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Jean de Weert. Une nuit de Noël sous Philippe ii

armi les hommes célèbres de ce beau xvii« siècle, si riche en grands hommes de tout genre, s'élevafit du sein du peu-

JEAir DE WEEBT.

pie aux premiers rangs par leurs lumières ou leurl audacieux courage, il n'en est pas un, peut-être, dont . la fortune et les aventures soient aussi étonnantes * que celle de Jean de Weer t. Et au milieu des grands noms qui s'élèvent à cette époque et qui défendent par répée sur le sol désolé de TAlleroagne les in— térêts monarchiques du catholicisme ou les principes radicaux des protestans, nulle renommée n'éclipse celle de notre héros. Il faut fouiller le^ chroniques du temps pour bien comprendre la ro^ manesque histoire de cet intrépide paysan lim*bourgeois qui ût, pendant quelque temps, trembler la France, et que Paris chansonna et admira a{Mrè9 avoir tremblé et fui devant lui.

Mais n'anticipons pas sur les^vénemens; la biographie ci-jointe démontrera suffisamment que la tradition populaire et l'histoire ne sont pas restées un seul moment au-dessous de sa fabuleuse et étonnante célébrité.

ÏT

e 10 mars 1609, un 'événement de mince importance , mais qui devait avoir les plus graves conséquences pour l'avenir, se passait à Wecrt , petite ville du Limbourg; un cordonnier

vigtureiiscmeal un hardi et eETronté i

■ ans, qui reccvail avec ua sloïcïsme i

isleseiïruyablescoupsdccnurroiequi-luiad

Hirail une main exercée et ncrreusc. Ce joui

f cri perdait un mauvais cordonnier et l'Ëui

pplait un grand capitaine de plus.

— Si je le rallrapc eneoreà aller regarder les ■s des Allemands, au lieu de reporter l'ouvi

k pratiques, disait le maître, d'une voix sli ■e par la colère, je le caresse les côles de i re à le faire passer de longtemps l'euTie d'à r les manœuvres militaires.

— Cela sera difBcilc, murmura le Jeune hon rc ses dénis.

— Tu raisonnes, je crois, maraud ! s'écria n I Vanlipulen, en levant de nouveau son red

JEAN DE WEKUT. D

S son mailre , et répondit d'une voix calme :

— Oui, mademoiselle Catherine, je vous le prolets!

— Mêlez-vous de ce qui vous regarde, Catherine I it le père Vanhouten, ce sont vos bontés qui ont àté ce morveux, quand il fait quelque chose de lien ici, il semble plutôt que ce soit pour vous claire que pour remplir un devoir. Cela m'ennuie, ntendez-vous, et à la première escapade qu'il me adt encore, soit pour aller regarder les arquebuiers allemands ou toute autre chose, je promets

ce mauvais sujet la plus triomphante volée [ui ait jamais caressé les épaules d'un méchant làUrdI

A ces dernières paroles l'enfant pâlit affreusenent, une larme de rage roula sur sa joue, il saisit m long couteau pointu, et s'élança vers son mailre vec un air de détermination qui fit reculer ceul-ci.

— Vous avez dit bâtard I je crois, répétez donc ncore une fois ce mot I une seule fois, maître Vanlouten I et, par ma mère, je vous ouvre te ventre, nssi vrai que vous êtes un misérable et lâche saetier I...

Il y avait dans les traits bouleverses de cet ofant une si profonde énergie, une rage si froide,

6 IBAN DB WBRBT.

que le cordooDier eut peur et recula quelques j devant Teofant.

— Eh bien I Catherine, que dis-tu de ton pi tégéy un joli sujet, n'est-ce pas, et qui promet donner de Foccupation au bailli avant peu ! ^ mon garçon, si un jour la coqueluche le prend, peux être sûr que le bourreau de Maestricht U guérira au moyen d*un joli collier de chanv (^ni par Si-Gibet I

— Jean! donnez-moi ce couteau, et ne prom cez plus jamais des paroles semblables h celles c je viens d'entendre, car alors, voyez-vous, je cr rai, comme mon père, qu'un malheureux ave vous attend I

— Faut-il laisser insuUer ma mère alors, mt moiselle Catherine? dit le jeune homme, \o vous, votre père a bien fait de se taire, car cela, je ne sais ce qui serait arrivé I...

— Jean! fit la jeune fille, encore un mot, ne vous pardonnerai jamais ! Voyons, allez ' ces bottes au lieutenant Hermann , au cab; la Couronne impériale, et revenez au plus i

Le jeune homme obéit cette fois sans f pondre une parole , prit les bottes du lif Hermann, et sortit en sifflant une marc taire.

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— Eh bien , Kale, qœ pensez-vous de voire protégé? dit encore le cordonnier, crôyez-vous que je puisse garder plus longtemps chez moi un bandit qui me tuera quelque jour? Il faut que cela finisse, je veux qu'il parte aujourd'hui, tu vas lui faire son compte qui ne sera pas long, et après le diner, qu'il aille au diable s'il veut, mais que je n'en entende plus parler!

— Allons, père, i;onvenez que vous avez été un peu injuste pour ce pauvre Jean ; le jeu est de son âge, et s'il s'est amusé aujourd'hui à regarder les eiercices des soldats allemands, je vous promets, moi, que la correction qu'il vient de recevoir le guérira pour l'avenir. Quant au mot qui l'a si fort exaspéré, est-ce sa faute, à cet enfant, s'il se trouve à seize ans orphelin, n'ayant pour toute famille qu'un frère plus jeune que lui , et à qui il donne presque tout ce qu'il gagne? Vous lui faites un reproche d'un malheur, père, cela n'est ni chrétieo, ni généreux, et puis vous savez mieux que personne qu'il n'est pas bâtard, vous qui l'avez recueilli après la mort de sa pauvre mère, tandis que le curé Broukaert se chargeait de son frère Antoine. Si cet enfant n'avait pas un grand et noble cœur, il n'aurait pas aussi chaudement pris la défense de la mémoire de sa mère.

— Si je comprends hïen lotit lun galima

u'est moi qui ai eu tort avec ce Landil, n'<

I pas? Vous verrez qu'il Taudra peut-£tre que

I demande pardon de m'fïlrc laissù insulter !

- Je ne dis pas cela, père, mais si quel

is Irailait de bâlard, vuusl que fcries-vou!

I humme?

i I mais vous Ëles Tulle, Katel quel I l'homme assez hardi pour me dire que ma m< }is-tu, ne s'en irait qu'avec que I côtes plus ou iDoins casscesl

- Et ce que vous regardez comme un di ., pourquoi ne voulez-vous pas que Jean I visage comme une obligation sacrée? Oi I toul cela, père ; je vous promets de le gronde a violence ; j'en obtiendrai plus par deux

JBAN D8 WBEUT.

jamais qu'un mauvais sujet qui finirait un jour par se faire soldat.

— Il sera ce que Dieu voudra, père, mais taisons-nous, car le voici.

£n effet, Jean arrivait, mais Toreille basse comme un chien qui vient de se faire houspiller. Ses cheveux en désordre, sa veste en lambeaux et son front ensanglanté témoignaient d'une lutte assez vive. A sa vue, Catherine s'élança vers lui, et lui demanda la cause de cet accoutrement étrange.

— Ce n'est rien, mademoiselle Catherine, ce n'est rien, dit le jeune homme en essuyant son front du revers de sa main, c'est un des goujats du lieutenant Hermann

— Je vois ce que c'est, dit le père Van bouton, tu auras été insolent et l'on t'aura corrigé.

'— Vous vous trompez, maître, dit Jean, c'est un soldat qui se permettait des propos impertinens sur votre fille, et comme je le priais de se taire et qu'il n'en voulait rien faire , je lui ai donné un sou£Qet. Alors le lieutenant est sorti, et, après avoir demandé la cause de ce tapage, il m'a dit qu'un soufiQet s'effaçait par un coup de sabre....

— Et vous vous êtes battus I dit Catherine, avec effroi.

— Dame, il le fallait bien, Kate, dit le jeune

U6 IIIUU oauav> \M«>.w .^ ^

gars avec orgueil, en essuyant son glanté.

— Eh bien> père, dit Catherine, < regard inexprimable sur le jeune appi vous toujours le renvoyer, et n'est-ce et noble cœur?

— Et qu*a dit le lieutenant Herma; blesser un de ses soldats?

-r 11 a beaucoup ri, et m'a dit q excellent soldat.

— Pauvre Jean ! s'exposer pour m rine avec amour; çà I venez qu'on voi garçon.

Ta ri^rdonnier sortit delà chambi

dès son bas Age à des mains étrangères, Jean n'avait jamais senii

son caat s'amollir sous des r^ards d'ami.

Abandonné h lui-même, sans que personne

li JEAN DE WEERT.

prit le moindre soin de son éducation, tous les instincts farouches et grossiers s*étaient développés dans son cœur, au détriment des autres sentimens. Fier et sauvage, il supportait avec impatience le joug pesant d'un maître dur et ignorant. Parfois ses pensées Tabsorbaient si complètement, qu*il semblait que son âme fût absente de son corps. Alors il oubliait le dégradant métier auquel sa pauvreté le condamnait , il rêvait batailles sanglantes, mêlées, drapeaux vainqueurs déroulant leurs plis déchirés, clairons belliqueux chantant la victoire; son œil s*animait, son ouvrage lui tombait des mains, et il ne fallait rien moins qu'un vigoureux soufflet de son maître pour Tarracher à ce monde enchanté, et le ramener a la triste réalité de son état obscur. Quelquefois alors, il avait d'étranges regards pleins d'une singulière férocité, le récit d'un combat allumait son sang ; comme le cheval de l'Écriture, il piétinait et respirait avec joie le vent des batailles. Gomme Duguesclin, Bayard et autres types des races militaires, son intelligence ne s'éveillait qu'aux choses guerrières. Toujours battant ou battu, il était à quinze ans la terreur de Weert, en attendant qu'il fût quelques années plus tard l'épouvante des Parisiens, et qu'il fit pâlir Richelieu lui-même, doutant

un instant de son étoile devant celle de Taudacieux partisan Hmboorgeois.

