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Armand, t. II, p. 187, n

vons plus cette décision et cette fermeté, ces accents de nature et de vie qui sont les caractéristiques de toutes les œuvres du maître.

Nous n'avons pas à reparler ici de la médaille ovale à l'effigie de Candida. Nous avons déjà dit ce que nous en pensons : elle n'est pas de la main de notre artiste, et elle a, au contraire, de très grandes ressemblances avec les médailles de Lysippe. Mais voici, sous la forme d'une charmante pièce, naguère inconnue, un nouvel argument à l'appui de cette opinion.

Il existe, en effet, une médaille, sûrement de la même main que la précédente, où le même Jean de Candida est représenté presque enfant; à un âge, en tout cas, où l'artiste le plus précoce serait sûrement incapable de produire une oeuvre aussi délicatement savante. Quelle souplesse dans cette effigie et quelle habileté d'exécution ! Nous regrettons qu'on ne puisse juger du style que par ce simple croquis •.

1. NousiemercionsvivementM.de Nolhac, directeur du Musée de Versailles d'avoir bien voulu nous signaler cette pièce, récemment reproduite dans le 1" volume des Gallerie nazionuli italiane (année 1894, pi. XII, n° 4, et p. 52), et M. E. Muntz, de nous avoir permis, en nous communiquant cette publication, de mettre sous les yeux de nos lecteurs un dessin de cette précieuse

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Cette pièce si rare, et peut-être unique, est remarquable encore à un autre titre, par Tâge du personnage représenté; on sait, en effet, que les enfants, à Fépoque de la Renaissance, ne figurent guère sur des médailles que lorsqu ils sont princes souverains.

Candida n'est pas coiffé ici du bonnet, comme dans la médaille ovale, et ses cheveux légers et touffus flottent en masse sur la nuque ; mais il porte dé;à, ce semble, le même costume que sur l'autre pièce, c'est-à-dire la robe et le petit manteau On peut donc supposer qu'il était déjà clerc ou du moins élève dans quelque séminaire ecclésiastique, ce qui viendrait encore confirmer nos précédentes hypothèses sur la jeunesse de notre artiste.

11 existe encore des médailles qui ont été rapprochées de pièces attribuées par nous à Candida, ou dont le style a des analogies avec celui de cet artiste; mais le lecteur fera de lui-même bonne justice des fausses attributions. Nous ne voulons pas pousser plus loin cet examen. Notre intention a été de nous occuper seulement despièces formellement attribuées à notre médailleur, ainsi que de quelques copies ou pastiches qui auraient pu tromper les amateurs.

Nous voici donc au bout de notre étude. Quels sont les résultats acquis et que devons-nous conclure? Selon nous, Candida doit avoir une place absolument à part parmi les artistes italiens venus en France;

médaille, restée si longtetups ignorée au milieu des collections du Musée d'Esté à Modène.

Le rédacteur de l'article des Gallerie nazionali ilalimie, adoptant complètement l'opinion de A. Heiss, paraît persuadé que Candida est Florentin.

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mais, comme protagoniste des idées artistiques et littéraires de la Renaissance italienne, c'est peut-être le premier rang qu'il faut lui réserver. Sous François 1, beaucoup d'artistes italiens ont envahi la France et ont pris chez nous une trop large place ; le chemin était tracé alors, la place était conquise; toutefois, ils avaient enfoncé à si grand fracas une porte déjà ouverte, qu'on les avait pris jusqu'à présent pour de vrais conquérants artistiques. Mais, cette voie, qui, mieux et plus longtemps que Candida, a contribué à la leur préparer, qui, plus que Candida, a travaillé à ouvrir la porte qui donnait accès dans la place ?

On se rend compte aisément de l'effet produit dans un milieu raffiné par la venue de Jean de Candida. Ce napolitain, jeune, noble, beau, bien disant, à la fois littérateur et artiste, arrive de ce côté des Alpes au moment où n'ont guère apparu encore que Pietro da Milano et Francesco Laurana, et encore n'ont-ils fait que passer. L'art italien est alors dans toute la ileur de sa jeunesse, Candida en est le représentant et l'apôtre. Qui pourra donc résister à tant de séduction ? Porteur de cette bonne nouvelle, notre artiste prêchera, par la parole et par l'exemple, pendant trente ans dans les pays franco-bourguignons, pendant plus de vingt ans à la cour de France. Or, l'on peut affirmer qu'il n'a jamais été donné, ni alors ni depuis, à un artiste étranger de jouer chez nous un rôle semblable à celui de Candida. Quel autre artiste, en effet, a été chargé de représenter le roi de France à l'étranger, quel autre a été pendant si

longtemps assidu à la cour, quel autre a été lié avec des amis aussi haut placés dans l'estime et dans l'affection royales? Même sous François l, les plus grands artistes mendient la faveur des puissants, Candida, lui, traite avec eux d'égal à égal. Cette influence de Candida bien constatée, ne peut on pas lui attribuer, pour une certaine part, la faveur qu'obtint chez nous l'école napolitaine sous nos rois Charles VIll et Louis XII et son triomphe officiel dans la personne du Modanino ?

