‹ Jean De WittChapitre 197 sur 264 · CHAPITRE VI. -tll · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. -tll

Le jugement qu'il portait sur ces réjouissances et ces solennités est curieux à connaître. A la suite des fêtes auxquelles la victoire de Chatham avait déjà donné lieu quelques mois auparavant, il écrivait à Beverningh ' : « Je sais bien que les feux de joie occasionnent beaucoup de débauches et impliquent beaucoup d'orgueil; mais comme ce sont aussi des moyens pour imprimer au peuple l'idée d'une grâce reçue de Dieu et pour lui faire prendre une plus grande part aux succès obtenus, j'ai pensé que le dernier succès, entre tous, mérite bien ces manifestations de joie publique, n

Les États généraux et les États de Hollande n'oublièrent pas les vainqueurs. Ils adressèrent tour à tour leurs félicitations à Corneille de Witt et à Ruyter. Les États de Hollande', pour perpétuer le souvenir du service qu'ils avaient rendu à la république dans la dernière expédition, leur firent présent, ainsi qu'à Van Ghent, de magnifiques coupes d'or ' qui valaient chacune 5,000 florins; elles étaient ornées de médaillons peints sur émail qui représentaient l'attaque du fort de Scheerness, ainsi que la prise et l'incendie des vaisseaux anglais auprès de Chatham et d'Upnor : le pied ciselé portait des festons de fleurs, et sur le couvercle se trouvait le lion rouge, emblème des armes de la province. Les Etats de Hollande ne considéraient pas que ce don pût être pour Corneille de Witt une récompense suffisante. L'année suivante, la proposition fut faite de lui acheter un domaine, la seigneurie de Spikenisse * ; mais elle ne fut pas accueillie favorablement : malgré le mauvais vouloir persistant de quelques députés % il n'en reçut pas moins un titre de rente de 30,000 florins ®. Le Grand Pensionnaire, qui s'était soigneusement abstenu d'intervenir dansées délibérations, ne dissimula pas sa satisfaction de ces témoignages de reconnaissance qui lui semblaient pleinement justifiés. Il écrivait à l'un des

* L. man. de Jean de Witt à Beverningh, le 30 juin 1667. 2Résol. Holl., 2 juillet 1667.

* La coupe d'or de G. de Witt avait été pieusement conservée par la dernière descendante en ligne directe de la famille, madame Hoog. Mais elle a été dernièrement mise en vente, et, n'ayant pas été rachetée par l'Etat, est passée entre les mains de M. de Rotschild, à Vienne. Celle de Van Ghsnt a été fondue à la fin du dernier siècle. Celle de Ruyter appartient aujourd'hui au comte de Goltz.

4 Notes du conseil de Dordrecht, janvier 1668 : Article Lotsy, Almanach Hol' lande, 1850, p. 76.

° L. Wicquefort, 3 janvier 1669.

6 Résol. Holl., 15 décembre 1668. — L. Wicquefort, 20 décembre 1668,

députés (rAmsterdam , Valkenier ', « que la grande constance et la volonté inflexible de son frère avaient valu aux États le succès de l'entreprise qui avait élé, avec la grâce de Dieu, l'instrument de la victoire, et par suite, de la paix ». Le conseil de Dordrecht, dont Corneille de Witt était Fun des bourgmestres, prit les devants, pour lui rendre les bonneurs qui lui étaient dus. Il confia l'exécution de son portrait à l'un des premiers peintres du pays, Jean de Baan; deux ans plus lard, le tableau, ricbement encadré, fut reçu avec solennité et placé dans la grande salle de Tbôtcl de ville. Corneille de Witt était représenté au bord d'une rivière dans laquelle les vaisseaux anglais étaient livrés aux flammes, tenant à la main un bâton de commandement, et ayant auprès de lui une corne d'abondance, emblème des biens de la paix dont les Provinces- Unies lui étaient redevables. L'inscription qui ornait le tableau rappelait « à toutes les générations à venir les exploits du grand citoyen qui dans une expédition béroïque avait détruit jusque dans les fleuves du royaume ennemi les plus puissants navires de l'Angleterre, en lui enlevant l'empire de la mer et en lui imposant la paix' 15 . Le retour de Corneille de Witt dans sa ville natale' eut l'éclat d'un triomphe. Lorsqu'il approcha de Dordrecht sur son yacht, il fut salué par les salves des canons et par le tir des compagnies bourgeoises, pendant que les trompettes sonnaient des fanfares. Quand il descendit sur le quai , les régents vinrent à sa rencontre pour le féliciter, et suivis de tous les habitants, l'accompagnèrent jusqu'à sa demeure. Le soir, la ville fut illuminée, et le lendemain, un sermon d'actions de grâces fut solennellement prononcé en son honneur *.

L'opinion publique encourageait ces hommages. Les poètes de Hollande, et surtout ceux de Dordrecht, entre autres P. Godewyck, l'ancien professeur des deux frères, publièrent à l'envi des louanges de Jean et de Corneille de 1\ itt, auxquelles étaient jointes celles de Ruyter, et qui furent réunies dans un recueil du temps. Vondel écrivit en leur honneur des chants de triomphe. Le savant Jacques Lydius, pasteur de Dordrecht, obéissant à la même inspiration,

* L. man. de Witt à Valkenier, l*"" janvier 1669.

2 WlCQUEFORT, T. IV, p. 109.

' 17 septembre 1G67.

^ Notice Schotel : de IVittiana.

Page 1