Après avoir posé un appareil sur le front du blessé, la jeune fille prit la main du jeune homme, et lui dit d'une voix triste :

— Avec quel orgueil vous parliez tantôt des è\oges que le lieutenant Hermann vous a donnés t je suis sur Jean que pour peu de chose vous nous quitteriez, nous qui vous aimons.

— Vous, Catherine î oui I mais après vous, qui jamais a eu un mot pour le pauvre orphelin , le bâtard I comme dit votre père. Je mange ici un pain rempli de gravier, le pain de la pitié I puis, quel avenir m'est réservé ici? faire des souliers toute ma vie I Tenez, Catherine, je ne sais ce qui me dit là que mon état à moi , c'est la guerre I mon outil, Ucpée I j'étouffe ici, et puis, aujourd'hui la fortune et les honneurs sont à qui sait bravement •les conquérir. Le lieutenant Hermann était soldat, il y a six mois, dans deux mois peut-être, il sera capitaine; pourquoi ne le serais-je pas? La France et h Suède sont en guerre contre l'Allemagne, la Souabe, la Bavière, l'Espagne, sont en feu, toutes les épées sont tirées en Europe, et les champs de bataille sont couverts de titres et d'honneurs qui n'attendent que des hommes de cœur pour les ramasser!

doit être? dit Jean avec aouv^.^.

quelque chose devait me faire ren( chant, ce serait vous, toujours si 1 pour moi t

— Et si je vous en priais, n fille.

— Vous ne m'en prierez pas, que d'abord je ne pourrais vouf suite une main invisible me pousf orageuse peut-être, mais à coi Et puis, je dois voir ce soir le li sa compagnie doit se rendre à jours....

^'i ouel est voire projeJ

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moi, n'est-ce pas, Calherine? plus tard, quaod je serai général, je le ferai officier, et alors, Catherine, je vous dirai une chose que j*ose à peine penser aujourd'hui.

La jeune ûlle rougit sous le brûlant regard du jeune homme, qui saisit sa main, la baisa, et s'élança hors de la maison, le cœur joyeux comme un aiglon qui sent pour la première fois l'espace et la liberté pour ses ailes.

. Arrivé dans la rue, Jean s'arrêta un moment, fixa pendant quelques instans le sol de ses grands yeux noirs, puis, comme délivré d'une dernière préoccupation, marcha d'un pas alègre et rapide vers la taverne de la Couronne impériale.

Le lieutenant Hermann était un soldat de fortune, ne relevant que de son sabre ; triste comme un catafalque pendant son oisive existence de garnison , il reprenait toute sa gaieté le jour du combat. Les sanglans démêlés de l'empire avec la France et la Suède, laissaient à cette époque peu de loisirs aux bonnes épées, et le lieutenant qui, depuis trois mois, se morfondait à Weert, avait repris toute sa joyeuse humeur depuis deux heures ^u'il venait de recevoir l'ordre de rejoindre le corg» d'armée bavarois, commandé par le général Aldringer, qui se trouvait en ce moment à Liège.

Jean le trouva à lahie, vidant joyeusement un grand verre de vin du Rhin ; plusieurs bouteilles vides étaient devant lui.

 la vue du jeune homme, le sourcil du lieutenant se tordit, il le couvrit d'un regard sévère et lui demanda ce qui ramenait.

— J*ai un service à vous demander, seigneur officier^ dit le jeune homme en tortillant gauchement son bonnet entre ses doigts.

— Que diable viens-tu faire ici, garnement! oublies-tu que je puis te faire pendre, si je veux? sais^tu que le soldat que tu as blesse en a au moins pour deux mois avant de pouvoir reprendre son service?

— Alors tant mieux I mon officier, dit le jeune homme en le regardant effrontément en face, car je viens vous proposer de le remplacer.

— Remplacer qui?...

— Celui au pourpoint duquel j'ai mis tantôt une boutonnière rouge.

— Quel âge as-tu? dit l'officier à qui cette audace paraissait plaire.

— Seize ans à la Saint-Jean, mon patron.

— Et tu veux être soldat?

— Le moins longtemps possible; cependant comme on ne peut faire autrement, je commence-

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rdî par porter le mousquet en attendant que je réchange Contre une épée, c'est moins lourd.

— Mais sais- tu ce que c'est que d'être soldat» mon jeune gars? c'est obéir sans murmurer» souffrir sans se plaindre, marcher quand OQ faudrait dormir, boire quand on a faim, manger quand on a soif; se battre sans savoir pour qui et souvent pourquoi ; recevoir plus de <x>ups d'épée que d'écus, et finir tout cela par laisser un jo«r sa peau dans quelque trou, ou se sentir jeter vivant et blessé dans un fossé pour le combler mieux et plus vile!

— Et puis, mon oflScier?

— Comment, maraud l n'y en a-t-il pas là dix fob plus qu'il n'en faut pour te renvoyer à ta boutique de'fiavetier?

— Il y a là tout ce qu'il faut pour me décider, dit le jeune homme : seulement vous ne m'avex montré qu'un c6té de la médaille, vous avez oublié les joies de la guerre, quand on se rue le pistolet au poing au milieu d'un tourbillon d'hommes et de chevaux; qu'on s'ouvre devant soi un large et rouge chemin à travers ce champ mobile d'hommes qai tombent sous votre épée comme des épis ; quand on arrache une bannière française des mains crispées d'un cornette, qui mord et hurle en se cramponnant à la hampe de son étendard; quand

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1S JEAN DB WEEBT.

les mousquclades pleuvent autour de vous et brisent les cuirasses et les poitrines, et qu'enfin, tout sanglant, on reste maître du champ de bataille en poussant devant soi un fier cheval à travers la moisson gémissante qui se tord sous son sabot de fer : voilà, mon officier, ce qu'il me faut à moi, ce que j'attends dans ma carrière de soldat ; dites-moi si vous pouvez m'offrir tout cela, sinon j'irai ofifrir mes services ailleurs ; tout m'est bon : Allemagne, France ou Espagne, j'irai là où l'on se battra le plus elle mieux 1

Pendant ces rapides paroles, l'officier avait contemplé avec une secrète admiration cet enfant sublime dans lequel se révélait déjà un grand général. Il se leva brusquement, marcha vers le jeune homme, et le prenant par la main, lui courba la tête en arrière pour pouvoir mieux contempler cette sauvage énergie qui rayonnait de son œil en feu.

— JeanI lui dit-il lentement, je ne sais si je me trompe, mais avant qu'il soit longtemps tu pourras goûter toutes ces joies, et reposer ta tête sur un lit de drapeaux conquis par ton épée ; et maintenant prends ce gobelet et imite-moi : à la santé du trèsillustre prince électeur de Bavière, auquel je jure fidélité et obéissance I

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— A sa lantc et à ma prochaine bataille I dit le jeune homme. '

— Va Taire ton paquet, embrasse ce que tu auras d'amis; nous parlons demain avec le jour!

— Deux mo(s Jt mou Trère Antoine, un baisera ma bonne Catherine, et je suis k tous comme Liège au prince évoque, dit le jeune homme, et il s'élançi tout joyeux hors de la lavcrne de la CouroniM

loquiet et rerouant de BicheLeu vena t d entraîner la France dani une guerre où sanf la Saède alliée fidèle, elle avait h lutter contre l'EuropeentlèreJamais de plus grandi

ââ JR4N DE WBERT.

noms , de plus illustres guerriers, ne se heurtèrent sur les champs de bataille. Du côté de la France, c'était Gassion, Turenne, Gustave- Adolphe, le héros de Lutzen; l'Autriche opposait à ces noms Wallenstein, Piccolomini, Aldringer, Galas, tous hommes du peuple, s*étant frayés une place aux premiers rangs par le. prestige de leur épéc. Jean de Weert allait ajouter un glorieux et retentissant nom de plus à cette éclatante pléiade de guerriers, qui illustrèrent cette longue et sanglante lutte dont rhistoire nous a conservé le souvenir sous le nom de la guerre de trente ans.

Un joyeux soleil dorait les pignons ardoisés de Weert ; les clairons bavarois sonnaient le bouteselle; de toutes parts des groupes de cavaliers se rendaient sur la place principale, où déjà se trouvaient réunis les officiers. Partout les volets entreliaillés des maisons encadraient quelque blanche tète de vieillard, ou quelque curieuse figure de jeune fille qui venait saluer d'un dernier regard les uniformes allemands. Bientôt chaque soldat fut à son rang, et le lieutenant Hermann allait donner l'ordre du départ, lorsqu'il s'aperçut de l'absence du jeune homme qu'il avait engagé la veille. Ce retard rétonna, et il allait envoyer quelques soldats pour s'enquérir du retardataire, lorsqu'il le vit

JBAN DE WEBRT. SS

arriver accompagné d'un jeune homme c(^d'un prêtre qui semblait lui parler vivement; le lientenant poussa son cheval vers lui , et d'un air doucement grondeur lui reprocha son peu d'exactitude.

— Pardon, mon officier, dit le jeune soldat, mais, voyez-vous, c'est que j'embrassais mon frère, et dans notre état on doit toujours se dire adieu; au revoir est trop présomptueux.

» £t moi je te dis au revoir, Jean I dit le prêtre, sois toujours fidèle à tes devoirs de chrétien, à ton drapeau, et je ne sais qui me dit que je te reverrai et que le pauvre orphelin nous reviendra avec un nom qu'il aura su rendre glorieux !

'—Adieu, Antoine I adieu, monsieur le curél je vous promets d'être fidèle à vos instructions. Antoine, je te prendrai près de moi quand je serai général!

•— Est-ce tout, frère?

— Ah I oui, ceci à Catherine I frère, c'est la croix d'argent de notre mère, et tu veux bien, n'est-ce pas, que celle qui nous rendit presque son amour la porte en mémoire de moi?

— Tu es le maître de faire ce qu'il te plaît, Jean, tu es rainé, et je n'ai rien à dire, sinon que Catherine est celle que j'aurais choisie pour porter

i4 JEAN DE WEERT.

cette relique sacrée, le seul souvenir de notre mère.

— Allons, à cheval I jeune homme, la sensibilité est du luxe dans le bagage d'un soldat.

— Adieu, Antoine! dit le jeune homme en s*élançant avec agilité sur son cheval, je te revecrai général avant qu'il soit longtemps.

