ACTE TROISIÈME
BOISLANGEAIS, d’une voix poussive.
Je propose un toast ainsi conçu : « Au magicien à qui trois mois ont suffi pour métamorphoser le druide Thommeray en prince de la jeunesse — princeps juventulis ... à RoblotJ »
tous.
A Roblot!
ROBLOT , se levant.
A moi, messieurs...
JEAN
Doucement, maître Roblot! Le magicien, ce n’est pas vous : c’est Paris! C’est la fournaise où tout flambe à la fois, le cerveau, le cœur et les sens, où les préjugés fondent comme cire, où l’esprit pétille, où l’argent ruisselle, où le plaisir déborde! J’ai plus vécu en six mois que je n’avais fait en vingt-cinq ans! J’ai appris et compris plus de choses que je n’aurais fait là-bas en cent ans! Toutes les puissances de mon être sont en action, j’aspire la vie par tous les pores... Quel enchantement! quel vertige !
CHATE AUVIE UX.
Tu me fais l’effet d’un jeune ours ivre de raisin.
CHAMPIN.
Et de raisin de Corinthe encore!
C’est le plus capiteux.
BOISLANGE AIS.
Et le plus cher... Non licet omnibus ...
JEAN
Ce diable de Boislangeais! Il perd tout, son argent, ses cheveux, ses dents; il n’y a que son latin qu’il ne peut pas perdre.
BOISLANGEAIS .
C’est mon cachet, sigillum meum...
CHATE AUVIEUX, è Jean.
Est-ce aussi Roblot qui t’a trouvé cet appartement?
JEAN
Non, c’est moi.
CI1ATE AUVIEUX.
Grand style!
CHAMPIN.
Mais quelle idée de vous loger quai Malaquais?
JEAN
Chacun chez soi, mon cher : je suis du faubourg comme vous êtes du boulevard.
D’ailleurs, il y a bien aussi quelques financiers par ici : l’hôtel de Jonquières...
CHAMPIN.
Chut! Ne parlez pas de Jonquières devant Boislangeais, ce sont les frères ennemis.
BOISLANGEAIS, sur le canapé.
Les cousins ennemis.