‹ Jean de Jandun et ses œuvres (1280-1328)Chapitre 12 sur 13 · Cf. Noël Valois, p · texte numérisé non relu

Cf. Noël Valois, p

Mais quelques mois plus tard, une année tout au plus, soit que quelque indiscrétion ait rendu dangereux le séjour des deux amis à Paris, soit que Louis de Bavière, ayant eu connaissance de leur ouvrage, leur ait fait savoir que leurs services seraient largement récompensés, ils partaient pour l’Allemagne.

Un des continuateurs de Guillaume de Nangis les fait arriver à la cour de Bavière en 1326, et raconte en ce s termes leur entrevue avec le roi Louis : « Pour Dieu, dit celui-ci, qui vous a engagés à quitter un pays pacifique et glorieux et à venir dans une contrée désolée par la guerre ?» « L’erreur, répondirent-ils, à laquelle nous voyons que l’Eglise est en proie, nous a forcés de prendre le chemin de l’exil. Incapables de tolérer cet état de choses, la conscience en repos, nous recourons à vous. L’Empire vous appartient de droit; à vous aussi de redresser l’erreur, de rétablir l’ordre légitime ! »

A ce moment-là, c’est à dire au cours de l’été 1326, Jean XXII lançait sa première bulle contre Jean de Jandun et Marsile de Padoue.

Louis de Bavière retint auprès de lui les auteurs du Defensor paris ; il les combla d’honneurs et de présents et leur permit d’exposer plusieurs fois leurs doctrines publiquement devant lui. Mais l’attention du pape était éveillée : le 3 avril 1327, il lançait une bulle contre Louis de Bavière auquel il reprochait, entre autres choses, d’avoir accueilli deux « hommes méchants », deux « fils de perdition » qui « se faisaient appeler Marsile de Padoue et Jean de Jandun » ; la permission qu’il leur avait donnée de publier des erreurs manifestes et déjà condamnées indiquait suffisamment qu’il partageait leurs doctrines l.

Le 9 avril, nouvelle bulle, visant cette fois directement Jean de Jandun et Marsile de Padoue ; ils étaient frappés de suspense et d’excommunication, déclarés déchus de leurs bénéfices et cités à comparaître en personne, dans le délai de quatre mois, pour présenter leur justification.

Enfin, le 23 octobre 1327, la bulle Licet juxta doctrinam apostoli venait réfuter les propositions hétérodoxes du

1. Chartul. Univ . Paris. II, p. 3oi ; cf. Noël Valois, p. 592.

Defensor paris 1 . Cette réfutation terminée, le pape constatait que Marsile de Padoue et Jean de Jandun n’avaient point comparu dans les délais fixés et qu'ils ne demandaient point à rentrer dans le giron de l’Eglise. En conséquence, il les déclarait hérétiques et hérésiarques, les condamnait ainsi que leur livre, défendait de les recevoir, ordonnant qu’on les arrêtât et qu’on les livrât à l’Eglise.

Ces bulles ne paraissent pas avoir autrement ému les auteurs du Defensor paris. Pendant qu’elles parvenaient, dans la chrétienté, à la connaissance du clergé et des fidèles, ils continuaient à jouir des faveurs de Louis de Bavière, qu’ils accompagnaient en Italie. Le 31 mai 1327, celui-ci se faisait couronner, à Milan, roi d’Italie ; le 7 janvier 1328, il entrait dans Rome, et, le 17, il s’y faisait couronner empereur par quatre Romains députés à cet effet, comme syndics du peuple. L’investiture populaire était ainsi, selon la théorie du Defensor pacis} substituée à l’investiture pontificale.

Le 1 8 avril suivant, ayant pris place sur un trône, entouré de ses prélats et de ses chevaliers, au milieu de l'assemblée du peuple, il déclarait sur la demande des syndics, mandataires du clergé et du peuple de Rome, « le prêtre Jacques de Cahors, qui se faisait appeler Jean XXII », déchu de toutes ses dignités et soumis à la juridiction du pouvoir séculier. Enfin le 12 mai, il faisait nommer pape, par le peuple, sous le nom de Nicolas V, Pierre de Corbara, et confirmait par un décret cette prétendue élection populaire. N’était-ce pas là le triomphe des idées développées dans le Defensor paris ?

Marsile de Padoue et Jean de Jandun, pendant ce temps, ne cessaient d’aider leur protecteur par la parole, prêchant ouvertement leurs doctrines révolutionnaires. Un chroniqueur français raconte même que Jean de Jandun aurait, avec le frère mineur Buonagrazia, ameuté la foule romaine et provoqué une manifestation en faveur de l’élection d’un nouveau pape 2.

1. Paul Laurent, Notice sur Jean de Jandun , dans Y Almanach des Ardennes de Jolly, i883, pp. 46-5o.

2. Chronographia regum Francor. I, p. 265 ; cf. Noël Valois, p. 596.

Un tel dévouement à la cause de Louis de Bavière méritait une récompense. Elle ne se fit pas attendre, et, le Ier mai 1328, par acte impérial, Jean de Jandun était nommé à l’évêché de Ferrare, à la place de Gui de Capello, dont la déchéance était prononcée. De son côté, Marsile de Padoue était, quelque temps après, nommé archevêque de Milan.

Cependant ni l’un ni l’autre ne devaient jouir de ces hautes prélatures. Au mois d’août de la même année, Louis de Bavière fut chassé de Rome par Robert d’Anjou, roi de Naples. Il se réfugia tout d’abord à Todi, ville de la province de Pérouse, avec toute sa cour, y compris l’antipape et sa suite. Il revint ensuite sur Viterbe, en repartit pour Corneto et de là, le 10 septembre, pour Pise.

Il est tout naturel d’admettre que Jean de Jandun, entraîné dans la déroute commune, ait suivi l’Empereur dont il n’eût pas été prudent à lui de s’éloigner dans des circonstances aussi critiques.

C’est au cours de cet exode que notre philosophe disparut. Noël Valois pense que sa mort survint, vers le 10 septembre, à Montalto,* petite ville située à une quinzaine de kilomètres de Corneto, dans la direction de Pise. C’est du moins dans ce sens qu’il interprète le passage suivant du chroniqueur Jean Villani : « Ils partirent (Louis de Bavière et sa suite) de Corneto le 10 septembre 1328, et, en route, mourut à Montalto le perfide hérétique, et maître et inspirateur du Bavarois, Me Marsile de Padoue *».

Or il est établi que Marsile de Padoue vécut, au moins, jusqu’en 1342; il y a donc là manifestement une erreur de nom et il est probable que le « perfide hérétique », confident du roi de Bavière, facile à confondre — pour un chroniqueur qui n’a connu les événements que par ouï-dire — avec Marsile de Padoue, était son ami et collaborateur Jean de Jandun 1 2.

Il est intéressant de citer la conclusion du travail de

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