p. 4. — Arc/iii'es de l'art français, i 1, p. 275. — E. Mantz, La Renaissance en France et en Italie à l'époque de Charles VIII, p. 509-510.

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C'était un homme de goût, marié à une femme supérieure, Catherine Briçonnet, qui surveilla et dirigea, pendant les longues absences de son mari, la construction de Chenonceaux. Le tombeau des deux époux, attribué aux Juste, se voyait avant la Révolution dans l'église Saint-Saturnin-de-Tours^ Par sa famille et par les Briconnets, il était lié à tous les riches financiers de l'époque; par sa mère, il était le cousin du fameux Guillaume Duprat, qui allait devenir le précepteur du comte d Angoulême et serait plus tard son premier ministre. Il est à croire que J. de Candida suivit jusqu'à la fin la fortune des Briconnets, à laquelle il semble avoir lié la sienne. A la mort de Charles VI 11, François d'Angoulême devient le plus proche héritier du trône, sa situation grandit subitement et attire dès lors l'attention des Briconnets. J. de Candida, en vieux diplomate qu'il était, sentit que du côté de la pauvre petite cour d'Angoulême était l'avenir et la fortune; il s'en fit le portraitiste, car c'est à lui qu'il faut attribuer les deux médailles dont nous allons parler : celle de François de Valois à l'âge de 10 ans, et celle de Louise de Savoie et de Marguerite de Valois. L'hostilité plus ou moins latente qui existait entre Louise de Savoie et la bonne reine Anne faisait entrevoir bien des nuages; mais les Angoulêmes étaient bien vus de Louis XII qui, faible de santé, paraissait peu apte à avoir de nombreux héritiers. Donc, à lier son sort à celui de la maison d'Angoulême, il y avait peu de risques à courir, et beaucoup à gagner si le

1. Mgr C. Chevalier, Le château de Chenonceau. Tours, 1882, pp. 23 et sq.

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jeune comte arrivait au trône. L'exemple de tous ceux qui s'attachèrent au service des Valois-Angoulême, les Boisy, les Duprat, les Brinon, et tant d'autres que le roi de France paya si magnifiquement des services rendus au petit duc d'Angoulême, prouve sulfisamment combien Candida avait vu juste.

Les deux médailles de la maison d'Angoulême ont une valeur iconographique et artistique de premier ordre. Les elfigies de Louise de Savoie et de Marguerite d'Angoulême méritent une place d'honneur parmi les très rares portraits de ces deux princesses. Quant à la médaille de François 1", elle est encore plus digne d'attention : l'effigie du jeune comte d'Angoulême doit prendre la tête de la série des portraits de François P'' ; la salamandre du revers a été le prototype de ces légions de salamandres qui envahirent toutes les constructions royales au temps de François \" ; de même que le niotto qui l'entoure a donné naissance à la fameuse devise : Niiirisco et extinguo.

L'exceptionnelle importance de ces deux pièces exige que nous recherchions dans quelles circonstances elles ont été exécutées ^

Le comte d'Angoulême, père de François I", mourut le l*"" janvier 1496, et aussitôt après, le duc Louis d'Orléans (depuis Louis Xll), se fit adjuger la

1. Pour les premières années du règne de Louis XII consulter : R. de Maulde, Procédures politiques du règne de Louis XII. — P. Paris. Etudet sur François /". Paris, 1885, in-8, t. I. — G. Jacqueton, Les relations dipli^inafif/ues de ta France et de t' Angleterre. Paris, 1891, iii-S. — Pelicier, Essai sur le gOHftrnement de la dame de Beaujeu. Paris, 1883, in-8. — B. de Mandrot, Ymbert de Batarnay, ttc.

tutelle, Louise de Savoie étant mineure de 25 ans. En 1498, à son avènement, Louis XII chargea verbalement le maréchal de Gié (déjà exécuteur testamentaire du comte d'Angoulême) du gouvernement du jeune François et de la garde de sa mère. L'un des premiers soins du roi fut, sur le conseil du maréchal, de faire venir à la cour, où ils ne paraissaient guère auparavant, la comtesse et ses deux enfants. Cette même année, Louis Xll donna à François d'Angoulème le duché de Valois et il invita la comtesse à amener ses enfants à Ghinon. « Il n'eût pas tenu, dit Saint-Gelais, plus grand compte des deux enfants s'il eût été leur propre père ^ » En effet, on voyait fréquemment le roi apparaître en public accompagné du comte d'Angoulême ; c'est ainsi qu'il l'avait à son côté dans l'entrevue solennelle avec Philipj)e le Beau.

Dès cette époque, le maréchal de Gié, « mauvais Breton, » peut-être, mais excellent Français, capitaine prudent et solide, politique avisé, actif, patient, tourne tout son espoir vers François d'Angoulême et s'efforce de l'avoir complètement dans la main; d'où l'hostilité jalouse de Louise de Savoie.

