I. Épitre IL
CHEZ LE SURINTENDANT FOUQ.UET 63
de Voiture que de Malherbe. D'ailleurs, son lyrisme se tempérait à l'occasion de bonhomie.
Il fit en 1659 une Ode pour la paix ^ où le sentiment populaire est transposé de la plus exquise manière en style de pastorale.
O Paix, Infante des cieux, Toi que tout heur accompagne, Viens vite embellir ces lieux Avec l'Infante d'Espagne.
Chasse des soldats gloutons La troupe fière et hagarde, Qui mange tous nos moutons, Et bat celui qui les garde.
Peut-être est-ce là un ressouvenir des misères de la guerre dont il fut le témoin, lors de l'invasion des Lorrains en Champagne.
Délivre ce beau séjour De leur brutale furie Et ne permets qu'à l'Amour D'entrer dans la bergerie.
Fais qu'avecque le Berger On puisse voir la Bergère, Qui coure d'un pied léger, Qui danse sur la fougère.
Et qui du Berger tremblant Voyant le peu de courage.
S'endorme, ou fasse semblant De s'endormir à l'ombrage.
Accorde à nos longs désirs De plus douces destinées, Ramène-nous les plaisirs Absents depuis tant d'années.
Et que nous passions les jours Étendus sur l'herbe tendre.
Prêts à conter nos amours.
A qui voudroit les entendre *.
Non moins assidu au service de la surintendante qu'à celui du surintendant, il adressait à M""^ Fouquet une Ode anacréontique sur ce qu'elle est accouchée avant terme dans le carrosse en revenant de Toulouse^ et une épître sur la naissance de son dernier fils. Dans ce morceau il donna une jolie preuve de sa légendaire étourderie.
« Vous voilà mère de deux Amours », disait-il à M™^ Fouquet, oubliant qu'elle avait déjà deux autres fils. On le lui fit remarquer; il s'excusa auprès du père, en prose cette fois : « Entre autres fautes,