Et la troupe s'éloigna rapidement de Weert, pour se rendre à Liège où se trouvait le général Aldringer, autre soldat de fortune, paysan luxembourgeois, dont la fortune étonnante était un puissant exemple pour les ambitieux.

— Où diable as- tu appris à monter à cheval^ mon petit démon?dit Hermann,et qui t'inspira le goût de la guerre? de cordonnier à général il y^a loin, si, comme tu le dis, tu ne veux revenir dans ton pays qu'avec ce titre I...

— J'ai appris à monter à cheval chez le chirurgien de Weert, qui avait toujours des chevaux à soigner; le dimanche, je les promenais, les plus méchans étaient ceux qui me plaisaient le plus : tjuant à mon goût pour la guerre, cela date de loinl

— De loinl diable, ceci devient intéressant; e| peut-on savoir l'origine et les causes de ta vocationf

— Je vous en prie, lieutenant, ne me demandes pas celai

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— £t pourquoi, s^ Vous plaît ?

— Parce que cela vous fêrail rire peut-être, mtant que cela m*a fait peur à moi. Mais n'importe I figurez-vous, lieutenant, il y a de cela deux ans, nous étions plusieurs jeunes garçons de Weert et moi, à jouer dans la bruyère qui s'étend à gauche •du village, lorsque tout à coup un de nos camarades Varrèta, effrayé à la vue d'une vieille femme qui «heminail lentement vers nous. Curieux de connaître la cause de son«ffiroi, je lui demandai ce qui iui ôlait aussi brusquement sd gaieté.

— C'est la vieille Liebe! me dit-il à demi-voix, ia sorcière de la bruyère, sauvonsHious avant qu'elle ne nous rejoigne ; on dit que lorsqu'elle vous rel^rde elle vous fait blanchir les cheveux, comme cela est arrivé à un colporteur de Maestricht qui, pour se moquer d'elle, était allé lui demander si elle n'avait pas besoin d'un beau bonnet à dentelles pour aller au sabbat du lendemain. Elle lui répondit qu'elle viendrait le chercher la nuit, et le lendemain ses cheveux étaient gris et son front ridé tomme celui d'un vieillard. 11 n'a jamais voulu raconter, pas même au curé , ce' qui l'avait rendu ainsi!

Je ne sais ce qui me passa alors par la têle, mais les craintes que mon jeune camarade cherchait à

■ins[i]rer no fircnl que m'nflbrmir davanlagc d e pensée qui dans louLaulrc moment ra'pùt ;

-Tu es un [mllron, Willem 1 lui ais-jc, e:

e que je vais demandera la vieille Liebcde

ma lionne aventure, sons que la nuance de r

l'Cun en souffre le moindrement.

- Pour l'amour du ciei, Jeanl ne fais pas ci

I Icnle pas le mauvais esprit I — La ïicille av

lit toujours; quand elle ne fut plus qu'à quelq

c nous, tiius nos camarades se sauvèrent

t de grands signes de croix. Je restai hra

lintscul i l'attendre; mon cœur ballaitcepcnd

!c violence, et mon regard, sans que je pusse i

lOSCT, restait rivé sur le sien. Bientôt elle

mina allentivement, et me demanda d'une voix aigre et métallique ce que je lui voulais.

— Vous parler, mère Liebe, lui dis-je avec assurance, et savoir si vous êtes vraiment sorcière, afin que vous me disiez la fortune future qui m*alieaaà.

— Je le trouve bien hardi, méchant garnement, « de venir m'arréler pour de pareilles choses; sais-tu 81 la connaissance de ton avenir ne te rendrait pas fou de peur, comme il est arrivé à Hendrik Froman, lequel est allé se faire pendre à IJége il y a huit jours, comme je le lui avais prédit il y a six semaines?

— £h bien I pendu ou non , je veux savoir mon sort futur, et non-seulement je vous promets de ne pas avoir peur, mais encore de vous donner un escalin neuf.

-^ Par les sept vertus du gibet ! vous êtes un audacieux petit drôle, médit la vieille; eh bieni voyons si tu as le courage nécessaire pour aller JQsqu'au bout. Suis-moi, et surtout pas un mot de tout ce que tu verras et de tout ce que tu entendras.

Je suivis la vieille par un sentier frayé à travers la bruyère; au bout de quelques minutes nous fûmes en vue de sa maison, une sorte d'étable en

\À' â8 JEAN DE WBBRT.

.0; {>ail)e et en terre glaise. Elle leva le loquet d'iu

; f. porte délabrée et me fit entrer dans une peti

; ; chambre sombre» où le jour arrivait à peine p

trois carreaux de papier huilé. Une espèce de ce

1^ cueîl rempli de mousse et de laine volée aux moi

tons par quelque maléfice sans doute, lui serva « de lit. Un gros chat noir était assis gravement i coin d'un feu presqu*étcint, et se retourna à peii au bruit de notre arrivée. Sur la cheminée se tro vaient quelques pots de grès, une branche de hpu une grande fiole pleine d'un liquide jaunâtre dai lequel nageait comme une forme d'enfant. Â plafond étaient suspendus deux gros crapauds de séchés. Dans un coin de la chambre se trouvaiei pèle-méle, un crâne de cheval, plusieurs cran humains, des pots pleins d'une graisse rougeâtr et mille autres choses toutes plus étranges les un que les autres. La vue de ce mobilier de sorcièi me fit peur, et mes regards se tournaient instinct vement vers la porte, quand tout à coup la mèi Liebe me saisit la main et me força à m'asseo devant un grand cadre voilé par une étoffe noir — Regarde là, dit-elle, sans détourner les yea: quelque chose que tu voies et que tu entendes, sino je ne réponds ni de ta vie, ni de la mienne. T verras dans cette glace les principaux événemei

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le ta vie, qui, je le pressens, ne ressemblera è celle te personne.

En disant ces mots, la vieille alluma un feu vif lans la cheminée et dit quelques paroles en langue QGonnue à son gros chat noir, qui alla avec Tobéisianced*un chien, chercher dans le coin où se trou- Client les ossemens, plusieurs crânes que la vieille angea en cercle devant le foyer en chantant une amentable chanson de gibet, puis elle frotta les xânes de sa graisse rouge, les rangea autour de ma Jiaise en me disant d'observer le plus profond sience. Alors elle posa la main sur ma tète, en me lisant de regarder dans la glace magique. Tout mon îourage m'était revenu, le désir de connaître enGn m avenir que quelque chose en ipoi me disait devoir é|re étrange et orageux, dominait tous mes intres senlimens. Tout à coup le chat miaula d*une manière effroyable, le feu s'obscurcit, une épaisse fumée noire se répandit par toute la chambre, et je »ntis mes yeux s'appesantir sous la main de la trieillc, comme s*il en eût jailli une puissance secrète ; peu à peu mes idées devinrent plus confuses, es sensations n'arrivaient plus à moi qu'à travers lin voile de brume, il me sembla que ma pensée ievcnail indépendante de mon corps et vivait d'une ^ie en dehors de lui. Alors je vis clairement à tra-

50 JEAN DE WBERt.

vers le cadre de la glace qui me parut grand comme le portail d'une église, dcûler devant moi un cortège fantastique d'hommes, de femmes parées se promenant dans des galeries d'or et de marbre. Ce qui m'épouvanta le plus, fut d'y voir ma propre image, un autre moi-même revêtu d'un brillant costume comme serait celui d'un général. Les hommes me saluaient avec respect en passant, les femmes me jetaient des sourires gracieux et des œillades pleines de choses tendres. Puis la glace s'obscurcit de nouveau, et j'y vis des armées se ruer Tune sur l'autre, les sabres se croisaient rouges de sang, les étendards flottaient sur le carnage comme des ailes de vautour, j'y vis mon spectre l'épée à la main, s'élançant au fort de la mêlée en poussant un cri de guerre qui me parut être celui de l'Allemagne, puis des populations effrayées qui fuyaient devant moi en prononçant mon nom avec terreur, et toujours mon fantôme m'apparaissait fier et menaçant, tantôt vainqueur recevant les clefs des villes, tantôt passant tout sanglant à travers un champ de bataille jonché de morts revêtus d'uniformes français. Puis je sentis une grande douleur à la tête, mon sang coulait d'une blessure. Je me réveillai d*un long évanouissement pour me retrou- .ver couché dans un palais; autour de moi des oflTi-

JEA?I OE WERRT. SI

srs empressés, obéissaient à mes moindres paroles, ais déjà j'avais des cheveui gris et des rides de eikiesse se voyaient sur mon front, enûn pour imière scène dans cette prodigieuse et formidable don, je me vis sur un lit de mort, pâle vieillard, louué de blessures, entouré d'un peuple qui parit une langue incojfknue et qui pleurait autour de 1 couche mortuaire, je sentis en moi une sensam étrange, inexprimable, il me parut que mon le qui avait quitté mon corps pour aller habiter lui de mon fantôme, l'abandonnait à son tour ur reprendre sa première demeure, je me réveili épouvanté en poussant un cri; rien autour de )i n'avait changé d'aspect, la vieille était à mes tés, le gros chat noir avait repris sa place auhs de ràtre, et se passait gravement la patte sur museau en jetant sur moi des regards qui par >ment me semblaient ceux d'un démon. La ice suspendue vis-à-vis de moi, était maintant voilée d'une brume terne à travers ladie tourbillonnaient des formes étranges auxelles mon esprit ne pouvait rattacher aucun actère. On eût dit les fantômes d'un rêve s'évadissent aux premières lueurs du matin. Je jetai regard sur la vieille, elle se prit à rire.

•— Eh bieni mon jeune gars, es-tu content de rcnir qui vient de se révéler à toi?

