CHAPITRE m
ne tarde plus à être terminée, soit par la ratification de la clause du tempérament, soit par la délivrance de Tacte. »
Le lendemain \ les Etats généraux s'étant de nouveau réunis, les députés de Hollande déclarèrent*, au nom des Etats de leur province, que ceux-ci n avaient rien fait contre l'Union; mais ils s'en tinrent à cette justification, sans donner connaissance des ordres adressés aux ambassadeurs par le Grand Pensionnaire. Les États généraux n'en confirmèrent pas moins ' leur résolution de la veille, dans laquelle ils enjoignaient à Beverningh et à Nieupoort de communiquer leur correspondance; toutefois ils consentirent à ajourner l'envoi de leur dépêche, jusqu'à ce que les Etats de Hollande eussent été encore une fois mis en demeure de leur donner une satisfaction spontanée. Les Etats de Hollande dont les précautions avaient été prises à l'avance n'avaient plus aucun intérêt à la refuser. Mais en l'accordant, ils n'en protestèrent pas moins contre cette injonction et revendiquèrent leur droits de régler les intérêts de leur province, sans Fintervention de l'assemblée fédérale *.
« Hier » , écrivit de Witt à Beverningh et à Nieupoort ^, " nous prévoyions évidemment, ainsi qu'il a été résolu aujourd'hui, que les Etats généraux vous écriraient pour vous ordonner de leur envoyer la copie de l'acte d'exclusion du prince d'Orange. Quoique nous eussions préféré, l'affaire n'étant pas d'une compétence provinciale, qu'il en fût autrement, nous désirons que vous ne soyez pas mis dans l'embarras de choisir entre les ordres des États généraux et les nôtres. Aussi nous vous permettons, si à la réception de la missive des États généraux l'acte était encore en votre pouvoir, de leur en envoyer copie, observant cependant que nous nous référons au contenu de notre lettre d'hier, sur laquelle vous réglerez votre conduite. ^5 Quand les États généraux se réunirent pour leur séance du soir, se croyant sûrs désormais d'être obéis, ils adressèrent en toute confiance aux ambassadeurs leur dépêche dans laquelle ils les sommaient de leur communiquer sans aucun
1 6 juin 1634.
2 L. Ghanut, 11 juin 1654': Arch. aff. étr.
^ Première résol. Etats généraux, 6 juin 1654.
^ Résoi. Hollande, 6 juin 1654.
^ L. de Witt à Beverningh, 6 juin 1654. — Sfpesteyn, Bijdrageîi, p 80.
retard Facte d'exclusion ' . Ils ne se doutaient pas que, dès la veille, ceux-ci avaient été autorisés par les Etats de Hollande à le remettre entre les mains de Cromwell.
De Witt avait employé tous les procédés, tous les expédients et même tous les subterfuges^, pour empêcher que les Etats généraux ne pussent se faire obéir à temps par les ambassadeurs de la république. Non-seulement les délibérations habilement prolongées retardèrent l'envoi de leur résolution, dé façon à permettre au messager des Etats de Hollande de prendre l'avance d'un jour; mais encore, par surcroît de précautions, elle fut rédigée en chiffres, afin que le temps passé par les ambassadeurs à la traduire leur laissât le loisir de prendre auparavant connaissance de la lettre qui leur transmettait les instructions des Etats de Hollande'. De Witt ne s'était pas trompé dans ses habiles calculs. Tandis que Beverningh et Nieupoort, avec l'assistance de leur collègue Jongesthal, faisaient déchiffrer les ordres des Etats généraux, Beverningh recevait ceux des Etats de Hollande et s'empressait d'y obéir. Après avoir demandé au Protecteur une dernière conférence dans laquelle il renouvela d'inutiles représentations pour que Cromwell se désistât de sa demande, il lui délivra l'acte qu'il ne pouvait plus lui refuser.
Un tel dénoùment prévenait les mesures extrêmes que les Etats généraux se disposaient à prendre, en adressant à Nieupoort et k Beverningh un ordre de rappel immédiat. Mais d'autre part cette brusque conclusion de la paix exposait les Etats de Hollande à des tentatives de revanche menaçantes. Les Etats généraux commencèrent les hostilités, en protestant contre l'acte d'exclusion *. De leur côté, les Etats des provinces, craignant la défection de quelques-uns de leurs députés à l'assemblée fédérale, eurent soin de rappeler ceux qui étaient soupçonnés d'être favorables à la Hollande. Mais un plan de campagne. leur manquait, et ils s'en tenaient à des propositions isolées, sans savoir s'entendre pour les mettre à exécution. La Frise dénonçait Beverningh et Nieupoort
' Deuxième résol. États généraux , 6 juin 1654. — L. des États généraux à Beverningh et Nieupoort, Ibid.
- Geddks, Administration of J. de Witt, p. 420, 429. 3 L. de Witt à Beverningli et Nieupoort, 6 juin 1654. ^ Résol. États généraux, 11, 16, 17, 18 juin 1654.