CHAPITRE VIII
dans l'altitude qu'il avait, lorsqu'il dominait par la parole l'assemblée de la province. Quant au portrait le plus ressemblant, pour s'en rapporter au témoignage le plus autorisé, c'est celui sur la gravure duquel sa fille aînée avait écrit ces mots : « Cette gravure est celle qui rappelle le mieux papa \ « 11 est l'œuvre de Netscher'. Gravé par Bary, édité par Engelvaert, daté de 1670, il porte une inscription en vers de Gérard Brandt ^ consacrée à l'apologie de Jean de Witt; c'est celui qui est publié en tête de cet ouvrage*. Le Grand Pensionnaire y est reproduit de face et debout, enveloppé d'une robe de chambre japonaise qu'il tient cxoiséc sur sa poitrine, les cheveux retombant en boucles sur les épaules, la main gauche appuyée sur une balustrade, avec sa physionomie pensive et recueillie d'homme d'Etat.
Il allait, comme tant d'autres, s'user à la tâche ingrate du service public, par une trop longue conservation du pouvoir. Mais les quinze années de son ministère si glorieusement remplies lui avaient permis de mettre une petite république au rang des plus grandes monarchies de l'Europe, et détenir à l'écart, pendant toute la minorité du fils de Guillaume II, le parti orangistequi, privé d'un chef, aurait fatalement compromis les intérêts des Provinces-Unies dans tous les hasards d'une minorité. Le Grand Pensionnaire n'en portera pas moins le poids écrasant de la mauvaise fortune; elle lui fera expier le tort d'avoir trop présumé de la puissance des Provinces- Unies et de l'attachement de la bourgeoisie hollandaise au gouvernement qui la rendait maîtresse du pouvoir. De Witt périra sous les coups de l'invasion étrangère qu'il avait tout fait pour prévenir, victime de la fureur populaire qui pourra déchirer son cadavre, mais
* Voir ScHELTEMA, Mélanges historiques et littéraires, t. V, I. II, p. 3.
* 11 existe un autre portrait de Jean de Witt par Netsciier qui a beaucoup d'analogie avec celui de Jean de Baan. Il est gravé par Houbraken, il est reproduit en tête de l'édition des lettres de Jean de Witt publiée à la Haye en 1723. Le portrait original semble avoir fait partie de la collection Jérôme de Bosch vendue à Amsterdam en 1812, sans qu'on sache par qui il a été acquis.
3 Gérard Brandt est l'historien de la vie de Ruyter.
* L'original de ce second portrait de Jean de Witt par Netscher, qui paraît avoir appartenu, comme le premier, à la collection Jérôme de Bosch, a passé également à un acheteur inconnu. C'est sans doute celui qui se trouvait dans la demeure du Grand Pensionnaire, le jour où il fut massacré, et qui en avait été enlevé. Voir Résol. Holl., 22 août 1672. L'une des gravures de ce portrait orne, dans le palais des États, le cabinet du greffier de la seconde chambre des États généraux, longtemps occupé par M. Veegens.
JEAN DE VVITT
sans avoir prise sur sa renommée, et il justifiera pour Ja postérité le bel éloge qu'ont fait de lui deux ambassadeurs étrangers, ses contemporains, en déclarant que s'il s'est laissé aveugler, c'était par la passion qu'il avait pour la grandeur et la liberté de son pays'.
1 Templk, Remorques sur V état des Provinces-Vnies, édition 1747, p 214 — Lisola, rapport 22 août 1672 : Lisola, par Grossjian, p. 51.