‹ Jean de La Fontaine; cours libre professé à l'Université de StrasbourgChapitre 41 sur 105 · VI. — CLYMÈNE · texte numérisé non relu

VI. — CLYMÈNE

Il y avait de l'agrément dans les « menus vers » que, quatre fois Tan, La Fontaine offrait au surintendant; il y en avait beaucoup dans quelques fragments du Songe de Vaux, bien davantage encore dans la comédie de Clyniène qui date du même temps. Singulière comédie qui ne fut pas écrite pour être représentée ; mélange de ballet^ de pasto-

I. Le Son^c de Vaux. — Acante au sortir de l'apothéose d'Hercule, est mené dans une chambre oii les Muses lui apparoissent.

raie, de satire littéraire et d'élégie, avec je ne sais quoi de libre et de railleur qui a ravi Théodore de Banville; fantaisie où la mythologie n'est qu'une amusante mascarade à la faveur de laquelle La Fontaine avoue ses goûts et conte ses amours.

La scène est au Parnasse; Apollon converse avec les neuf Muses et se plaint :

De ne voir presque plus de bons vers, sur l'amour.

Amour et vers, tout est fort à la cavalière.

Cependant, sur les bords de l'Hippocrène, il vient de voir

Acanthe fort touché de certaine Clymène.

Mais qui donc est cette Clymène? Erato, la Muse de la poésie légère, répond :

Sire, j'en puis parler : c'est ma meilleure amie. La province, il est vrai, fut toujours son séjour; Ainsi l'on n'en fait point de bruit en votre cour.

Les autres Muses déclarent qu'elles aussi connaissent cette belle provinciale. Apollon, qui a tout l'air d'un surintendant tenant « consistoire » de poètes et de précieuses, invite les Neuf Sœurs à

CHEZ LE SURINTENDANT FOUQ.UET yî

chanter tour à tour. Alors commence sur le thème des amours d'Acanthe et de Clymène une suite de variations, selon des modes poétiques différents.

Euterpe et Therpsichore commencent dans le style de l'églogue, se renvoyant les strophes, puis les vers.

EUTERPE

L'Aurore vous veut voir; Clymène montrez-vous : Non, ne bougez du lit; le repos est trop doux : Tantôt vous paraîtrez vous-même une autre Aurore; Mais ne vous pressez point; dormez, dormez encore.

THERrSICHORE.

Au gré de tous les yeux Clymène a des appas; Un peu de passion est ce qu'on lui souhaite; Pour de l'amitié seule, elle n'en manque pas : Cinq ou six grains d'amour, et Clymène est parfaite.

EUTERPE

L'amour, à ce qu'on dit, empêche de dormir : S'il a quelque plaisir, il ne l'a pas sans peine. Voyez la tourterelle, entendez-la gémir : Vous vous garderez bien de condamner Clymène.

Pour elle le Printemps s'est habillé de roses.

THERPSICHORE.

Pour elle les Zéphirs en parfument les airs.

EUTERPE

Et les oiseaux pour elle y joignent leurs concerts. Régnez, Belle, régnez sur tant d'aimables choses.

THERPSICHORE.

Aimez, Clymène, aimez; rendez quelqu'un heureux : Votre règne en aura plus d'appas pour vous-même,

EUTERPE

En ce nombre d'amants qui voulez-vous qu'elle aime?

THERPSICHORE.

Acanthe.

EUTERPE

Et pourquoi lui?

THERPSICHORE.

C'est le plus amoureux*.

Ensuite, c'est le tour de Melpomène et de Thalie : elles jouent une scène où la première fait Clymène et la seconde Acanthe. Clymène dit à Acanthe qu'il perd son temps et ses soins :

[moins.

Voulez-vous qu'on vous aime, aimez-nous un peu

Acanthe jure qu'il ne peut cesser d'aimer :

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