‹ Jean de La Fontaine; cours libre professé à l'Université de StrasbourgChapitre 51 sur 105 · I. Élégie /, V. 35 et suiv · texte numérisé non relu

I. Élégie /, V. 35 et suiv

En 1663, il composa encore une ode pour implorer le roi. L'accent, cette fois, était moins juste, moins profond. Il fit parvenir son ouvrage au prisonnier de Pignerol qui en fut médiocrement satisfait et dont il dut réfuter les critiques. Fouquet avait trouvé le morceau trop poétique pour plaire au monarque : La Fontaine allégua l'exemple de Malherbe. Fouquet avait jugé que le poète « demandait trop bassement une chose qu'on doit mépriser » : La Fontaine lui répondit, avec quelque raison, qu'il parlait en son propre nom et qu'il n'y avait point de termes « si humbles, si pathétiques et si pressants, qu'il ne dût s'en servir en cette rencontre ».

Fouquet resta en prison jusqu'à sa mort, mais La Fontaine ne perdit jamais le souvenir de son amitié : nous en aurons la preuve.

J'ai insisté sur les premiers poèmes de La Fontaine et particulièrement sur Cly^nène, Bien que le poète y raille en passant la futilité, la préciosité, la manière fleurie et toutes les mignardises de ses contemporains, lui-même a commis souvent les péchés dont il accuse les autres. Il suit nonchalamment le caprice de la mode.

Quelle est cette mode? C'est M"** de Scudéry, l'auteur de Clélie^ l'amie de Pellisson, qui va nous

le dire, en exposant quelles qualités lui paraissent convenir à la poésie française :

Elle raillera sans malice, dit-elle, blâmera sans aigreur, sera ingénieusement badine et divertissante. Elle aura tantôt de la tendresse et tantôt de l'enjouement, elle souffrira même quelques traits de morale délicatement touchés; elle sera quelquefois pleine d'inventions agréables et d'ingénieuses feintes. On y mêlera Tamour et l'esprit tout ensemble; elle aura un certain air du monde qui la distinguera des autres poèmes, et elle sera enfin la fleur de l'esprit de ceux qui y sont excellents.

A-t-on jamais mieux défini les œuvres que composa La Fontaine durant les années qu'il vécut auprès de Fouquet ? Clymène n'est-elle pas vraiment la fleur de son esprit ?

Un critique sévère a trouvé que l'idéal de M'^' de Scudéry, — c'était d'ailleurs, celui de Fouquet, — ne faisait pas la part assez large à la sensibilité et à la vie^ que le sublime n'y avait pas sa part. — La sensibilité! La vie! Le sublime! O temps trois fois heureux que celui où, en échange de ses libéralités, Mécène ne demandait à ses protégés qu'une ballade, un madrigal, une épigramme!

Peu importent le gagne-pain et le passe-temps des rimeurs médiocres. Les vrais poètes, comme La Fontaine, croient toujours que la Princesse se

go JEAN DE LA FONTAINE

meurt, mais toujours elle en réchappe, malgré leurs gémissements et leur courroux. Ce sont eux-mêmes qui la ressuscitent. Ils suivent d'abord les modes littéraires, sans trop se soucier de savoir si elles font la part assez large à la sensibilité et à la vie. Mais, viennent le malheur et la souffrance, ils

laissent parler leur cœur Alors la Princesse

apparaît aux yeux des hommes, plus jeune, plus belle, plus touchante que jamais. Après Adonis, après les « menus vers », après Clymène, c'est l'immortelle Elégie aux Nymphes de Vaux.

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