‹ Jean De WittChapitre 196 sur 264 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

points de Pacte de navigation, en autorisant les bâtiments marchands des Provinces-Unies à transporter en Angleterre les produits du sol de la république, ainsi que les marchandises de l'Allemagne et des Pays-Bas. Il consentit même à rétablir le traité de commerce que les Etats avaient si difficilement obtenu cinq ans auparavant, sans avoir pu à peine en profiter. Toutefois, il exigeait le salut du pavillon anglais; mais les Etats ne s'engagèrent à le rendre qu'aux vaisseaux de guerre, et seulement dans les mers britanniques, en faisant spécifier qu'ils ne l'accordaient qu'à titre de courtoisie. Ils espéraient se garantir ainsi contre des exigences abusives qui, à quelques années d'intervalle, devaient provoquer une nouvelle rupture. Les envoyés du roi d'Angleterre signèrent le même jour deux autres traités, l'un avec la France, l'autre avec le Danemark. Par le premier, Charles II restitua à Louis XIV la Nouvelle-Ecosse et rentra en possession d'une partie des Antilles. Par le second traité, il fit participer le roi de Danemark au bénéfice de son alliance avec les Etats généraux, et déclara reprendre avec lui les anciennes relations d'amitié.

La paix de Bréda, ainsi imposée à l'Angleterre par une expédition victorieuse, était pour la république un titre de gloire. Le Grand Pensionnaire de Hollande avait le droit d'en être fier. Il recevait de toutes parts des félicitations dont sa modestie semblait embarrassée ; il y répondait en déclarant ' « qu'il n'avait d'autre mérite qu'un zèle ardent et inviolable pour le service de sa patrie » . S'il s'enorgueillissait, c'était de ia renommée qu'elle s'était acquise. ccJevous assurai, le mois dernier de l'année précédente « ,écrivait-iP à l'un de ses amis, " que je tenais pour certain que les Provinces- Unies, dans l'espace de deux ans, seraient en meilleur état et en plus grand crédit qu'elles n'ont jamais été. J'ai la confiance que vous jugerez avec moi que la prédiction est accomplie, puisque d'abord, par la bénédiction de Dieu, les armées de cet Etat sont entrées jusqu'au cœur de l'ennemi et ont obtenu sur lui une si illustre victoire; qu'ensuite il en a eu la gorge comme liée par l'étreinte de cet État, et a été réduit à consentir à la paix, telle

^ L. de Witt au prince Jean-Maurice de Nassau et au baron de Lisola, 21 juilet 1667.

^ L. man. Jean de Witt à Rcigensberg, 1^^ août 1667.

qu'elle a été conclue hier soir à Bréda avec des conditions qu'on n'aurait jamais pu autrefois exiger. i)

La nouvelle de la signature du traité fut accueillie dans les Provinces-Unies par des témoignages d'allégresse; la satisfaction populaire et l'orgueil patriotique se donnèrent libre cours. De nombreuses médailles consacrèrent les souvenirs d'une paix aussi glorieusement conquise. Celle que les États généraux firent frapper représentait sur le revers la Concorde tenant d'une main une corne d'abondance, avec cette légende : « Jrato hélium, placato numine pax est. •>•> Quand Dieu est irrité, c'est la guerre ; quand il est apaisé, c'est la paix. On y lisait en outre cette inscription : « Rediit concordia mater j Bréda 1667. « La concorde est revenue comme une mère. Sur la face, la Concorde, sous les traits de Minerve tenant attachées à sa pique les sept flèches qui étaient le blason des Provinces-Unies, ayant à ses côtés une brebis et un lion, était figurée écrasant la Discorde, avec cette devise : ^Mitis etfortis. « Douce et forte. Dans le lointain, on découvrait des vaisseaux en flammes et un village incendié, et au-dessus de la tête de la Discorde, on lisait ces mots : ^^Procul hinc mala hestia regnis. ^ Loin d'ici ce monstre fatal aux Etats.

A Bréda , la publication de la paix eut lieu avec pompe ', devant la porte des maisons des ambassadeurs et devant l'hôtel de ville. Le soir, les ambassadeurs d'Angleterre, de France et de Danemark firent couler sur les places publiques des fontaines de vin. Un feu de joie fut allumé devant Thôtel de ville, et les députés des Étals servirent dans la salle une grande collation à laquelle les jeunes filles de la ville furent invitées. « Nous bûmes avec elles des sommetjes^ comme on appelle ici les santés , et voici comment cela se fait : On met du vin et du sucre dans un verre ; la fille commence par en avaler une gorgée, puis elle rend le verre à celui qui le lui a présenté, et le baise à la bouche; l'homme fait la même chose, de son côté, jusqu'à ce qu'il ne reste plus une goutte de vin dans le verre. Cela dura bien avant dans la nuit. » A la Haye, le Grand Pensionnaire donna un repas somptueux, et pendant une partie de la nuit, le peuple de la ville, aux divertissements duquel il prit part, vint danser et boire devant sa maison *.

* L. d'Estrades, 26 août 1667.

* L. d'Estrades, 18 septembre 1667,

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