‹ Jean De WittChapitre 254 sur 264 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

prêts à le retirer. » La vive pénétration de son esprit lui permettait de surprendre toutes les intrigues, et c'était le plus souvent par sa loyauté qu'il savait les déjouer. Il inspirait la confiance qu'il ressentait lui-même, « s'étant peu à peu défait " , ainsi qu'il le déclarait à Temple \ « de son inclination soupçonneuse qui lui avait valu de nombreux mécomptes m .

Sachant à la fois découvrir les pensées des autres et cacher les siennes, le Grand Pensionnaire n'employait d'autre ruse que celle du silence, à laquelle ceux qui négociaient avec lui étaient tellement accoutumés, qu'on ne savait s'il se taisait de propos délibéré ou par habitude ^. Aimant aller droit au but, il ne se laissait pas attarder aux obstacles que lui opposaient les rouages compliqués de la constitution de la république, et venait de prouver une fois de plus, par la Triple Alliance, qu'il pouvait mettre autant de précision que de promptitude dans le dénoùment des négociations.

De telles qualités jointes au don de persuasion, à des habitudes de travail infatigable et à une énergie de volonté peu commune, lui assuraient la direction des Etats de Hollande, dont il avait fait les maîtres des Etats généraux ; il en était appelé ce l'œil, la langue, le bras » . L'autorité qu'il exerçait dans leur assemblée, et celle qu'il leur avait acquise sur les autres provinces, mettaient entre ses mains le gouvernement de la République. « Il est l'intelligence, s'il faut ainsi dire, qui fait tourner la roue de ce gouvernement w , écrit l'ambassadeur français de Thou ^ Orateur puissant par l'argumentation plutôt que par l'éloquence, toujours maître de lui-même, ne se laissant jamais aller aux imprudences ni aux emportements de la parole, il avait l'art de ménager les transactions auxquelles les Etats avaient sans cesse recours, pour faire aboutir leurs délibérations à une conclusion. Dès ses débuts de premier ministre, il méritait d'être signalé par l'ambassadeur français Chanut * ci comme un homme ingénieux auquel tous les expédients étaient familiers v . — a Laborieux v , écrit de

^ L. Temple à Bridgman, 24 avril 1669. ^BuRNET, Mémoires, t. II, p. 6.

3 L. de Thou, 12 juin 1669 : Archives aff. étr. , et t. V, p. 190, Archives de la maison d'Orange.

^ Chanut, Mém. man., 1655 : Archives aff. étr.

Thou \ « tandis que la plupart des gens du pays sont très-paresseux, il est le seul qui sache entièrement le secret et la suite des affaires, parce qu'elles passent toutes par ses mains, et qu'il n'en donne communication qu'à ses confidents, et autant qu'il lui plaît : c'est ainsi qu'il se maintient dans sa charge. 5) u Préoccupé de sa santé « , dont il prenait de grands soins, « et s'inquiétant peu de sa vie ' ^î , dont il était toujours prêt à faire le sacrifice, il se dévouait sans réserve aux devoirs de son ministère.

Gardien de la constitution de son pays, chargé, d'après le principal article de son instruction % ce de conserver dans leur intégrité les privilèges, droits, coutumes et usages de la province de Hollande, de même que l'autorité légitime des Etats » , il se considérait comme enchaîné par le serment qu'il avait prêté de n'y laisser porter aucune atteinte, et il était résolu à défendre avec autant de fidélité que de courage le dépôt qui lui était confié. Une allégorie contemporaine * le représente sous les traits d'un cygne, les ailes étendues, protégeant son nid contre des chiens qui nagent pour l'atteindre , avec cette légende explicative : « Le Grand Pensionnaire î) , « la Hollande » , a les ennemis de l'État ^5 .

Parmi ses portraits % œuvres des grands peintres du temps, entre autres de Baan et Netscher, " celui qui a sa place marquée dans les chefs-d'œuvre de la peinture hollandaise est le portrait de Jean de Baan, appartenant au musée d'Amsterdam, et dont la plus belle gravure est celle de Lambert Visscher. H représente de Witt à la barre des Etats de Hollande dont on aperçoit les députés assis sur leurs bancs, tenant à la main les sceaux dont il était le gardien,

^ L. man. de Thou, 1^ mai 1660 : ArchiTres aff. étr.

2 OEuvres diverses de Temple, t. III, p. 244. — Essai sur la guérison de la goutte par le moxa.

3 Instruction du grand pensionnaire de Witt, art. 3. ^ Peinte par Asselyn; Musée d'Amsterdam.

5 Quant aux gravures, la Bibliothèque nationale de Paris en a une curieuse collection complétée par celles de Corneille de Witt.

^ Les autres portraits de Jean de Witt à signaler sont : un second portrait de Jean de Baan, qui appartient à M. Wintgens, membre de la seconde Chambre des Etats généraux, à la Haye; un portrait d'Hanneman, au Musée Boymans, à Rotterdam, et un portrait de Gerbrandt Van Eeckout, élève de Rembrandt, au Musée de Grenoble, daté de 1669, et qui a une grande ressemblance avec celui de IVetscher reproduit en tête de cet ouvrage.

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