à toutes Jamtica «^...

pleine de visions Gévreuses; le jour ot voir pour vous prier de me recevoii régiment, j'avais vu la nuit dans ui fantôme couvert de l'habit de soldat d ment, ce fut pour moi un ordre ai instinctivement sans pouvoir m'y S' comme le premier acte de cette mys linéesur laquelle je compte et qui, Di( aidant, s'accomplira I

Le lieutenant Hermann avait éc attention profonde le récit du jeune semblait prouvé maintenant, à lui enfant était voué à de hautes destii "-Î nn conseil à vous donner

JBA?( DB WBBRT. 35

La fortune rapide du jeune soldat vint cotifînner les prédictions de la sorcière do Weert. Bientôt ses hautes qualités militaires se manifestèrent avec tant d'édat, qu'il ne fut plus possible de lui refuser un grade supérieur qui h cette époque était l'indice certain d'un haut mérite, la noblesse de race et le privilège envahissant tous les emplois. Doué d'un coup d'œil sûr qui apprécie comme par instinct les difficultés et indique les moyens de les surmonter, froidement intrépide et se jouant avec la mort qui semblait avoir lait un pacte avec lui, Jean de Weert fut bientôt attaché au général Aldringer. L'audâce de son jeune protégé et l'affection qu'il lui portait suscitèrent au partisan limbourgeois plu* sieurs affiiires, dont Tune surtout prouvera son audacieuse témérité.

Un corps d'infanterie française commandé par Gassion, assi^eait Landshut en Bavière. Aldringer y avait jeté quelques troupes avec injonction de tenir jusqu'à la dernière extrémité; le détachement auquel était conGé cette importante mission était commandé par Jean de Weert. Dépourvu d'artillerie, il ne pouvait empêcher Gassion de l'inquiéter beaucoup par un feu bien dirigé et surtout bien nourri. Les habitans voyant qu'une plus longue résistance devenait inutile, envoyèrent une

iP.AJI DE Wl KltT. "^

34 JEAN DB WBEBT.

députatîon au commandant de la place, en le prian de parlementer avec Gassion, qui, sans doute, lu accorderait d'honorables conditions.

— Je rendrai la ville quand j'en recevrai Tordre dit Jean de Weert, jusque-là dormez en paix et n

lii m'envoyez plus d'ambassadeurs, ou je leur fais cou

per les oreilles.

— Mais, capitaine, observa l'un des envoyés, i vous aviez du canon pour repondre aux Frai çais, vous ne pourriez livrer votre poste; oi comme il n'en est pas ainsi, rien ne vous empt che!...

— De te faire pendre, si tu ajoutes un seul mol du reste, si les canons vous font peur, nous li ferons taire aujourd'hui. Francinetti ! dit-il à u officier italien qu'il savait être un ennemi secn qui plusieurs fois avait cherché à le perdre dai l'esprit d'Aldringer, tu vois cette batterie de dei pièces de canon, prends dix hommes de boni volonté, un marteau et des clous, et va fermer bouche à ces braillards enrhumes qui font plus ( bruit que de mal.

— Bien, capitaine, fit l'officier, mais les avan postes?

— Tu les traverseras, tu perdras trois homme le reste suffit pour terminer l'aiTaire.

JEAN DE WEEBT. 3$

— Mais l'alarme une fois donnée, je vais avoir sur les bras un régiment entier.

— Que vous traverserez, Fépée au poing, monsieur.

Du reste, comme cette mission parait être peu de votre goût, je m*en chargerai, moi I Seulement vous resterez sur le rempart pour voir comment je m'y prendrai I Et maintenant, monsieur, écrivez, s'il vous plait, ce billet pour le général Gassion :

Général , Le bruit de vo9 canons nous empêche de dormir et inquiète beaucoup les bons habitans de Landshut; je leur ai promis de le faire taire aujourd'hui, et je n'ai jamais promis une chose en vain '.

Jean de Weebt.

Cinquante pandours s'offrent pour suivre leur chef dans sa périlleus! expédition, Jean de Weert en choisit dix des plu& agiles et des plus jeunes, et à leur tète sort de Landshut en plein jour, à la vue

' Le colonel Chambure, commandant la Colonne infernale, fit, croyons-nous, la même chose au siège de Dresde. Cbambure seul devait et potivait imiler notre redoutable condottiere bel{je.

partisan s*élance vera m .^.. . .

sont impitoyablement sabres sur leurs pi jours calme et souriant, Jean de Weerl e deux pièces et se relire, mais pas assez qu'une compagnie de Gascons ne lui cou min de la ville; Tollicier français lui ( rendre : Jean de Weert, pour toute réponsf la tète d'un coup de pistolet à brùle-( puis mettant le sabre à la main, se fait vers les ennemis étonnés de son audace, les soldats revenus de leur première st font feu sur les audacieux partisans, sep tombent, Jean de Weert est lui-même i balle à la joue, et ne parvient à ren ~~ '««e nrndiires iflouis de vî

JEAN DS WEBRT. 57

Au milieu des reviremens sans nombre d'une guerre de religion où mille partis étaient aux prises, où la France^ la Suède, luttaient contre l'Antriche alliée à TEspagne, où les plus grands guerriers se heurtaient sur les champs de bataille, on n*entendit bientôt plus parler que de Jean de Vert, comme on rappelait. Actif, infatigable, il semblait se multiplier. Deux jours avant la bataille de Nordlingcn, dans laquelle Aldringer fut tué, Faudacieux capitaine augmenta encore par un hardi coup de main la terreur qui déjà s'attachait à son nom.

Les Suédois et les Français, commandés par le maréchal Gassion et le général Horn, après avoir éprouvé quelques défaites en Souabe, voulurent tenter un dernier effort devant Nordlingen, près d*lngols(adt; bien retranchés dans un camp amplement fourni de munitions et de vivres, ils semblaient vouloir profiter dos imprudences que ne pouvait manquer de commettre un ennemi fier de quelques succès isolés. Un formidable parc d'artillerie se trouvait à l'extrémité du camp avec un grand nombre de caissons, le tout sous la garde d'une compagnie de Suédois qui avaient la malheureuse réputation de préférer la rencontre d'une pièce d'eau-de-vie à celle de l'ennemi. T^ génie original et inventif de Jean de Weert vit dans cette

^mVi

circonslance le moyen de porter un coup terribl aux ennemis, et après en avoir conféré avec le généraux impériaux, il s'occupa de mettre son de! sein à exécution le soir môme.

Suivi de quatre pandours, sur te courage et Va dresse desquels il pouvait compter, Jean de Weei sortit des lignes allemandes vers les neuf heure du soir, le temps était sombre et servait admira blement son projet. Ses quatre compagnons poi taient deux pièces d*eau-de-vie suspendues à un forte perche dont ils tenaient les bouts sur Tépauli Ils marchaient avec une précaution simulée qi devait augmenter la conOance de l'ennemi. Tout à-coup une sentinelle suédoise sort de l'ombre i couche en joue les aventuriers en leur criant d s'arrêter, la voix de la sentinelle fait sortir du cam une foule de soldats armés, les compagnons de Jea de Weert feignant de s'apercevoir de l'inutilil d'une résistance quelconque, jettent leurs barri ques à terre, avec des sanglots et des gémisse mens. •

— Qui ètes-vous, et que voulez-vous? dit un sei gent suédois.

— De pauvres diables de distillateurs, qui chei chent à sauver les débris de leur fortune du voisi nage de deux armées. Hier nous avons été pillés pa

JBAN DE WBEBt. 51)

tespandours de Jean de Weer(,et comme tout fait présager une Ijalaille demain, nous voulions porter k Ingofetadt ces deux pièces d'eau-de-vie.

— Par Luther! tu ne pouvais mieux tomber, camarade, dit le sergent, nous allons mettre ton eau-de-vie en sûreté dans un lieu où Jean de Wcert, tout diable qu'il est, ne pourra venir la prendre. Allons, camarades I au camp le butin, et vive la joie ee joiri

Une heure après, le poste de l'artillerie était complètement ivre, et Jean de Weort et ses compagnons, qui avaient semble succomber les premiers, rodaient dans le camp comme de noirs fantômes en poussant devant eux des caissons qu'ils réunissaient en groupe, puis l'un d*eux tira un foret de sa ceinture, Gt un trou à l'un des caissons dans lequel il introduisit le bout d'une mèche soufrée assez longue pour leur donner le temps de s*échapper avant l'explosion. *"

TouUà-coup un des pandours j'arrôle, et prêtant Toreille :

— J'entends venir du côté du camp, capitaine!

— Raccourcis la mèche alors! dit le terrible Jeande Weert, c'est sans doute une compagnie française qui vient relever les Suédois; maintenant allume, et nous allons avoir un feu d'artiûce superbe»

que les feux des bivouacs des deux i lueur desquelsse dessinait parfois la do des sentinelles; tout-à-coup une ciTro nation fait trembler la terré, et une o immense s'élance vers le ciel qu'elle se dévorer. Deux cents Suédois joiichai leurs membres noircis, l'armée alliée sous les armes, h moitié vaincue déjà | ment fatal qui la privait d'une parti sources.

Chacun dans le camp suédois cben vrîr la cause de ce malheur, torsqu'ai de Nassau, suivi du maréchal Gassiof

— El vous m'assurez qu'il n'y avî dans votre camp? dit Gassion au gén

croup aadacinix

j du jeune capi-

I taine Innbour-

gcois coniribua

nirloulïtuidon-

T dans le peuple celle r^ataliun d'être mysl6-

4â JEAN DE WBEHT.

rieux, moilié homme, moilié démon, se jouanl tous les obstacles, invulnérable au fer et au pion Les soldats français dans leurs veillées de bivou racontaient des histoires merveilleuses de Jean Vert, des aventures effroyables, des combats ino dans lesquels les sabres s'étaient émoussés sur 1 et les balles étaient venues mourir à ses pieds. 1 Suédois, plus portés au merveilleux, comme U les peuples du nord, tremblaient à son D( comme à celui du génie du mal. Ses p; dours, qu'il affectionnait pour ses expédili< hasardeuses, et dont la férocité égalait le coura augmentaientencorc répouvante qui s'attachait! renommée. Cette troupe Indisciplinée, san$ sol ne vivait que de pillage, et était aussi rectouta aux amis qu*aux ennemis. Il ne fallait rien mo que le courage et Taudace de leur chef, quelquel plus sauvage et plus féroce qu'eux, pour en im| ser h ces bandits, qui marquaient leur passage ] les plus horribles excès. Du reste, les pandours Jean de Weert contribuèrent beaucoup^ s'ils décidèrent pas le gain de la bataille de Nordling Le maréchal Gassion avait reçu de nombreux n forts le lendemain de l'expédition nocturne de J< de Weert; Aldringer, forcé d'accepter le comt fit ses dispositions en général habile en cherchi

