Quicherat, Histoire du costume, 1'^ édit., p
rappelle par les deux points des légendes, les premières médailles de notre artiste ; par les petits trèfles aigus et les petits triangles séparatifs, elle se rapproche des œuvres postérieures, du Robert Briçonnet par exemple, dont la légende a d'ailleurs même importance relative et mêmes lettres, et dont l'aspect général est le même. Comparez surtout le profil de Marie et celui de Robert : même façon de présenter le visage, mêmes lèvres légèrement boudeuses, même enchâssement de l'œil, même façon d'exprimer le poli de la joue, l'aile du nez, la proéminence du menton.
Ces deux médailles de Maximilien et de Marie — les plus belles effigies princières jusqu'alors produites dans les Flandres et les pays du Nord — méritaient à tous points de vue de devenir célèbres ; elles le devinrent en effet, en Allemagne surtout. D'ailleurs, c'étaient là d'excellents modèles, antérieurs aux médailles allemandes de la belle époque, et où s'affirmaient justement les qualités d'ampleur, de sobriété, de distinction qui font le plus souvent défaut aux artistes allemands. N'est-ce point là de beaucoup la plus belle effigie modelée de la jeunesse de Maximilien, [et l'un des seuls portraits authentiques de Marie, puisque tous les portraits gravés de cette princesse procèdent uniquement de deux ou trois types?
La première médaille fut beaucoup moins répandue que l'autre, et elle est restée la plus rare '. Elle
1. Le plus bel exemplaire que je connaisse est celui du Cabinet impérial devienne. J'ai pu le faire reproduire grâce à l'obligeance de M. F. Kenncr, qui a bien voulu m'en faire adresser un excellent moulage et qui voudra bien trouver ici l'expression de ma reconnaissance.
a été reproduite au xvi^ siècle en taille douce et sur bois, mais avec des variantes.
Quant à la seconde, elle a donné naissance en Allemagne à une multitude d'imitations frappées. La première d'entre elles, exécutée au commencement du xvi^ siècle, porte la date de 1479 '. C'est la plus semblable à l'original ; mais cette ressemblance même ne sert, malgré la finesse des détails, qu'à mieux faire ressortir l'infériorité de style du graveur allemand. Il existe de cette première imitation une variété où, la légende du revers restant la même, le graveur a substitué, à la Marie de Bourgogne de Candida, une Marie en hennin surmonté d'un long voile.
.le m'en tiens à ces seules imitations ; je ne veux point parler des copies postérieures, qui sont trop peu artistiques. Toutes ces imitations sont frappées, et diffèrent de l'original coulé, par la date et les inscriptions du champ, par le double grènetis qui encadre la légende, par la plus petite dimension des lettres et leur forme différente, par la recherche des petits détails, par les changements opérés dans le costume de Marie, enfin par falourdissement général et l'avilissement de la forme.
Pinchart a prétendu que non seulement ces deux médailles de Candida sont flamandes et de la même main, mais encore qu'elles ont été exécutées en vue du même événement. Qu'elles aient été faites en même temps, cela est peu vraisemblable, a priori; mais il y a entre ces portraits des différences de phy-
1. Van Mieris, t. I. p. 152. — Mémoires de Philippe de Commines, tdit. Chantelauze, p. 367. — Uebersicht des Kunslhistorischen Sammlun^:^cn der Allerhôchsten Kaiserhauses, Vienne, 1891, p. 25 et 26.
sionomie qui ne laissent subsister ancun doute. Dans notre seconde pièce, les traits de iMaximilien sont accentués et vieillis, et Marie a pris un sensible embonpoint. Selon nous, la première de ces médailles a été exécutée à l'occasion du mariage de Maximilien et de Marie célébré le 19 août 1477, et a donné lieu au payement du 10 octobre de la même année '. Quant à l'autre, elle date de la mort de Marie (27 mars 1482), ou plutôt de Tannée 1479, dans le courant de laquelle fut livrée la bataille de Guinegate, victoire plus retentissante que décisive, mais en tout cas, premier grand succès personnel de Maximilien. En effet, non seulement l'archiduc a , sur cette pièce, le même costume que .1. de la Gruthuse sur celle de 1479 ; mais, chose plus notable encore, toutes les copies dont nous venons de parler (et quelques-unes paraissent avoir été frappées par l'ordre même de Maximilien) portent uniformément cette date de 1479.