‹ Jean de La Fontaine; cours libre professé à l'Université de StrasbourgChapitre 88 sur 105 · II. — l'olympe et le PARNASSE · texte numérisé non relu

II. — l'olympe et le PARNASSE

Le voici en pleine renommée. De grands esprits, comme Fénelon et La Bruyère, reconnaissent son génie. Ses vieux amis, Racine et Boileau, qui cependant appartiennent à l'ordre nouveau, demeurent ses admirateurs. Dans les salons et Les ruelles où l'invitent les femmes les plus renommées pour

leur esprit, il est obligé de se faire accompagner d'un ami qui récite ses fables, voire ses contes, car il n'ose se fier à sa mémoire. Le public s'amuse des singularités de sa vie : c'est un thème inépuisable de bons mots et d'anecdotes. Enfin l'Académie l'a accueilli par un vote unanime.

De sa gloire, il supporte sans chagrin les ennuis, mais il voudrait bien en récolter les avantages, et le premier de tous, un peu d'argent, de cet argent qu'il méprise, mais sans lequel les loisirs de sa vieillesse lui paraîtraient insipides.

Peu à peu il a vendu presque tous ses biens de Champagne; il s'est même défait de la maison patrimoniale de Château-Thierry. Sans doute, il jouit toujours du logis que lui a gardé M""^ de La Sablière; il ne le quittera qu'après la mort de son amie. Là il s'est fait un intérieur à son goût. Les bustes des grands philosophes de l'antiquité décorent la chambre où il a coutume de recevoir ses amis, Vergier, Saint-Dié, Hervart, et pour donner à ceuxci le plaisir d'un peu de musique, il a fait apporter un clavecin ; une « Chloris » vient y chanter des chansons.

La Chloris est jolie, et jeune, et sa personne Pourroit bien ramener l'amour Au philosophique séjour.

Je l'en avois banni; si Chloris le ramène, Elle aura chansons pour chansons ^

Mais il est peu probable que M""® de La Sablière ait consenti à faire les frais des philosophes en terre cuite, du clavecin, et... delà Chloris.

Pour sortir d'embarras, à défaut des bienfaits du Roi, un seul moyen lui restait, celui dont alors tous les poètes usaient sans vergogne.

On ne peut trop louer trois sortes de personnes : Les Dieux, sa maîtresse et son roi,

dit La Fontaine. Là-dessus il raconte comment, pour reconnaître les louanges dont Simonide les avait comblés. Castor et Pollux donnèrent à leur poète un avis opportun et lui épargnèrent de recevoir un plafond sur la tête; puis il conclut :

Je reviens à mon texte, et dis premièrement Qu'on ne sauroit manquer de louer largement Les Dieux et leurs pareils; de plus, que Melpomène, Souvent, sans déroger, trafique de sa peine; Enfin qu'on doit tenir notre art en quelque prix. Les grands se font honneur dès lors qu'il nous font

Jadis VOlympe et le Parnasse [grâce :

Etaient frères et bons amis'^.

Page 1