JBAN DK WEBRT. 45

à sapplcer à rinfériorité de ses forces par le choix de bonnes positions. Un corps de hongrois et de pandours, sous les ordres de leur redoutable commandant, fut placé en embuscade sur la gauche de l'armée où se trouvaient le comte de Nassau et le général suédois Hom. Pendant quelques heures que dura le combat, le maréchal Gassion sut tirer un tel parti d'une batterie qui prenait les impé* riauz en flanc, que ceux-ci, ébranlés par un feu de mitraille formidable, se débandèrent. A cette vue, le général Hom et le comte de Nassau s'élancent à la tète d'un régiment de dragons suédois pour achever la déroule de l'ennemi, lorsque tout-àcoup des hurlemens sauvages se font entendre; c'est le terrible Jean de Weert à la tête de ses centaures, il traverse comme une trombe les lignes suédoises, saisit Horn par l'écharpe qui lui ceint le corps, et le jette en travers de son cheval sous les regards des deux armées que cet exploit homérique stupéfie. Puis après avoir remis son prisonnier entre les mains de Galas, l'un des généraux impériaux, il s'élance de nouveau sur les lignes françaises qui s'ouvrent devant lui, parvient jusqu'au maréchal Gassion, échange quelques coups de pistolet, et ne se retire qu'après avoir porté le désordre dans les rangs ennemiSé Pendant ce temps, Âldringer acho-

vait la déroute des alliés cl tombait percé d'ui baile française sur le champ de bataille.

Tant d'exploits ne pouvaient rester sans récon pense, aussi Ferdinand nomma-l-il Jean de Wee général, pour succéder à Aldringer et continu une guerre, dans laquelle la France s'épuisait poi réaliser la pensée de Richelieu, qui voulait à to prix abaisser la maison d'Autriche. Deux années passèrent encore pendant lesquelles l'Allemagne les provinces françaises dans le voisinage du Rh furent le théâtre de ravages inouis. Tandis q Turcnne désolait le Palatinat, et illuminait marche par l'incendie, Jean de Weert continu; d'attacher la terreur à son nom par ses expéditio toujours audacieuses et imprévues. Dans la Xc .raine et la Picardie, ses pandours étaient felleme redoutés, que la vue d'un bonnet hongrois suffis pour faire fuir des populations entières. On po vait faire dix lieues sans rencontrer un seul hal tant au milieu des ruines noircies des chaumièn des bandes de chiens erraient autour des cin lières, et dévoraient les cadavres que la misère la famine leur jetaient par milliers; les églises, c pouillées de leurs trésors, servaient d'asile à qui ques bandits, qui trouvaient encore à glaner s les pas de ce formidable destructeur, qui sembl

JEAN DE WEEKT. 45

îdipser les horreurs dont Tnrenne venait 1er son nom dans la Souabe et le Pala-

nt les deux années qui séparent la bataille lingcn de celle de Rhcinfelf , où le fameux Weert fut fait prisonnier, \ers le mois 556, on vit un jour arriver dans le village t, un cavalier de mine hautaine couvert splendides, et d'une forme un peu oriensuite de cet étranger se composait de quelvi leurs velus de dolmans hongrois et de de cuir. Leurs longues tresses de cheveux tombaient des tempes, leur langage âpre ;e, leur obéissance servile à celui qui pa- Kre leur chef, tout cela mil bientôt loutes en l'air dans le petit bourg de Weert, peu semblables visites.

î sur la place. Tel ranger demanda qu'on aât la meilleure auberge du lieu: on le coula Cownmne impériale, où vingt-six ans int, conduit par la voix secrète de sa desétait venu demander au lieulenant Herj le recevoir comme soldat dans une arit il devait devenir un jour l'un des plus et des plus terribles soutiens, être dosccndu d'un magnifique cheval

enrôlé dans un ic^ita.^ ^

— Je ne connais personne de o suis que depuis quelque temps dai rhôle.

— Et le vieux curé qui était ici à

— Votre seigneurie veut sans ( Vancien curé, il y a six ans qu*il est comme il parait que monseigneur rcnseignemens exacts sur le payf mon premier garçon, Guillaume quitté le village; il pourra san; votre seigneurie.

— Au diable le bavard! ne poi cer ton discours parla fin? va ch et dépêche- toi.

I/hôte arriva bientôt emmena — Aa, rpfranser se tr

JiAN DB WBBIT. 47

— Âttendei donc!... est-ce que monseigneur idrail parler de Jean le vaurien, comme on l'aplil dans le village, un enragé, toujours battant battu ! J'étais avec lui, un jour qu'il est entré is la maison de la sorcière de la bruyère, c'est endemain qu'il se 6t soldat.

— C'est cela même, mon garçon; mais Antoine,

I frère, vit toujours, n'est-ce pas? '

— Antoine est sacristain et bedeau de notre ise, un brave et digne homme, allez, doux comme agneau, il ne se passe pas un jour, je suis sûr,

II ne prie pour son frère. Aussi, monseigneur, icun l'aime ici plus que je ne pourrais vous dire, conduite à l'égard de la pauvre Catherine, la e du maître de son frère Jean....

— Catherine! dit l'étranger, dont ce seul mot lait de réveiller une foule de doux et d'irrésisles souvenirs d'enfance, que lui est-il arrivé, où -die? réponds-vite !

— Voici, monseigneur: lors du départ de Jean, jeune ûUe tomba dans une tristesse profonde nt rien ne pouvait la tirer, ni l'amitié du bon vieux ré, ni les copsolalions d'Antoine. Son père, fuiux de voir sa GUe repousser tous les partis qui présentaient, sans vouloir §lléguer la raison de s refus, se mit h boire pour se distraire de ses

iS iEk^ DB WBBftT.

chagrins; il n'était pas dcjà mal ivrogne comme cela, le'pauvre homme, aussi au bout de deux ans il mourut, laissant sa fille sans fortune et sans appui. Catherine se trouvait donc seule à pleurer, lorsque Antoine vint la trouver, et lui offrit de la part du bon vieux prêtre une place au presbytère.

— Bon Antoine! dit l'étranger, et une larme roula sur sa fauve moustache, puis il resta un moment rêveur; mais tout-à-coup, redressant brusquement la tête : — Va me chercher môo frère Antoine, dit-il au paysan stupéfait, et dis-lui que son frère Jean, devenu général, l'attend pour remplir la promesse qu'il lui fit à son départ.

Quelques minutes après, les deux frères étaient dans les bras l'un de l'autre. Antoine ne pouvait se lasser d'admirer le visage mâle et la haute stature de celui qu'il avait quitté pauvre orphelin et frélc jeune homme.

— Frère, dit Jean, quitte ces habits sous lesquels pendant longtemps tu as aspiré après mon retour. J'ai besoin d'un secrétaire, car ma main tient plus habilement le sabre que la plume. Et maintenant, dis-moi où est Catherine, je veux la voir avant de quitter pour Xoujours, peut-être, mon pays natal.

— Viens, suis-moi, dit Antoine, je vais te la montrer.

JIKAN DB WBBBT. 49

Ils traversèrent le village ensemble aux acclamalions de la foule, Antoine grave et triste, comme un homme qui a un pénible devoir à remplir, Jean bautain et sombre, et comme obsédé d'un pressentiment. Arrivés au cimetière, au lieu de prendre le sentier qui conduisait à la cure, Antoine continua son chemin à travers les hautes herbes des tombes.

— Où me conduis-tu donc, Antoine?

— N'as-ttt pas demandé de voir Catherine? dit Antoine en couvrant son frère d'un triste r^rd. IMiis il continua sa roule, et s'arrêta près d'une limple fosse ombragée de deux cyprès et entourée le. roses. — Il y avait tout un culte du cœur dans 3ette parure de la mort.

Le féroce guerrier qui avait vu sans pâlir le sac le vingt cités, qui avait entendu le râle des mou- -ans se tordant sous les pieds de son cheval de guerre, pâlit et chancela.

* Hais j'étais son Gancé, frère dit-il, d'une voix 4mrde.

'^ Je le sais bien, Jean, et ton anneau d'argent !st là sous l'herbe, à son doigt.

— Je veux lui rendre le mien et prendre le sien, L* sui^son fiancé, entends-tu, Antoine!

— Profanation! mon frère! chasse ces idées,

Jf.A?! DE WERRT. 4

5«) JEAN DE WEBRT.

laissons en paix les morts, elle est morte pour toi, celle-là, avec ton nom sur les lèvres!

— Je veux son anneau, Antoine! et songe que ma volonté a fait plier jusqu'ici tous les obstacles, je veux voir Catherine!

— Ëh bien! alors, attendons à ce soir, et puisse Dieu nous pardonner ce que nous allons faire !

— Dieu ne peut maudire la loyauté do cœur et la fidélité aux sermens, je viens me dégager de ma parole donnée et lui rendre son anneau, qui maintenant me lie à la tombe.

L'après-dinée se passa en fêtes que les compatriotes de Jean de Weert offrirent au vainqueur de Nordiingen. La nuit venue, les deux, frères se rendirent au cimetière : la nuit était humide et sombre, le vent mugissait avec violence dans les hautes cimes des peupfîers. Bientôt on vit deux ombres se courber sur une tombe et les coups sourds de la bêche résonnèrent sur un cercueil. *

— J*ai peur! frère, dit Antoine, pour Dieu n'accomplissons pas ce sacrilège !...

— Je veux rendre à Catherine sa parole qui lui fut sacrée, puisqu'elle m'attendit jusqu^à ce que Dieu la rappelât à lui.

C'était un étrange spcclacle que celui de ces deux hommes courbés sur un cercueil à la rougeâlr*

lueur d'une lanterne sourde, on eût dit deux vampires cherchant à dérober à la tombe quelque horrible proie. Enfin un bruit sec se fit entendre, tfêMk k^couverde du cercueil qui sautait sous la lame du poignard du guerrier. Il leva lentement la planche vermoulue qui allait lui dévoiler un horrible mystère peut-être, abaissa la lumière de sa lanterne sur le cadavre; en ce moment Antoine jeta un cri et se «'évanouit

— Faible esprit, dit Jean, qui tremble à la vue d'une dépouille chérie! et il saisit d'une main ferme le bras du squelette qui reposait sur une poitrine creuse, baisa saintement un crâne hideux , et après avoir fait l'échange des anneaux , referma seul la tombe. Antoine gisait pâle et froid sur la terre à côté de lui.

