CHAPITRE III
duit (les impùls presque doublé, quoique les charges eussent été diminuées, ce Les revenus suffisent pour satisfaire à toutes les dépenses « , écrivait l'ambassadeur des Etals ' ; a les fermes sont tellement améliorées, qu'elles rapportent tous les mois 2 millions dans les coffres du Roi, et la taille, 32 millions par an. i? L'accroissement des recettes publiques, qui s'étaient élevées jusqu'à 95 millions, avait servi à encourager le commerce et l'industrie, en même temps qu'à développer la puissance militaire du royaume. La marine avait pris une importance jusqu'alors inconnue. De Lionne, dans les attributions duquel elle rentrait, lui avait donné tout son essor. En 1667, elle comptait 110 navires, armés de 3,713 pièces de canon, et montés par 21,915 hommes d'équipage, sans comprendre les officiers. L'armée de terre, disciplinée, organisée, approvisionnée par Louvois, a le Colbert de la guerre » , avait été considérablement augmentée; elle comprenait 72,000 hommes, répartis en 600 compagnies d'infanterie, et 120 cornettes de cavalerie *. Les gardes-françaises et les Suisses lui donnaient un corps d'élite de 6,500 fantassins; la maison militaire du Roi , qui comprenait les gardes du corps et les mousquetaires avec les gendarmes et les chevau-légers, y ajoutait une réserve d'environ 2,000 cavaliers. L'amélioration de l'armement de l'infanterie et la construction d'un puissant matériel d'artillerie contribuaient également à préparer le succès d'une nouvelle guerre. En vue de l'expédition qu'il méditait, Louis XIV avait réuni 50,000 hommes dans les deux provinces les plus rapprochées des Pays-Bas, et comptait ainsi s'en assurer facilement la conquête.
L'habile direction donnée à la diplomatie française par de Lionne permettait au roi de France de faire la loi à l'Europe, qui paraissait se résigner à la recevoir. Le pape Alexandre VII avait donné lui-môme l'exemple de la soumission : n'ayant pas accordé une réparation qui parût suffisante, à la suite des violences que la garde corse s'était permises contre l'ambassadeur de France , le duc de Créquy, il n'évitait l'occupation de Rome par des troupes françaises qu'en acceptant humblement les satisfactions qui lui
» L. Boreel à de Wilt, 3 avril 1G63.
2 L. Louvois à Pradel, 15 mars 1666 (voir Histoire de Louvois, par RoussEr, t. I, p. 97) ; et L. Boreel à de WiU, 3 avril 1663.
étaient imposées. L'empereur d'Allemagne Léopokl, menacé par l'invasion des Turcs, n'avait dû le salut de FAutriche qu'à un corps d'armée français qui arrêtait la conquête ottomane par la glorieuse victoire de Saint-Goiliard. Quant au roi d'Angleterre Charles II, Louis XIV n'avait plus rien à craindre de ses entreprises, depuis qu'il avait obtenu de lui, au prix de cinq millions, la vente de Dunkerque, l'une des clefs de la France \ et la guerre qu'il lui avait déclarée pour venir en aide aux Provinces-Unies était trop inoGTensive pour l'exposer à ses ressentiments. Tous les obstacles qui auraient pu être opposés aux conquêtes du roi de France étaient désormais aplanis.
L'Espagne avait perdu ce que la France avait gagné, k Elle n'était plus ? , écrivait un diplomate du temps ", c qu'un arbre dépouillé dont le tronc seul servait d'ombrage. î) Elle s'était épuisée dans la guerre sanglante et opiniâtre qu'elle avait soutenue contre les Provinces-Unies, pour les retenir sous son joug, et y avait dépensé près de deux milliards ^ Ses revenus , loin de suffire aux dépenses, ne dépassaient pas 18 millions de réaux, malgré les richesses qu'elle tirait de l'Amérique, et ne rapportaient que 12 millions au Trésor '^. Ses frontières étaient ouvertes à l'ennemi; ses places de guerre en mauvais état, sans garnisons ni approvisionnements; ses flottes avaient disparu des mers; ses chantiers de construction étaient déserts. Le commerce avait dépéri dans les villes, pendant que les champs restaient sans culture. L'Espagne était comme ensevelie vivante dans un sépulcre, 'i II est impossible qu'avec cette misère, le royaume dure encore un siècle « , déclaraient les premières cortès assemblées par Philippe IV, et l'un des conseillers de la régente, le duc Médina de la Torrès, disait dans le conseil : a Si , parle passé, nous avons pu nous glorifier d'être des conquérants, présentement, nous sommes en danger d'êlre conquis. «
La mort de Philippe ÎV \ en exposant PEspagne à de nouveaux dangers, achevait de réduire la monarchie espagnole aux dernières extrémités. Philippe ÎV, qui l'avait laissée dépérir entre ses
1 L. Temple, 10 octobre 1G67.
2 Temple, Mêmoh^es, t. II, p. 216.
^ GoLiRviLLE, Mé?noires.
^ 26 ou 29 millions de francs, d'après Gourville. ^ 17 septembre 1665,