CHAPITRE V
jouir des mêmes bénéfices que les sujets français, et obtenir, à ce titre, la remise (Vun impôt qui pesait lourdement sur leur commerce. Mais Colbert, qui considérait le droit de tonnage comme indispensable à la prospérité de la marine marchande de la France, s'en était fait le défenseur opiniâtre : « Il faudra bien du temps et bien de la prudence pour le désabuser y> , écrivait Van Beuningen'. La garantie que les Etats réclamaient à la France pour l'intégrité de leurs possessions mettait également obstacle à Tenlente des deux gouvernements. La cour de France refusait d'y comprendre la ville de Rhynberg et la seigneurie de Ravenstein, qui étaient contestées à la république, l'une par l'archevêque de Cologne, et l'autre par le duc de Neubourg ainsi que par l'électeur de Brandebourg, qui prétendaient avoir chacun le droit de la revendiquer. De leur côté, les Etats généraux, qui considéraient Rhynberg comme Fun des remparts de leur territoire, ne voulaient pas renoncer à s'en faire assurer l'occupation. « Parler de la restitution de Rhynberg w , écrivait de Witt % ce c'en serait assez pour tout renverser. 5)
La liberté de la pêche intéressait encore plus directement les Etals généraux; ils ne pouvaient obtenir que l'Angleterre leur en laissât lajouissance, tant qu'elle ne leur avait pas étéaccordée parla France, et ils en faisaient dès lors la condition de leur traité avec Louis XIV. Il Les commissaires chargés d'en rendre compte aux Etats 15 , écrit de Witt', « ont été d'un sentiment unanime, et ont trouvé qu'on ne pouvait nullement se relâcher des termes demandés pour la garantie de la pêche. Le premier ordre que nos ambassadeurs vont recevoir sera celui de leur rappel, soit qu'ils puissent achever le traité selon leurs instructions, soit qu'ils doivent partir sans avoir rien conclu *. « Heureusement pour les Provinces-Unies, le roi de France prit ombrage des prétentions de l'Angleterre. « Je dois reconnaître )î , annonçait-il à son ambassadeur à Londres % « que j'ai à cette garantie le même intérêt que les Hollandais, puisque la liberté de la pêche peut être aussi bien contestée par l'Angleterre
1 L. Van Beuningen à de Will, 27 août 1662.
2 L. de Witt à Van Beuningen, 21 avril 1661.
3 L. man. de VVitt au Ilhingrave, 7 mars i662 : Archives de la Haye. ^ L. Louis XIV à d'Eslradcs, 12 mars 1662.
^ 27 avril 1662.
à mes sujets qu'à ceux des Etats généraux. ^^ La principale difficulté qui tenait en suspens le traité entre la France et la république était ainsi levée.
Il ne tarda pas à être signé \ L'alliance était à la fois défensive et offensii/e. Le roi de France s'engageait, en cas d'attaque des Provinces-Unies, à leur envoyer un corps auxiliaire de 12,000 liommes, et les Etats généraux, par réciprocité, devaient mettre à sa disposition 6,000 hommes, s'ils en étaient requis. Des deux côtés, le contingent militaire pouvait être suppléé par un subside en argent fixé à 10,000 francs par mois pour 1,000 soldats. En outre, les deux Etats se garantissaient toutes leurs possessions, et comprenaient dans cette garantie réciproque la liberté de la pêche. Enfin, l'impôt d'un écu par tonneau, qui avait donné lieu à tant de con-' testations, ne devait plus être demandé aux sujets des Provinces- Unies qu'à la sortie du royaume, sur leurs marchandises exportées, et était même réduit à un demi-écu pour les navires employés au transport du sel, dont ils faisaient leur principal trafic d'exportation. La durée de l'alliance était étendue à vingt-cinq ans.
Les Etats généraux apprirent avec satisfaction la conclusion du traité de Paris. Le cousin du Grand Pensionnaire de Hollande, attaché à l'ambassade des Provinces-Unies à Paris , Cornelis- Ascanius Van Sypesteyn, servit de messager pour en apporter à la Haye Texemplaire signé par le roi de France, et fut récompensé par une médaille d'or de la rapidité avec laquelle il avait fait le voyage en trois jours ^. «Nous sommes heureux d'apprendre î? , écrit de Witt à Van Beuningen % « qu'enfin les peines de cette longue négociation sont couronnées par un succès meilleur qu'on ne pouvait Fespérer. Cette étroite alliance et les avantages des conventions relatives au commerce effacent le tort que tant de délais avaient porté au crédit de l'Etat, en laissant traîner les affaires en longueur. »
De nouveaux atermoiements faillirent tromper cette attente. Charles II, obligé de pourvoir à l'insuffisance de ses ressources financières, avait, moyennant 5 millions, vendu Dunkerque au roi de France. Louis XIV, en retardant la ratification du traité, préten-
i 27 avril 1662.
* L. man. d'Ascanius Van Sypesteyn à de Witt, 14 octobre 1662.
* L. de Witt à Van Beuningen, 3 mai 1662.