— Frère! dit Jean, reviens à toi ! et il mouilla son front avec la rosée qui couvrait l'herbe autour d'eux.

— Sur ton salut de chrétien, Jean ! dit Antoine en revenant à lui, abandonne ce funeste projet!

— Il est trop tard, Antoine, j'ai tenu ma promesse et Dieu ne m'a pas foudroyé, tu le vois!

Le lendemain au lever du soleil , Jean de Weert et son escorte se remettaient en roule pour l'Allemagne ; cependant l'heureux soldat ne voulut pas

détruire avec laol aauuc« —

A son retour en Allemagne, Jean d des préparatifs imposans pour conlî Richelieu, furieux de l'échec de Noi rassemblé une armée formidable. Oh sur tous les points, la France réali les prodiges de 1793. Les Espagnol; Bourgogne et le Roussillon, sous Galas; les allemands, sous les ordres Wallenstein, Jeande Weert, mettei la Lorraine et les provinces voisine tôt la Picardie tout entière est b de Weert qui chasse devant lui sui sons épouvantées. Tout ce qui n

sEkn n wxnT. 95

Me partisan el lai fournissent l'occasion d'autant de TÎctoires. Richelieu se trouble et voit pâlir son étoile; bientôt les pandours de Jean de Weert sont h Pontoise, k six lieues de Paris. Alors Richelieu , tremblant , propose une trêve qae les Impériaux ont la faiblesse d'accepter; quant à Jean de Weert, SI refuse d'y souscrire.

— Je traiterai avec votre roi tonsuré au palais- Cardinal, dit-il aux envoyés, j'ai promis un pèlerinage k Notre-Dame de Paris, et parle diable j'y veux entrera cheval, le sabreau poing en guise de cierge!

— Mais la volonté de l'empereur Ferdinand et du duc de Bavière est que vous vous reliriez dans les limites fixées par la trêve, dit le comte de Lautrec, l'un des envoyés.

— L'Empereur est un âne, et le duc de Bavière ne voit gontte à ses affaires s'il consent à s'arrêter en si beau chemin! quant à moi, monsieur, je me suis ouvert un passage jusqu'ici par i'épée; je ne me laisserai pas chasser par les capucinades de votre cardinal que je veux attacher à la queue de mon cheval, si le diable n'y met du sien! Allez, monsieur, les Parisiens verront enfin Jean de Weert en face, jusqu'ici ils ne le connaissent que de réputation !...

Le retour du comte de Lautrec à Paris fut le

«gral (fane const«nulioii générale : cm fit des b ricadM dau les mes, on tendit les chaînes parte le peuple épouvanté se répandait dans les places en criant que /nm de (TcvrlétaitàVincennes, ( cette Torleresse était en sou pouvoir ; la porte Sai Antoine était garnie de dérensenrs, chaque mm arrivant apportait des nouvelles de plus en p terribles. Alors on vil, chose inouïe dans llibto deParis, uneépouvanle générale saisir les Parisiei la cour s'enruil i Fontainebleau, el des bnnl entières d'émigrans couvrirent les routes de Chi Ires et d'Orléans. I<es voilures, les chevaux, I dnes, les litiires, les chaises à porteurs, tont I rais en réquisition par les fuyards, qui dans le crainte aveugle quittaient leurs maisons comi si l'ennemi était déjà maître de la ville. L seines les plus ridicules, les épisodes les pi cxtravagans eurent lieu lors de ce sanve-qui-pe qui bientôt s'étendit ans gens de gueire eu mAmes.

— Mais pardieu , mon cher Lautrec, dit leca dinal à son envoyé , dites-nous donc si ce Jean i Vert est réellement aussi féroce el aussi terrib qu'on le dit, comment est-ilf grand, petit? est vrai qu'il soit velu comme un ours, que ses nuJi soient années de griffes, qu'il ait sept pie<

J«AN OE WEBBT. S$

de haut et qu'il mange de la chair crue (I)?

— Il y a dans tous ces contes populaires beau* coup d'extravagances, monseigneur, dit Lautrec. Jean de Vert est un terrible soldat, il est vrai, mais sans poil ailleurs qu'à la moustache, qu'il a rousse et foamie; quant à sa taille, il est peu d'hommes qui porteraient son harnais et manieraient son terrîUe sabre, présent du maréchal Gassion.

-* Joli cadeau t dit le cardinal $ voilà ce qui s'appdle fournir les verges.

— Pour se fouetter, dit Bois-Robert, le fou de Richelieu.

— Et il t'a dît qu!il viendrait à Paris, malgré Tordre de son souverain ?

— Oui, monseigneur, et qu*ï\ entrerait à Notre- Dame à cheval, le sabre au poing; il a ajouté que Temperèur était un âne, et qu'il ferait la guerre pour 8ÛO compte, si jamais l'empereur était assez fou de consentir à la paix I

— • Voilà un outrecuidé et terrible compère I dit Rididieu ; puis après avoir réfléchi un moment : Croi&-tu que quelques milliers d'écus d'or le feraient reculer?

(jf ;Croyaocei ptpulaires &e Tépo^uesur Jean deWeerl.

56 JEAN DE WEBST.

*- J*cn doute, monseigneur, mab on pool sayer.

«^S'il résiste à Tor, je le tiens pour un nai sauvage sans foi ni loi, un ours non baptisé, dil Bois*-Robcrt.

Soit que Jean de Wecrl céda aux injonctions du duc de Bavière et de Tempcreur, soit qu'il ne plit résister aux offres de Richelieu, toujours est-il qu'il se retira laissant son ceuvre inachevée. 11 rejoignit Wallenstein en Bavière, en brùlaQt tout autour de lui. Les Parisieps furent si joyeux de sa retraite, qu'ils firent chanter un Te Deum à Notre- Dame.

Bientôt (1638) l'armée impériale rencootoefarmée française à Rbeinfelt, et malgré les efforts des généraux impériaux, les Allemands sont battus. Après des prodiges de valeur presque fabuleux, et apVès avoir eu plusieurs chevaux tués sous lui, Jean de Weert se jette dans une forêt, rallie un régiment d'infariterie qui s*y était jeté, et s'élance de nouveau sur les Français. Un gentilhomme provençal, Simon d'Albertas, parcourait le champ de bataille en criant à voix haute :

— Jean de Vert! Jean de Vert! où diable se cache ce huguenot?

— il ne se cache jamais! dit Jean tout sanglant

en le reoTenant d'un coup de pistolet et se replongeant dans la mClée. Accablé bîenldt par le nombre, il fut pris, et un courrier fut envo)é h Parts pour annoncer la prite de Jean de Vert, le gain de la bataille n'èlani qu'un érénemenl d'importance secondaire ii cAté d'un pareil succès.

aslon d'Orièing se trouvait auprès du cardinaldeRichelieu

JIIH DE WhlIT.

i ces deux homracs qui ne HrcDl que se 1 se haïr loule leur vie, loas deux panis- Jént de la meilleure iolelligence et aunieet reiisomcnl comme de bons amis, lonqu'en- 1 le mpssager, couvert de sueur et de ponte.

- Vnilà, si je ne me trompe, un oiseau de bon liiigure, dit Gaston, je gagerais qu'il nous apporte

f de bonnes nouvelles.

Pendant ce temps, le cardinal parcourait la dé-

f pfelie uvec des yeux avides cl joyeux; son froat toujours sévère s'était rasséréné; il goûtait uue^ joies les plus vives qu'il eût éprouvées depuis lon([>

- Ne pariei pas, monseigneur, vous gagneriei à conii sùrl Devinex cependant ee qui me rcod assez lieurou t en ce moment pour que j'oublie mes sniilTrîinces et mes soucis?

— (Quelques succès de nos armes, lea Impérianx Italius....

— Mieui que celai

— Les Espagnols chasses de la Bom^ngne, Galai prisonnier, ou Lcganez tncl

— Mieux que cela encorel

— Diable ! ceci devient sérieux, et h moins qn'oo n'ait ta6 oU pris Jean de Tcri, ce que je ne oob

IBAN DB WSBRT/ Ql

guère, j« ne vois pas ce qai vous peut ainsi réjouir.

— Cette fois votre perspicacité vous a mieux servi, monseigneur; monsieur de Saxe-Weimar me mande la prise de ce terrible partisan, lequel arrivera sous peu k Paris.

— Pardieu ! messieurs, dit Gaston aux seigneurs qui l'entouraient, nous allons voir le fils aine de Satan en personne. Monsieur de Sabran, le bâtard de Soubise, m*a dit Vavoir vuii la bataille de Nordlingen enlever le maréchal de Horn par sa ceinture, et le jeter en travers de sa selle comme il eût fait d'un enfant. D'Auroy, un des gentilshommes de Saulx-Tavannes, m'a raconté que lorsqu'il chargeait à la tête de ses paudours, il n'était cavalerie ni gens d'armes qui lui résistassent : on dit qu'il a sept pieds, et que d'un coup de sabre il fait voler la tète d'un cheval.

— Et celle d'un cavalier aussi, dit un capitaine de mousquetaires; témoin le chevalier de Riom, qu'il pourfendit près de Lutzen....

—Tenez, monseigneur, dit Gaston, je vous veux demander aujourd'hui une grâce : baillez-moi ces dépêches, que je sois le premier à porter ces heureuses nouvelles à Fontainebleau, où mon royal frère s'ennuie et se dolente comme une âme du purgatoire.

[Mirlit au galop, suivi de quelques g< pour Fontainebleau, où LouisXIlI s' royalement que possible, en passant battre des marches sur les carreaux, fois par minute.

Louis Xin était dans le fort de se lorsqu'il entendit la voix de Gasto chambre.

