‹ Jean De WittChapitre 144 sur 264 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

celte vue, il s'engagea à faire écarter les propositions que Tambassadeur d'Espagne Gamarra lui avait faites pour obtenir une ligue défensive des Provinces-Unies avec les Pays-Bas espagnols. Mais il demanda en retour que le gouvernement français se prononçât pour Taffrancliissement des Pays-Bas, le mettant ainsi en demeure de renoncer aux projets d'annexion que Louis XIV n'avait pas encore osé faire connaître.

Résolu à prévenir tout atermoiement, il alla trouver le comte d'Estrades \ pour lui annoncer que deux députés de Flandre étaient venus lui demander, de la part des six principales villes des Pays- Bas, l'assistance delà Hollande, afin de provoquer un soulèvement desliné à les délivrer de la domination espagnole. Ne pouvant éluder la promesse de concours qui lui était demandé, le comte d'Estrades se laissa déconcerter. Il répondit que « les Etats trouveraient plutôt leur profit à prendre des mesures qui leur permettraient de s'assurer leur avantage dans l'avenir, sans préjudicier aux droits du roi de France sur la Flandre* -n . C'était faire indirectement la première ouverture du partage.

De Witfc profita de l'aveu écbappé à Fambassadeur de France, pour lui demander de faire connaître les droits dont Louis XIV pouvait se prévaloir. L'ambassadeur invoqua ceux de la reine Marie- Thérèse , en alléguant qu'aucune renonciation ne pouvait y être opposée, du moment où la dot qu'elle devait recevoir ne lui avait pas été payée. De IVitt se trouvait ainsi maître du secret qu'il tenait à découvrir; mais il s'engagea à n'en rien laisser soupçonner, jusqu'à ce que le roi eût fait connaître sa réponse.

Louis XIV, en recevant la dépêche de son ambassadeur, reconnut aisément la faute que le comte d'Estrades venait de commettre, et essaya de la réparer. Pour couper court aux projets d'union des Provinces-Unies et des Pays-Bas espagnols, il résolut d'encourager les propositions faites par le Grand Pensionnaire ^ De IVitl n'en gardait pas moins ses craintes, tout en les dissimulant. Il ne trouvait une garantie suffisante que dans l'engagement par lequel

* L. d'Estrades à Louis XIV, man., 30 mars et 5 avril 1663. — Voir Migxet, t. I, p. 185.

2 L. d'Estrades à Louis XÏV, 30 mars 1653.

3 L. Louis XIV à d'Estrade», C avril 1663.

Louis XIV se désisterait de ses prétentions, et il allait mettre tout en œuvre pour l'obtenir.

Impatient d'atteindre ainsi le but de sa politique, il offrit au roi de France un accord d'après lequel Louis XIV, pour prix de sa coopération à l'affranchissement des Pays-Bas, s'attribuerait leurs places frontières limitrophes de son royaume, sous la condition de réserver aux Provinces-Unies celles qui seraient les plus voisines de leur territoire. Le comte d'Estrades, loin d'accueillir avec empressement cette proposition , affecta un désintéressement ^ dont le Grand Pensionnaire ne fut pas dupe. Pour l'obliger à sortir de cette réserve, de IVitt mit résolument en avant le projet de partage, mais sans avoir aucun désir de le conclure. Répondant à l'invitation qu'il eut l'art de se faire adresser, il prépara un long et remarquable mémoire^, dans lequel, sans renoncer au cantonnement, il proposait au roi de France le concours des Etats, pour le mettre en possession des Pays-Bas , après la mort du roi d'Espagne et celle de l'Infant. Il offrait cette assistance, sous la condition d'obtenir en retour pour les Provinces-Unies la partie des Pays-Bas qui s'étend jusqu'à Ostende. Il ajournait et limitait ainsi, au grand avantage des Etats généraux, les revendications du roi de France : en obtenant que Louis XIV consentît à attendre non-seulement la mort de Philippe IV, mais encore celle de l'Infant, avant de prétendre à l'héritage de^Marie-Thérèse , il l'obligeait à se désister du droit de dévolution.

Louis XIV, voulant donner à sa politique les dehors de la modération, afin d'encourager de Witt à négocier, accueillit avec une apparente satisfaction le plan du Grand Pensionnaire ^ Pour entretenir sa confiance, celui-ci donna secrètement rendez-vous aux députés des Etats de Hollande avec lesquels il était le plus étroitement lié; il les réunit à Ilpendam, dans la maison de campagne située aux portes d'Utrecht, qui appartenait à son oncle de Graeff de Zuidpolsbroeck, et se vanta auprès de l'ambassadeur de France de leur avoir fait reconnaître la nécessité d'un prompt accord'^. Il obtint ainsi que

1 L. d'Estrades, 12 avril 1663.

^ Mémoire de Jean de u/itt relatif à l'éventualité de la succession d'Espagne, publié par M. Combes, Mélanges historiques, 1873.

* L. Louis XIV à d'Estrades, 15 juin 1663.

* L. d'Estrades, 19 juillet, 2 août 1663; et Mémoire manuscrit de Jean de Witt, 3 octobre 1663 : Archives du royaume, la Haye.

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