PRÉFACE
Le cardinal de Tournon demandait un jour à Amyot pourquoi il s'attachait à ressusciter les héros de Plutarque. « C est qu'il fait un bon temps » , répondit-il, « à converser avec les morts. 5) Jean de Witt a sa place marquée parmi ces grands morts. On trouve en lui plus qu'un homme
d'Etat, un homme de bien, et mieux que le talent, le caractère. Il a vécu et il a péri au service d'une cause dont il avait fait la sienne, celle de la liberté de son pays, sans avoir jamais cessé de la défendre.
Investi du gouvernement de la Hollande en qualité de Grand Pensionnaire pendant vingt ans, de 1652 à 1672, il a laissé un nom qui est inséparable de l'histoire du dixseptième siècle. Au dehors, son ministère assure à la république des Provinces-Unies l'un des premiers rôles dans la politique européenne, en la faisant entrer dans le concert des grandes puissances, la France, l'Angleterre, l'Espagne. A l'intérieur, Jean de Witt donne et maintient au parti républicain la victoire sur le parti orangiste, pendant la minorité du prince d'Orange. Enfin, la catastrophe de sa mort tragique rappelle les violences de la réaction populaire qui rétablit les pouvoirs des anciens stathouders, pour
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faire de Guillaume III le défenseur des Provinces-Unies contre l'invasion étrangère.
L'histoire de Jean de Witt comprend déjà une série d'ouvrages hollandais, allemands et anglais , qu'il convient de mentionner. C'est d'abord celui de Van der Hoeven ', paru au dix-huitième siècle, et qui, sans avoir été emprunté aux sources originales, n'en reste pas moins indispensable à consulter. M. Simons n'y a guère ajouté de nouveaux documents, dans ses trois volumes publiés à une époque plus récente; d'après le titre même qu'il leur a donné, Jean de Witt et son temps ^ il s'est proposé de faire connaître l'histoire générale de la république, plutôt que la vie du Grand Pensionnaire. Tout dernièrement, M. Geddes ^ a entrepris des recherches qui ne laissent rien à désirer, mais n'a publié encore qu'un volume, qui s'arrête aux deux premières années de l'administration de Jean de Witt. Seul jusqu'ici, en France, M. Mignet a touché accessoirement, mais de main de maître, à cette période historique, dans quelques chapitres de son ouvrage si justement renommé sur les Négociations relatives à la succession d'Espagne,
Quant aux publications isolées qui font honneur aux écrivains des Pays-Bas, et qu'il suffit de rassembler, pour en faire les matériaux d'une véritable histoire, elles sont trop nombreuses pour pouvoir être complètement citées; on devra recourir aux notes de ces deux volumes, pour en trouver la mention. Comment ne pas signaler cependant, soit les instructives annotations qui accompagnent l'édition de Wicquefort par M. Chais Van Buren, soit les nombreuses notices curieusement approfondies de MM. Veegens et
' Van der Horven, Leeven en Doocl der Heercn Gehroeders -/. en C. de Witt, Amsterdam, 1705, traduit et résumé eu frauçais, lltrecht, 1709,
2 SiMONs, Johann de Witt und seine zeit, Krfurt, 1835-1836. Le troisième volume a été imprimé en hollandais, à Amsterdam, en 1842.
3 Geddes, History of the administration of J. de Witt. Vol. I, finissant à l'année 1654. La Hayo, 1879.
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Sclîotel, soit les articles portant la marque d'une autorité magistrale, tels que ceux de MM. Vreede, Fruin, et bien d'autres publicistes, sans oublier en France M. de Parieu*?
De nouvelles recherches et des documents inédits pourront faire le mérite de cet ouvrage préparé pendant plusieurs années, avec une chère collaboration. Il a été composé à la Bibliothèque et aux Archives de la Haye, grâce à l'obligeante assistance du savanl directeur de la Bibliothèque royale, M. Campbell, du sous-directeur des Archives du royaume, M. de Jonge, prématurément enlevé à ses travaux, et de l'un de ses auxiliaires les plus distingués, M. Hingman. C'est en dépouillant année par année la correspondance publique et privée du Grand Pensionnaire ^, qu'on pouvait le plus fidèlement écrire son histoire.
Une autre source de découvertes n'a pas été moins heureusement exploitée, celle des papiers et des souvenirs de famille, libéralement communiqués, soit par M. Hœufft Van Velsen% soit par MM. Van Sypesteyn *, dont un seul survit aujourd'hui, et qui se sont acquis tous deux la plus honorable notoriété par leurs ouvrages et leurs recherches. Aucun secours ne pouvait être à cet égard plus précieux que celui qui a été trouvé auprès de la dernière descendante directe du Grand Pensionnaire, la vénérable madame Hoog ^, et de son fils, M. Hoog, dont l'importante collection héréditaire a été dernièrement acquise en partie par les Archives du royaume.
Il restait à compléter les dépôts de la Haye par ceux de Londres et de Paris, et notamment par celui des affaires étrangères, dont les inépuisables richesses ont été large-
1 Voir t. I, chap. iv, p. 228, note 2.
2 Ibid., chap. it, p. I3'f, et t. Il, chap. xii, p. 547.
3 Ibid., p. 82.
4 Ibid., p. 84.
5 Morle en J861. — Voir t. II, chap. \i, p. 2'f2, note 5.