— Que vient foire ici monsiei pensa-t-il, encore quelque querelle a^ que Dieu medélivredoncde leurs éter

— Sire! une bonne nouvelle et c d'annoncer le premier à Votre Maje

— Quoi I qu'y a-t-ilî fit le roi en c

JSAR me WBBKT. 63

— Vous êtes peu aimable ee malin, fVère, dit GastoD, et cependant je vous apporte la nomnelle de la prise du plus terrible de nos «memis et d'une victoire complèle. Pïiris est dans la joie; le populaire remplit les rues en criant Noël : jama» je ne vis allégresse plus grande.

— Les Parisiens sont bien heureux d'être aussi joyeux, dit le roicn allant se jeter d'un air fatigué sur un ÙMiCeuîl, et ce diable incamé qui m'a fait ceiirîr jusqu'à Fontainebleau, où est-il? est-il bien laid, bien grand? ressemble-t-il au portrait qu'on en (ait?

— On l'attend demain à Paris, et vous pourrez en juger par vous-même, frère ; les gendarmes de Gassion l'escortent, tout le populaire de Paris sera demain sur les toits pour te voir arriver.

— Cet homme est bien heureux de faire courir ainsi toute une ville pour le voir, dit le roi d*un air envieux et triste ; les Parisiens n'étaient pas aussi empressés lors de mon avènement.

— Il faut venir à Paris, sire, cela vous distraira ; la cérémonie aura lieu demain à deux heures, on promènera dans Paris les prisonniers sur un char. Il y aura vos régimens d'Auvergne et de Royal-Bretagne, les chevau-légers de Ak de Rohan-Soubise ; puis les prisonniers enchaînés sur une charrette,

• Vcrl el MD^frèra AiiLoine, I.cganci k I espiignol, lequel raragoa si crocllciiieat la ■>);nc. CcKra, sur l'honneur, nn beanetplii- |H'ctac!c, une manière de triomphe anlique le. Voyons, sire, vcnczavec moi li Paris, rc irislc Fonlainebleau où l'on défient ir cl mélancolique comme dix chartreux.

f- Au Tail, Gaston, dit le roi, m'Cnnujer Ik-bu Bci, cela m'est égal. Allons voir Jean de Vert, ■squ'il le faut; je suis sûr que ce doit être quele b6lc rérocc que ce pandour.

-vous, sire, qu'il court des pontMieiifs Bircc sauvage; j'ai oui ce matin une manière de ■umplainle.

~ Voyons la chanson, Gaston! décidément ce

-eilrc- a luiis les bonheurs, jusqu'aux vieilles dn

l'uni-Ncur qui chantent ses louanges.

— J'en ai retenu quelques couplets, les void,

' dit Gaston; et il se mit h chanter sur un air qui

a suite devint Tort à la mode, et servit à Fap-

[icl du malin des cavaliers jusque sous Loait XV.

A Ni>lre-Ilame de Pari»

il devait le Muv.i|-e, Avee 101) Plccnliiinlni liiro uu pËtciliiaee.

IBAN DB WBBBT. 6;>

Mais Saxe-Weimar a dit non, Et Vincenae« ouvre «on donjou Pour Jean de Verl!

Pour Jean de Vert !

Faut-il se lever si malin.

Dit le comte de Fiesque, Oo ne dort non plus <|u*un liilio Avecque ce Tudesque.

Maugrel)leu ! de la oalioa Le diable emporte Gassiou Et Jean de Vert !

Et Jean de Veut !

— Une pitoyable chanson, dit le roi, et il commanda ses chevaux pour retourner à Paris.

L'entrée de Jean de Weert dans cette capitale qu'il avait remplie de tant d'épouvante, fut un véritable jour de fête nationale. Dès le matin, tout Paris était sur pied et se portait vers la porte Saint- Antoine, par où doraient entrer les prisonniers ; une haie de troupes longeait cette rue poui* empêcher la foule d*obstruer le passage. Des crieurs vendaient et offraient à son de trompe VUUloire des mœurs et conditions du terrible Jean de Verf, ne d'une stryge et d'un démon dans les bruyères

JBAi« 1>B WEERT. S

66 JRAN DB WEBRT.

de Hollande, avec le récit de ses crimes^ de son antropophagie , et le paete qu'il avait fait avec monsieur Satan pour n'être point tué ni blessé dans les batailles. Le guet et le sous-guet, les archers du Châtelet, les sergens de la prévôté de Paris, échelonnés depuis le Pont-au-Ghange jusqu'au Louvre, se félicitaient sur cet heureux événement. L'armée impériale en déroute, les équipages et l'artillerie enlevés h l'ennemi, la France délivrée de l'occupation étrangère, tout cela n'était rien auprès de la prise de Jean de Weert dont le nom était dans toutes les bouches, accompagné d'un éloge terrible ou d'une malédiction. Les ateliers étaient déserts, les routes étaient couvertes de cavaliers, de voitures, qui cheminaient en toute hâte vers* Pari? pour assister à la monstre du fameux général panr dour. Les femmes surtout se montraient d'une curiosité avide pour contempler ce prodige de guerre, qui les avait fait trembler si souvent pour les jours de leurs amans ou de leurs époux. Les enfans, auxquels le nom de Jean de Weert avait servi d'épouvantail pendant quelques années, m^nifestaient une curiosité pleine de terreur pour voir cet homme que leur imagination avait plus d'une fois rêvée sous les traits d'un démon ; toutes les pensées étaient tournées vers le terrible partisan

Jean de wbbbt. 67

que Paris chansonnait en ce moment, pour se venger d'aroir tremblé devant lui *.

■ LMmpression populaire causée par la subite et terrible invasion de la Picardie et ]*Arlois fut telle, que cent ans après le nom de Jean de Weert était resté dans les souvenirs du peuple comme une de ces figures épiques qui dominent toute une époque. La marquise de Créquy rapporte nne des nombreuses chansons dans lesquelles notre héros figure comme un autre Croquemilaine, la voici :

Jean de Tert était un «oudard De fière et de riohe famille ; Jean de Vert était un triobard Moitié prince et moitié bâtard.

Petits enfena,qui pleurera?

Voilà Jean do Vert qui s^aTnnccI Aucun marmot ne bougera, Ou Jean de Vert le mangera '

Jean de Vert était un brutal

Qui fit pleurer le roi de France ;

Jean de Vert, étant général,

A fait trembler le nardinal... ,

Petit* enfans, qui pleurera?

Voilà Jean de Vert qui «^avance l Aucun marmot ne bougera, Ou Jean de Vert le mangera.

Quelques écrivains, sans doute pour flatter la famille

foule de ««»2*° ttes on remar

femme», P»'""* ^f ^eUes de U cou nobles et les ptobe i^èe do

A ^ne Jean <^® ^

«ou. avon» ««» ,^„, origine pW Ferdinand ««^ i„e ,urho

I f-rceprodl«»e«e,^

S ...M en donnera «ne ^^^^^ ^^^ ,

JBAN DB WÏBKT. 09

pitaine des mousquetaires qui était chargé d'escorter les captifs jusqu'au Louvre, veillez surtout à ce qu'aucun outrage ne soit fait à monseigneur de Vert; quel qu'il soit, c'est un prisonnier de guerre et un général de l'empereur Ferdinand I

I^ mousquetaires eurent grand'peine à se frayer un passage diins la foule qui encombrait les rues; les fenêtres, les toits, les ponts, les saillies des maisons, tout était couvert de peuple; on eût dit une mer humaine qui ondulait sous le souffle d'une tempête; il ne fallait rien moins que l'épée et le poitrail des chevaux des mousquetaires pour se frayer une route à travers ces vagues d'hommes qui affluaient vers la porte Saint-Antoine avec l'aveugle impassibilité d'un courant. Bientôt cependant M. de Grussol et sa petite troupe arrivèrent k leur destination ; au moment où le cortège atteignait le mur d'enceinte de la ville, il fit signe à l'officier de s'arrêter, et demanda lequel de ses prisonniers était Jean de Vert. •

— Le voici t dit l'ofificier en montrant un des captifs enchaînés qui promenait un œil froid et indifférent sur la foule.

— Qu'on ôte ces fers ! c'est l'ordre du cardinal, dit M. de Grussol, et que l'on conduise directement les autres prisonniers à Yincennes; quant à ceux-

voilure, 11 J^iaai. «|u w^

triomphe à moi seul I Ah ! si, il y fatale trêve ne fût venue m'arrét entrés à Paris sur le ventre de ces

L'Espagnol sourit, serra la m d*armes, et les voitures les emporté sa destination.

Le sang qu'il avait perdu pai avait pâli le vainqueur de Nordli costume de velours noir qui rel fière et imposante, il promenait i et dédaigneux sur la populace qi de lui des cris de mort. Bientôt cédèrent aux cris, et les pierres, rent les prisonniers. Antoine de main de son frère, et cherchait à — «« »»••/*; o/»tîlpQ nue la

JIAN DE WBBRT. 71

tète de Tescorte, et s*adressant à M. de Crussol: Livrez-nous ce mécréant, monseigneur, afin que nous le jetions à la Seine.

— Au pilori des Halles ! criaient les autres, il fout les brûler viù.

L'orage devenait menaçant et les mousquetaires n'écartaient plus qu'à grands coups de plat d'épée les plus ardens, lorsque tout à coup le terrible Jea» de Weert se dressa pâle et imposant dans la charrette avec un éclair dans tes yeuK.

— Baillez-moi votre épée, capitaine, lui dit-il d'une voix formidable, que je me fauche un sentier dans cette canaille I

Le peufAe, qui croyait déjà tenir sa proie, recula d'épouvante devant le féroce pandour, dont les narines semblaient aspirer Todeur du carnage.

— Vous êtes sous ma sauve-garde, monseigneur, dit M. de Crussol ; et il lança son cheval au plus épais des groupes, en distribuant de vigoureux coups d'épée.

* — Sur mon honneur, monsieur, votre peuple de Paris est une lâche et méprisable race! dit Jean avec une fureur sourde, et il cracha sur la foule qui grondait autour de lui comme des lévriers à Taspect d'une curée.

— Au gibet le pandour ! il a peur ! Voyez comme

72 JBAN DE WSEBT.

il est pâle; il avait promis d'entrer k icbeval k Notre-Dame de Paris, le mécréant 1 à la Seine le bandit I le ravageur !

