‹ Jean de La Fontaine; cours libre professé à l'Université de StrasbourgChapitre 70 sur 105 · Lettre à M'" de Champmeslé, 12 décembre · texte numérisé non relu

Lettre à M'" de Champmeslé, 12 décembre

Lorsque Racine eut dit adieu à l'actrice et au théâtre, La Fontaine resta fidèle au ménage Champmeslé, car il avait autant d'amitié pour le mari que de tendresse pour la femme. Quant aux successeurs de Racine, il s'accommodait d'eux sans chagrin. De la campagne il écrivait à la comédienne :

Quant à vous, Mademoiselle, je n'ai pas besoin que l'on me mande ce que vous faites : je le vois d'ici. Vous plaisez depuis le matin jusqu'au soir, et accumulez cœurs sur cœurs. Tout sera bientôt au roi de France et à M"® de Champmeslé.... Charmez-vous Tennui, le malheur au jeu, toutes les autres disgrâces de M. de La Fare? et M. de Tonnerre (c'était lui qui, selon une épigramme du temps, avait déraciné Racine) rapportet-il toujours au logis quelque petit gain? Il ne sauroit plus en faire de grand après l'acquisition de vos bonnes grâces.... Mandez-moi s'il n'a point entièrement oublié le plus fidèle de ses serviteurs, et si vous croyez qu'à son retour il continuera de m'honorer de ses niches et de ses brocards ^

Et pas un mot pour M. de Champmeslé! Pourtant ce tragédien « bel homme, l'air noble, extrêmement poli », qui, sur la scène , jouait les rois et, au logis, bouffonnait et buvait sec, en usait cordialement avec le poète. Il lui demanda même sa collaboration. Il

Page 1