‹ Jean de Jandun et ses œuvres (1280-1328)Chapitre 6 sur 13 · Biographie ardennaise, t. II, p. 52, i83o, in · texte numérisé non relu

Biographie ardennaise, t. II, p. 52, i83o, in

ni par quel concours de circonstances il vint à Paris. Peutêtre en fut-il de lui comme de son illustre compatriote, Robert de Sorbon, qui, à ce que Y on rapporte, fils de pauvres laboureurs, s’en vint seul à Paris au commencement du xme siècle, « se mêler aux escholiers » pour s’instruire.

Quoi qu’il en soit, la première fois qu’il en est fait mention, c’est en 1316, à propos de la cérémonie du 3 avril, dont il est question plus haut. Déjà, à cette époque, évidemment, il avait composé une grande partie de ses ouvrages.

Le 13 novembre de la même année, Jean XXII, qui venait d’être élu pape à Avignon, lui conférait un des canonicats du chapitre de Senlis, et, à cette occasion, croyait devoir louer la droiture de son caractère, probitatem, attestée, disait-il, par des personnes dignes de foi.

La présence de Jean de Jandun à Senlis a été constatée ensuite, à plusieurs reprises, pendant les années suivantes. Sur la fin de 1323, il y composa l’Eloge de Senlis et l’Eloge de la ville de Paris.

C’est vers cette époque qu’il collabora avec Marsile de Padoue à la composition du Defensor paris, qui fut achevé au milieu de l’année 13241.

Le nom de Jean de Jandun ne figure pas dans ce dernier ouvrage, où le pape et les évêques sont violemment attaqués ; mais sa collaboration ne fait aucun doute ; elle fut connue de ses contemporains, qui ne nomment jamais l’un des auteurs du Defensor sans l’autre, et elle eut pour lui les plus graves conséquences, puisqu’elle l’obligea à se réfugier auprès .de l’empereur d’Allemagne, Louis de Bavière, où vint bientôt le trouver une bulle du pape Jean XXII qui le frappait d'excommunication, ainsi que son ami Marsile de Padoue.

Mais avant de le suivre dans sa fuite, il importe de dire un mot de ses écrits antérieurs au Defensor paris , et de voir si, comme l’ont prétendu certains auteurs, on y découvre les idées philosophiques qui font prévoir le schisme par lequel il a terminé sa carrière.

1. Le 24 juin 1324, d’après un manuscrit du xiv« siècle de la Bibliothèque impériale de Vienne.

Jean de Jandun, que ses contemporains qualifient de philosophe très pénétrant, philosophus acutissimus y fut avant tout un commentateur d Aristote, ce qui lui valut encore le nom de pêripatèticien. Les écrits auxquels il dut sa réputation furent composés pendant son séjour au collège de Navarre : ils représentent sans doute son enseignement. Ce sont pour la plupart des sortes de gloses sur divers ouvrages du philosophe grec. Voici ceux qui, d’après Noël Valois, sont parvenus jusqu’à nous :

i° Quœstiones super libros Physicorum. Cet ouvrage est précédé d’un préambule dans lequel Jean de Jandun trace une sorte de programme de l’enseignement de la philosophie naturelle;

2° Quœstio disputata super libro Physicorum ;

3° Quœstiones super libros Aristotelis de Cœlo et mundo ;

4° et 50 Expositio et quœstiones super libro de Substantiel orbis ;

11 ne s’agit plus ici d’un ouvrage d’Aristote, mais du traité d’Averroès1, « De Substantia orbis », que Jean de Jandun désigne ailleurs comme le complément des livres du Ciel et du monde.

6° Quœstio num augmentât io sit possibilis ;

7° et 8° De Sensu agente;

9° Quœstiones super très libros Aristotelis de Anima;

I0° Quœstiones in Parva naturalia Aristotelis . Dans ce traité, Jean de Jandun commente les sept petits ouvrages d Aristote : De Sensu et sensato , De Memoria et reminiscentia , De Somno et vigilia, De Causa longitudinis et brevitatis vitœy De Juventute et senectute et de inspiratione et exspiratione , De Morte et vita et De Motibus animalium ;

il0 Quœstiones in librum de Bona fortuna ;

12 Nouvelle rédaction du Commentaire des Problèmes d’Aristote, par Pierre d’ Abano 2.

1 3 Quœstiones in duodecim libros Metaphysicœ Aristotelis ;

I4° Quœstiones super Rhetoricam Aristotelis.

A ces ouvrages il faut ajouter encore le Traité des louanges

î. Averroès, célèbre philosophe arabe, né à Cordoue en l’an 1126 mort à Maroc en 1198, fut un des plus illustres commentateurs d’Aristote. (E ’ Renan

Averroes et l’averroïsme, in-8«, Paris.) Kenan'

2. Médecin et alchimiste padouan, qui composa ce Commentaire vers t3io.

de Senlis et le Traité des louanges de Paris , que nous avons déjà signalés plus haut.

Dans chacun de ces traités, sauf dans les deux derniers, l’auteur pose une série de questions auxquelles il donne des solutions variées, souvent contradictoires, au milieu desquelles il est difficile parfois de démêler celle qu’il considère comme la juste solution.

Il est quelques-unes de ces questions qui étonneraient aujourd’hui par leur singularité. C’est ainsi que Jean de Jandun recherche, à propos des livres de Physique, si la génération est un mouvement, si quelque chose peut être mû par soi, si l’animal se meut lui-même, etc., et à propos des livres du Ciel et du monde, si le mouvement circulaire est plus parfait que le mouvement rectiligne, si le ciel est mû avec fatigue et peine, etc.

Les questions les plus intéressantes pour nous sont celles qui touchent à la philosophie chrétienne : celles-là surtout devraient, semble-t-il, nous éclairer sur son catholicisme. Mais, le plus souvent, l’argumentateur est déconcertant : quand ses raisonnements l’amènent à des conclusions hétérodoxes, il tourne court aussitôt et renouvelle sa profession de foi catholique.

S’agit-il de la création ? Il en démontre l’impossibilité par des arguments que résume le vers de Lucrèce : « Ex nihilo nihil, in nihilum nil posse reverti » ; mais, immédiatement, il ajoute : « Il faut admettre simplement, et en conformité avec la foi chrétienne, que Dieu a tout fait de

rien . C’est ce qu’ont ignoré les philosophes païens. En

effet, cela ne peut se prouver par l’observation des choses

sensibles . Au surplus, cette création n’a eu lieu qu’une

fois, il y a fort longtemps, et ceux qui en ont eu connaissance l’ont apprise de la bouche des saints ou l’ont sue par révélation »4.

Il dit encore : « Nous devons croire fermement que Dieu a tout créé de rien, conformément à l’enseignement des saints docteurs »2,

S’agit-il du libre arbitre ? Jean de Jandun se sépare d’Aristote et déclare renoncer à faire usage de sa raison :

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