La figure du prisonnier devint affreusement pâle: il empoigna les chaînes. qui gisaient à se» pieds et qu'on venait de lui ôter par ordre du cardinal; puis saisissant le moment où quelques forcenés s'élançaient vers la charrette, il leur asséna un si furieux coup de son terrible fléau, qu'il en étendit deux tout sanglans, le crâne brisé, sur le pavé.

En ce moment la voiture atteignait le Pont-NeuC^ où se trouvait un escadron de chevau-légers de Rohan, qui vint renforcer la faible escorte de M. de Grussol, et permit enfin aux prisonniers d'arriver sans encombre au Louvre.

— Enfin, nous voici arrivés, monseigneur! dit M. de Grussol à Jean de Weert; veuillez me suivre, Sa Majesté le roi Louis est là-haut qui attend votre venue avec grande impatience.

Antoine suivit son frère, qui traversa rapidement le guichet du Louvre et la cour, où la garde du château lui rendit les honneurs dus à un général. Arrivés à Tescalicr d'honneur, où se trouvaient les gardes de la maison du roi, Jean de Weert s'arréU et se tourna vers M. de Grussol.

JBAN DE WBEBT. 75

Parisiens ont donc eu bien peur de moi^ ils se montrent tous, petits et grands, nolains, aussi empressés de me voir?

foi ! monseigneur, je ne dis pas non, dit ducteur en souriant.

partemens du Louvre étaient remplis d'une y ante de gentilshommes, d'élégans raffinés, iche en croc, la rapière au c6ié et le poing mche; de femmes parées et charmantes rrivée du prisonnier, firent entendre un 3 d'admiration flatteur pour celui qui en rjet. Quant à Jean de Weert, à la vue de le parée, de ces galeries dorées, il s'arrêta *rappé d'une secrète épouvante mêlée d'ént; quoique n'étant jamais venu à Paris, ibla déjà avoir vu ces lieux, cette foule et icle, la vision de la sorcière de Weert se vivante et réelle devant lui, et il ne douta oir se réaliser également sa destinée future ière.

Grussol prit pour de la timidité et de la eut-être ce qui n'était qu'une stupéfaction !; il s'approcha du prisonnier et lui dit à : Suivez-moi , je vais vous conduire an

rci t monsieur, dit Jean de Weert» et il tra-

versa fièremenl la foule qu'il dominait de sa haute taille *.

Sa mine fière et martiale, sa longue chevelure blonde et sa moustache inculte et fauve, formaieni un contraste sévère avec les élégans raffinés qui l'en^ touraient; it marcha droit vers le trône où se trou« vait le roi, ayant à ses côtés le cardinal, Gastor d'Orléans et Marie de Mancini, la plus adoraMc coquette de cette cour, où la haute diplomatie fé' minine était portée à son apogée.

Arrivé auprès du roi, Jean de Weert s'inclina, e1 lui dit d'une voix fière et sonore :

Sire, j'ai eu deux chevaux tués sous moi, deui régimens détniits à mes côtés, mon sabre est rest( dans la poitrine d'un de vos officiers, voilà pourquoi je suis ici en prisonnier au lieu d'y être en vainqueur I

— Pardieu ! voilà un fier soldat, dit Gaston l l'oreille de son frère.

— J'espère, mon seigneur de Vert, que vous n'ava pas eu à vous plaindre du traitement que vous ave] eu à subir de la part de nos soldats.

— Nous tuons quelquefois nos prisonniers, maii

* L*armure de Jean de Weert conservée à Cologne, i dû appartenir à un homme ayant au moins 7 pieds.

JEAN DE WBERT. 75

les insultons jamais, sire! comme votre e Paris, si j'eusse été à cheval le sabre au e serais arrivé droit à votre Louvre sans cette canaille; désarmé et blessé, ils ont de courage pour m*outrager.

nsîeur de Vert, dit le roi, croyez bien que ffrons tous de ce qui est arrivé, -don 1 sire, je suis duc de Friedland, j'ai mon blason à la pointe de mon sabre, et :hé porte le nom d'un champ de bataille i l'honneur de vaincre les troupes de Votre

se mordit la lèvre, Richelieu sourit affecmt et prit à son tour la parole.

[s comment faites-vous, général, pour invos soldats ce mépris de la mort qu'ils t, dit-on, dans les plus grands dangers?

m de plus simple, monseigneur! je leur e chemin, et. ils me suivent, on assure que vous avez quelques charmes s préserver des blessures, dit Gaston d'un ux.

e Weert toisa impertinemment le malen-

interrogateur, et alla droit à Marie de qui Tavait considéré depuis le commencecette scène avec une curiosité mêlée d'ad-

76 JEAN DE WBBKT.

— Madame, dit-il, en se courbant respedueme ment pour lui baiser la main, si quelque chose mi console de la disgrâce qui m'arrive, c'est d'èlo assez heureux pour rencontrer dans des yeux, td que les vôtres, une marque d'intérêt pour un pauvr prisonnier.

C'en était fait, Jean de Weert avait en quelque minutes fait la conquête de la cour, les raffiné exaltaient son port martial, les femmes sa min hautaine et imposante, la cour devint folle d Jean de Weert : on porta des parures, des nœud d'épée, des harnais, des pourpoints à la Jean d Vert; son nom était dans toutes les bouches e son souvenir dans le cœur de bien des fenmies qu s'étonnaient qu'un pandour, qu'elles s'étaient figon comme une sorte de bête fauve, fût aussi aimable eût des mots d'une aussi une galanterie, des & çons de dire aussi bien tournées, et des airs auss adorablement vainqueurs que le prisonnier d Rheinfeld.

— Croyez, monsieur de Vert, dit Marie de Man cini avec un adorable sourire, que nous ne négligerons rien pour vous rendre votre captivité auss douce que possible. La cour doit réparer les injure de la ville, et je crois pouvoir me rendre garant d( la courtoisie de toute cette brave noblesse de Frano

JBAN DE WBBIT. 77

que voos avez combattue jusqu'ici, vaincu quelquefois, et qui ne verra désormais eu vous qu'un loyal gentilhomme, auquel la fortune, comme une femme qu'elle est, fait la moue en ce moment.

— Si vous vous ennuyez trop à Vincennes, nous vous donnerons Paris pour prison, monsieur le duc, ajouta Richelieu, et nous comptons que vous n'oublierez pas le chemin qui conduit au palais Cardinal.

Fêté, choyé par tout ce que la cour avait de plus noble et de plus distingué, la captivité de Jean de Weert pendant les quatre ans qu'elle dura, ne fut qu'une suite de fêtes de tout genre. La noblesse française semblait avoir pris à cœur de réaliser l'engagement pris par Marie de Mancini et le cardinal de Richelieu.

Admis dans l'intimité des rafiBnés les plus considérables de l'époque, le féroce partisan, le rude pandour disparut bientôt dans ce frottement continuel avec les beaux diseurs et les aimables gentilshommes de cette cour, qui semblait vouloir être d'autant plus folle que le roi et son ministre étaient plus moroses. Cependant, il resta toujours à Jean de Weert quelque chose du soldat de fortune qui s'est frayé sa voie avec son épéc; or, comme rien n'est contagieux comme les mauvaises habitudes, bientôt

lElIt DE WEBRT.

Il'usage du tabac qui s'clail Jnlroduit dans h

Brillcmogne, devint, gricc à lui, assez à 1;

I Franco pour dégénérer en une vérilabk

Icunlre laquelle le parlement et le clergé lai

Ivaincment leurs éilils et leurs mandemer

|de Weert fut le lion de cctic cour de rou

>s fortunes lui lombèrent de tous

1 se l^ou^a de femmes curieuses de co

Icomment un pandour entendait l'amour.

it rien ne manqua a sa renommée, et pi

i^urcux duels a propos de quelques bonn

lUis, achevèrent de le placer a cote des Ra'

'sChamiliac el de ces insolcns et beaux

int un ne froissait pas impunément le mnn

e panache.

JEAN DE WEBRT. 79

de Weerl eut enfin un terme; il fut échangé contre le maréchal Horn, général suédois, qu'il avait fait prisonnier d'une manière si éclatante à la bataille de Nordlingen. Il quitta la France, le cœur plein de reconnaissance pour le bon accueil qu'il y avait reçu.

La guerre continuant toujours entre l'Empire, la France et la Suède, Richelieu parvint enfin à détacher la Bavière de l'alliance de Ferdinand; le duc de Bavière promit de garder une neutralité complète dans la lutte sanglante qui désolait l'Allemagne et ruinait la France. Cette mesure qui réduisait Jean deWeert à l'inaction et le forçait de rester simple spectateur de ces combats, sans lesquels la vie devenait pour lui plate et monotone, le blessa vivement; Texemplc de quelques hautes ambitions qui avaient lutté avec succès contre leur souverain, le séduisit et Tégara. Il profita d'une mission dans le Palatinat, que ravageaient des hordes de maraudeurs, débris des régimens de toutes les nations, pour séduire Tarmée bavaroise et lui faire méconnaître les ordres du duc de Bavière. La cavalerie étant tout entière sous ses ordres, et son influence sur ses soldats étant très-grande, il rallia bientôt autour de lui une armée dévouée et aguerrie. Il force Hultz, commandant de Finfanterie, le pistolet

au poing, d'envoyer à ses troupes et à ses chefs de corps, l'ordre de lui obéir. A celte nouvelle, le duc de Bavière fait mettre sa tête à prix, et l'audacieux et ambitieux soldat n'eut que le temps de se sauver en Bohême, où l'empereur le nomma bientôt gouverneur de Prague et vice-roi de Bohême. Plus heureux que Wallenstein et Tiliy, ces deux formidables chefs qui jetèrent un si sanglant éclat dans cette fatale guerre de trente ans, Jean de Weert mourut à Prague, en 1665, comblé d'honneurs et de gloire, à l'âge de 71 ans. D'autres chroniqueurs disent à 65 ans. Mais son nom resta longtemps encore populaire en France, plusieurs marches militaires y portaient son nom , et telle était la terreur restée dans les provinces qu'il avait ravagées en 1632, qu'on retrouve aujourd'hui encore en Picardie ce dicton populaire : Tu trembles comnu si lu avais renconlré Jean de Vert!

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