UNE GRANDE VICTOIRE DIPLOMATIQUE
Projets d'agrandissements territoriaux de Louis XIV. — La mort de Philippe IV le détermine à les mettre à exécution. — Ressources de la France. — Epuisement de l'Espagne. — Polémique diplomatique. — Le Bouclier d'Etat et de justice, publié par Lisoia. — Invasion des Pays-Bas. — Leur rapide soumission. Inquiétudes des Provinces-Unies. — Les promesses d'accord violées. — Négociations de Louis XIV en Europe. — Isolement des Etats généraux. — Dangers d'une rupture avec la France. — De Wift cherche à ménager un accord, pour empêcher l'annexion des Pays-Bas à la France. — Louis XIV limite ses prétentions, mais refuse de donner des garanties, si la guerre recommence. Négociations des Provinces-Unies avec la Suède et l'Angleterre, — La Suède détachée de la France. — Le roi d'Angleterre est obligé de céder à l'opinion publique, en se rapprochant des Etats généraux. — Mission de Temple à la Haye. — Accord entre Temple et de Witt. — Adhésion conditionnelle de la Suède. — Signature de la triple alliance. — Articles secrets. — Conséquences du traité. — Réjouissances publiques. Déception de Louis XIV. — Son traité secret avec l'Empereur pour le partage de la monarchie espagnole. — Reprise des hostilités. — La Franche-Comté conquise en quinze jours. — Louis XIV rassuré sur la triple alliance par les communications du comte d'Estrades et par les ménagements de Jean de Witt. — Nouvelle ambassade de Van Beuningen. — L'Espagne est mise en demeure d'accepter les offres de Louis XIV. — Elle consent à lui abandonner ses conquêtes dans les Pays-Bas. — Irritation du roi de France, en apprenant les articles secrets de la triple alliance. — Ses tentatives pour diviser les alliés.
— Politique énergique des Etats inspirée par de Witt. — Ils s'assurent du concours de la Suède, en obligeant l'Espagne à lui payer des subsides. — Leurs armements. — Ils se portent garants de la paix. — La prolongation de la trêve.
— Dernières difficultés aplanies. — Le congrès et le traité d'Aix-la-Chapelle.
— Nouvelle situation diplomatique de la république. — Un changement d'alliances. — Les Provinces-Unies arbitres de l'Europe ' .
L'invasion des Pays-Bas par Louis XIV mettait les États généraux dans la nécessité de choisir entre l'alliance ou le voisinage de la France. Le Grand Pensionnaire avait prévu cette
* L'ouvrage consulté pour ce chapitre est principalement le tome II des négO'
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fuiicsle extrémité. Recevant dans sa maison de campagne le cardinal de Retz, exilé de France, il lui avait prédit, quelques années auparavant, les événements qui déjà lui paraissaient inévitables, disant que, « quelque soin qu'il prît pour maintenir la république dans l'amitié du roi de France, il voyait bien qu^elle ne pourrait se dispenser de lui résister et d'aller ainsi au-devant de ses ressentiments * « .
Louis XIV allait rendre cette crise inévitable. Il avait repris avec l'ardente ambition d'un conquérant les projets d'agrandissement que Mazarin lui avait légués, et qui étaient destinés à assurer, par l'annexion des possessions restées à l'Espagne au nord de son royaume, la prépondérance de la France en Europe. La mort de Pbilippe IV lui donnait le prétexte qu'il attendait pour annoncer publiquement ses revendications, et peu s'en fallut qu'il ne les fît immédiatement valoir par la force. Toutefois, après de longues bésilations dont ses Mémoires donnent le témoignage, il avait semblé vouloir se contenter de démarches diplomatiques pour obtenir satisfaction. La cour de Madrid lui ayant fait entendre qu'elle ne pouvait les accueillir, il avait pris toutes ses mesures pour conquérir l'héritage qu'il convoitait. La guerre entre l'Angleterre et les Provinces-Unies lui paraissait favorable à l'exécution de ses projets, « les deux voisins les plus intéressés à la défense des Pays-Bas étant occupés à se défendre l'un contre l'autre ^ i?. Aussi ne voulut-il pas attendre que la paix fût conclue, pour tenter le succès de son entreprise, et il résolut de la précipiter, en profilant de l'épuisement des deux puissances rivales.
La prospérité de la France mise en regard de l'épuisement de l'Espagne lui permettait de tout oser. Les finances, la marine, l'armée, sous la direction de ministres tels que Colbert, Lionne, Louvois, ne laissaient rien à désirer. L'ordre avait été rétabli dans les finances par l'énergique administration de Colbert, et le pro-
ciation relatives à la succession d'Espagne, par M. Mignet, troisième partie, section II, et quatrième partie, sections I et IL Les documents qui en sont extraits sont complétés par les archives de la Haye et par le savant mémoire de M. Combes (1864), sur la correspondance française inédite de J. (le Wiît et du chevalier Temple relative à la triple alliance.
1 L. man. de M. de Caillières, ambassadeur de France à la Haye, ù la marquise d'Uxelles, 31 janvier 1()97 : Bibl. nationale de Paris.
2 L. Temple à son frère, 10 octobre 1667.