I. — NICOLAS FOUQ.UET
La Fontaine est présenté au surintendant Fouquet dans le cours de l'année 1657 : il a alors trente-six ans.
C'est l'heure où le destin semble sourire à toutes les ambitions de Fouquet : depuis sept ans il est procureur général au Parlement de Paris, depuis quatre ans surintendant des finances avec Servien. La souplesse de son esprit abondant en ressources et fertile en flatteries lui a conquis la confiance de Mazarin : au Parlement, il désarme ou achète les adversaires du ministre, tandis que, financier inventif, il comble au jour le jour les vides que creusent dans le trésor public les dépenses de la guerre et les exactions de Mazarin lui-même. Dès lors, pour assurer son pouvoir et déjouer les retours de la fortune, il se ménage secrètement les moyens de tenter un coup d'État; il a ses diplomates et sa
police. En même temps, il se fait des partisans, des amis, une cour, une clientèle.
On n'a qu'à regarder l'homme, tel que le montrent ses portraits : des yeux de ruse, des lèvres jouisseuses, de belles mains séductrices, un air de feinte nonchalance, et l'on devine sans peine comment il sut attirer et retenir auprès de lui des financiers comme La Basinière et d'Hervart, des courtisans comme La Feuillade, Créqui, Lauzun, des femmes réputées pour leur esprit ou leur beauté comme M""" du Plessis-Bellière, M™' de Sévigné, M""' d'Uxelles, M'''' de Brienne. Sa seconde femme, Marie-Madeleine de Castille, beauté brune aux mains fines et à la taille svelte, lui apporte le secours de sa grâce et de son esprit. Fidèle à la tradition de Richelieu, continuée par Mazarin, il réunit des collections de tableaux, de livres, de manuscrits, d'antiques et de curiosités de toutes sortes. 11 protège et pensionne des poètes, des artistes et des savants.
En lui rien du grossier parvenu. Il sort d'une famille parlementaire et est élevé parmi des amateurs de livres, de tableaux et de médailles. Il aime véritablement les lettres. S'il a remis à Pellisson le soin de gouverner et de rémunérer le peuple querelleur et quémandeur des écrivains, il reçoit ses pen-
Chez le surintendant fouo.uet 4g
sionnés, il lit leurs vers, il se plaît à les conseiller et à les guider. Lui-même rime des madrigaux et des devises; ses productions sont d'une extrême platitude, mais son goût vaut mieux que sa poésie. Il protège une foule de littérateurs médiocres, mais Scarron, Benserade, M'^'' de Scudéry, Quinault, Corneille ont part à ses bienfaits. Enfin, non content d'embellir sa maison de Saint-Mandé et d'y accumuler des livres rares et des œuvres d'art, il vient de commencer à Vaux la construction d'un château magnifique. Les plans en ont été signés par l'architecte Le Vau, au mois d'août 1656, et déjà les bâtiments sortent de terre; André Le Nôtre ordonne les parterres, les eaux et les bosquets; Le Brun esquisse les compositions qui décoreront les plafonds et les voûtes; à Rome, Poussin modèle les Termes qui orneront les jardins ^