En 1501, le roi étant gravement malade, Gié prit l'initiative- du mariage entre François et Claude de France. Il en parle au roi et à la reine. Mais cette dernière, qui rêvait quelque merveilleuse destinée pour sa fille, finit au contraire, à force d'obsession, par obtenir le consentement du roi pour les fian-

1. Godeffoy, Hist. de Louis XII, p. 137. — Lacroix, Louis XII et Anne de

Bretagne, p. 114. — Cf. P. Paris, Étude sur François I'\ Paris, 1885, iu-8,

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cailles de Claude avec rarchiduc Charles, la dot étant la Bretagne et tous les domaines apanagistes de la maison d'Orléans. Gié se tut, mais se prépara dès ce moment à garantir, en cas de mort du roi, les personnes du comte d'Angoulême et de Claude de France. Tous ces projets, ces sourdes hostilités même ne faisaient que concentrer de plus en plus l'attention des bons Français sur ce jeune duc de Valois qui, en possession de la faveur royale, voyait s'augmenter de jour en jour les chances de succéder au roi.

Aussi, quand Louis XII, déjà affaibli et malade, tomba accablé par les mauvaises nouvelles d'Italie et condauiné par les médecins (fin janvier 1504), tous les yeux se tournèrent plus que jamais vers François d'Angoulême. La reine Anne se préparait à rentrer en Bretagne avec ses trésors, et le maréchal de Gié, se tenant sur le qui-vive, faisait arrêter les bateaux de la reine. Voilà le moment choisi par Candida pour exécuter cette médaille de François P^ qui porte la date de 1504. Elle était appelée, dans de pareilles circonstances, à avoir le plus grand succès dans la France entière.

Le roi à peine guéri, Gié court annoncer la nouvelle de la guérison à Louise de Savoie et presse la conclusion du mariage entre François et Claude.

Georges d'Amboise, qui était absent, revint sur ces entrefaites et, jaloux de l'influence prise par le maréchal, lâcha la bride aux rancunes combinées d'Anne de Bretagne et de Louise de Savoie. Dès lors, le procès de Gié s'organise et s'échafaude,

malgré les répugnances de Louis XII. Le 12 juillet 1504, l'information est ouverte. Gié, interrogé, avoue fièrement la disefràce de la reine et son ambition de voir se conclure le mariage de François et de Claude.

Au commencement d'avril 1505, Louis retombe malade; il teste au mois de mai et ordonne, dans son testament, de marier Claude à François. Quelle éclatante justification de la conduite de Gié, le promoteur de cette union ! Comme conclusion, au mois de juillet de la même année, le roi, à peine guéri, se consolait des bouderies et de la longue absence de la reine en Bretagne, en annonçant officiellement le mariage de sa fille avec le jeune comte, qu'il traitait comme son fils.

Mais les trois adversaires du maréchal, Louise, Anne et le cardinal d'Amboise, ne désarmaient pas, et enfin, le 9 février 1506, Gié fut condamné, et privé, par le même jugement, de la garde du comte d'Angoulême. Notons maintenant cette date dont nous aurons à tirer ])arti plus tard, quand nous parlerons de la médaille de François d'Angoulême.

La situation de toute la maison d'Angoulême grandissait avec celle de son représentant. C'est aussi à cette époque, c'est-à-dire entre 1504 et 1505, que Candida modela la médaille de Louise et de Marguerite. Selon nous, ce fut probablement en 1504, en même temps que celle de François P""; elle a même aspect, même épaisseur, môme diamètre. L'affaiblissement du roi et ses maladies successives, aussi bien que le procès de Gié et le mariage longtemps projeté, puis enfin décidé, entre Claude et François, tout se

réunissait pour attirer l'attention sur le jeune prince affable et séduisant que sa naissance appelait au trône.

Il est à supposer que J. de Candida fut bien accueilli dans cette petite cour d'Angoulême, très policée, très artiste ; où Ton avait peu d'argent, mais beaucoup de goût '. On n'y parlait probableuient pas italien, car I.ouise, née d'une Française, dans une cour presque française, était venue très jeune en France; mais on aimait les auteurs italiens, et François, naturellement adonné aux lettres, faisait ses délices de Pétrarque et de Boccace. Notre médailleur rencontrait là ses amis les Briçonnet, trop habiles pour ne pas suivre le mouvement général et s'orienter vers l'astre qui allait se lever. Ils avaient complètement réussi à s'insinuer dans les bonnes grâces des Angoulême. Les preuves abondent de l'attachement de ceux-ci pour les Briçonnets ; il nous suffira d'en citer quelques-unes.

En 1507, quand le comte d'Angoulême voulut obtenir la canonisation de saint François de Paule, il envoya à Rome Denis Briçonnet, fds du cardinal de Saint-Malo, d'abord évêque de Toulon, puis de Lodève et de Saint-Malo ~. Mais celui qui entra le plus dans leur intimité fut Guillaume II, le plus illustre des fils du cardinal de Saint-Malo, le bras droit de son père au concile de Pise, dans les ambassades et partout, celui-là même dont il est parlé dans la lettre de Candida. On se rappelle peut-être que ce

1. L. Delisle, Le Cabinet des manuscrits, t. I, pp. 147, 150, 184.

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