ACTE TROISIÈME
HORTENSE
Non, je vous le jure. Il y a trois mois, si vous m’aviez offert un pareil sacrifice, je vous aimais trop pour l’accepter. Aujourd’hui je t’aime trop pour le refuser. — Par quel train partez-vous ?
JEAN
Par le train de huit heures.
HORTENSE, reprenant son voile.
Vous n’avez pas trop de temps devant vous, je vous laisse.
JEAN, la retenant par la main.
Pas encore.
HORTENSE
Il faut que je rentre moi-môme, il est tard. Adieu, Thomé! J’emporte votre promesse...
JEAN , l’attirant sur sa poitrine.
Adieu, bien-aimée; à bientôt... Tu es belle 1
HORTENSE
Non... mais je taime... (Ses yeux rencontrent l'ombrelle que Blanche a oubliée sur le canapé ; les regards de Jean suivent les siens.)
JEAN, à part.
L’ombrelle de Blanche !
HORTENSE, se dégageant des bras de Jean.
C’est votre mère qui sort d’ici?
JEAN, troublé.
Ne vous l’ai-je pas ditî
Il O RT E NSE , prenant l'ombrelle et la lui présentant.
Et c’est à elle, cela? Répondez!
JEAN, après une hésitation.
Non!... (11 prend l’ombrelle, la brise et la jette au fond de la chambre.) U O HT E NSE.
A qui alors?
JEAN
Ne m’interrogez pas, je vous en conjure. Vous n’avez rien à redouter de là personne à qui cela appartient, je vous en donne ma parole d’honneur.
nORTENSE.
Son nom?
JEAN
Ma parole d’honneur ne vous suffit-elle pas?
HORTENSE
Est-ce qu’un homme se fait scrupule de mentir à une femme !
JEAN
El moi je ne permets pas même à une femme de douter de mon serment.
IIORTE NSE .
Vous n’avez rien de plus à me dire pour votre justification?
JEAN
Rien. Et si j’avais quelque chose, je ne le dirais pas. hortense .
Adieu, monsieur. (Fausse sortie.) Dites-moi que c’est un égarement d’un jour, une surprise des sens, et je vous pardonnerai peut-être !
JEAN
Eh bien, oui, je suis entouré de tentations, mais je n’aime que vous. — Cette femme ne remettra plus les pieds ici. — Je viens de rompre une intrigue à peine engagée. — Mais croyez-moi doncl II ne tenait qu’à moi do vous donner le change...
HORTENSE, lentement.
C’est vrai. — Je me fie à votre loyauté, monsieur de Thommeray. Quand vous ne m’aimerez plus, ayez le courage de me le dire; j’aurai le courage do l’entendre. Mais ne me trompez jamais; que je puisse au moins vous estimer toujours. Il ne Faut pas que votre mère attende; adieu. (Eue se dirige vers la
pot te de droite.)
JEAN, l'accompagnant.
A bientôt.
HORTENSE, tristement.
Oui, à bientôt. (Elle lai donne la main et sort.)