‹ Jean de La Fontaine; cours libre professé à l'Université de StrasbourgChapitre 69 sur 105 · I. Lettre de Racine à La Fontaine, 4 juillet · texte numérisé non relu

I. Lettre de Racine à La Fontaine, 4 juillet

Il aborde le théâtre avec la Thébaïde. C'est alors qu'il fait la connaissance de Boileau, — un lien de plus entre lui et La Fontaine.

Au cours de leur promenade à Versailles, nous avons vu l'intimité des trois amis. Quelques années plus tard, nous les retrouvons chez la Champmcslé, où Racine fait les honneurs du logis.

La Fontaine est de ces « diableries », comme dit M™^ de Sévigné, de ces soupers joyeux que Despréaux assagi rappellera à Racine pénitent, lorsqu'il lui demandera si boire du vin de Pantin « ne serait pas une mauvaise pénitence à proposer à M. de Champmeslé pour tant de bouteilles de vin de Champagne qu'il a bues, vous savez aux dépens de qui ». Aussi sur les maîtres et les hôtes de la maison personne ne nous renseignera- t-il mieux que La Fontaine. De la comédienne dont Racine est épris, jamais portrait ne vaudra celui qu'on lit en tête de Belphégor.

De votre nom j'orne le frontispice

Des derniers vers que ma Muse a polis,

Puisse le tout, ô charmante Philis,

Aller si loin que notre los franchisse

La nuit du temps! Nous la saurons dompter

Moi par écrire et vous par réciter.

Qui ne connoît l'inimitable actrice Représentant ou Phèdre ou Bérénice, Chimène en pleurs, ou Camille en fureur? Est-il quelqu'un que votre voix n'enchante? S'en trouve-t-il une autre aussi touchante, Une autre enfin allant si droit au cœur?

Vous auriez eu mon àme toute entière, Si de mes vœux j'eusse plus présumé :

Mais en aimant, qui ne veut être aimé? Par des transports n'espérant pas vous plaire, Je me suis dit seulement votre ami.

De ceux qui sont amants plus d'à demi : Et plût au sort que j'eusse pu mieux faire * !

Et la lettre charmante où il la charge de rappeler à Racine sa promesse de lui écrire et où. il exprime avec tant de grâce sa tristesse d'être loin d'elle, à Château-Thierry !

Que vous aviez raison. Mademoiselle, de dire qu'ennui galoperoit avec moi, devant que j'aie perdu de vue les clochers du grand village!... Bois, champs, ruisseaux et nymphes des prés me touchent plus guère, depuis qu'avez enchaîné le bonheur près de vous; aussi compté-je partir bientôt... Voudrez-vous engager M. Racine à m'écrire : vous ferez œuvre pie, j'en réponds. J'espère qu'il me parlera de vos triomphes^.

1, Belphègor, v. i et suiv.

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