Si la valeur intellectuelle de Candida, sa situation sociale en France, son long séjour à la cour ont contribué à asseoir son influence sur l'esprit de ses contemporains, que dire de son oeuvre? Aux origines de la médaille française, Candida se montre notre médailleur le plus fécond, et jusqu'à la fin du xvi*^ siècle, nous ne trouvons pas en France d'artiste qui ait à mettre en ligne un aussi grand nombre de pièces. Son intervention dans l'histoire numismatique fait disparaître cette regrettable lacune que déplorait M. Natalis Rondot, désespéré de ne pas connaître l'auteur de tant de «spécimens d'un art original et puissant ».

Les médailles de Candida sont des œuvres de sculp ture toujours larges, simples, bien équilibrées; ce sont d'excellents modèles, qui ont eu sûrement une heureuse influence sur la sculpture décorative française. Qu'on ne s'y trompe pas ; à cette époque, pas une manifestation d'art n'a eu plus d'importance au point de vue de la propagation des exemples et des doctrines artistiques que les médailles et, si l'on veut

aussi, les plaquettes. Cela se comprend : un tableau se déplace difficilement, une fresque, une statue ne se déplacent pas du tout; tandis qu'une médaille se répand partout, et, sous une petite surface, peut donner au véritable artiste la sensation d'une belle et grande chose. C'est précisément vers cette fin du xv" siècle que les médailles prennent possession de la faveur universelle ; partout, les copies de celles-ci s'installent dans les monuments et envahissent Tarchitecture K D'ailleurs, Timportance des personnages dont les effigies composent la petite galerie créée par Candida devait la rendre célèbre et la faire se répandre partout, et c'est, en effet, ce qui est arrivé. Les innombrables copies allemandes signalées par nous, aussi bien que les imitations françaises et les pastiches italiens, montrent l'étendue, la portée, la persistance de cette influence, et la popularité de l'œuvre de Candida.

Cette influence était, hâtons-nous de le dire, de fort bon aloi, car les tendances de Candida sont toujours des plus élevées. Dans ses portraits, il cherche avant tout à exprimer la personnalité et la vie, et il va droit à ce but avec une merveilleuse franchise; l'élégance et la beauté lui viennent par surcroît. Il a l'horreur de la sécheresse, et par contre, le goût des contours arrondis, des chairs pleines où le sang paraît couler, où la vie s'épanouit. Les narines respirent. Quelquefois les lèvres se portent un peu en avant, les joues se gonflent aux extrémités de la bouche, et il

1. Cf. Molinier, Les Plaquettes, Paris, 1886, in-8", t. I. Introduction, passim.

en résulte une sorte de moue gracieuse, qui s'harmonise avec l'expression un peu voilée de l'oeil, et donne à certains de ses portraits un cachet d'aimable et mystérieuse mélancolie. On ne peut concevoir des arrangements plus simples et en même temps plus élégants que ceux de ses médailles. Nous ignorons ce qu'était sa sculpture, mais la valeur des médailles nous est un sûr garant de son mérite. Cependant, si on voulait savoir l'idée que nous nous en faisons, et nous contraindre à prendre un exemple parmi les œuvres connues, nous désignerions volontiers le buste de Charles Vlll, conservé au Bargello, et que l'on a coutume d'attribuer au sculpteur florentin Pallajuolo '. Cette terre cuite, elle aussi, estempreinte de ce réalisme vivace et plein de gravité que Ton trouve toujours dans les œuvres de notre Jean de Candida. Le plasticatore^ auteur du Charles Vlll, a, comme Candida dans toutes ses œuvres, de hautes ambitions. Révéler le caractère, l'âme; c'est ce qu'il veut avant tout. Aussi, sacrifie-t-il tout ce qui n'est pas indispensable à l'effet cherché ; simplifiant à outrance, tout en laissant à la forme son réalisme ; ne reculant pas devant la laideur physique, mais relevant, ennoblissant par la largeur de la conception et deTexécution, et la vivacité du style, cette trivialité de la forme.

Et maintenant, pense-t-on qu'un tel maître méritait de fixer l'attention, et ses œuvres valaient-elles la peine d'être soigneusement colligées?

1. Communication de M. Marcel Raymond, de Grenoble, au congrès des soc. savantes à la Sorbonne, 1895. — Cf. la belle héliogr. publiée par M. H. F. Delaborde, en frontispice de C Expédition de Charles en Italie,

Voilà donc riiomme, voilà Fartistedont nous avons étudié la vie et les œuvres. Nous serons satisfait si nous avons pu faire connaître et apprécier Jean de Candida à sa juste valeur, et si nous avons pu faire partager la conviction à laquelle nous a amené une étude longue et attentive.

REVUE NUMISMATIQUE

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