‹ Jean De WittChapitre 94 sur 264 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

les accueillir avec une respectueuse réserve ' ; elles firent également appel aux États généraux pour solliciter leur intervention. De son côté, le comte Guillaume-Frédéric de ^fassau, « craignant que laprincipale lige de sa maison abattue, les autres branches ne fussent également tranchées * 55 , ne restait pas inactif. D'après ses instructions, if. l'un des partisans les plus passionnés du parti orangiste ^ w , Hautbois , député de la Frise aux Etats généraux, prit les devants dans l'assemblée fédérale, pour faire enregistrer une protestation contre la négociation particulière que Nieupoort et Beverningb avaient conduite avec Cromwell.

Les députés des autres provinces s'émurent de cette communication et pressèrent les députés de Hollande de s'expliquer. Ceuxci représentèrent qu'ils devaient consulter les Etats de leur province, et quoique les députés de Groningue ne voulussent leur accorder aucun délai pour se justifier, la délibération fut ajournée. Dès qu'elle fut reprise, les récriminations contre la Hollande ne firent que s'envenimer. Les députés de Frise l'accusèrent avec les plus violents emportements, d'usurpation et de trahison à l'égard de la république, « sans égard pour la dignité soit des lieux où ils parlaient, soit de ceux auxquels ils parlaient * » ; ils pressèrent les Etats généraux de la contraindre par d'énergiques mesures à leur rendre compte de sa conduite. Malgré la véhémence avec laquelle le Grand Pensionnaire leur répondit \ les différentes provinces approuvèrent leur proposition. La ville d'Utrecht refusa seule de s'y associer; mais elle fut désavouée par la noblesse et le clergé de cette province, qui faisaient cause commune avec le parti orangiste. Les dispositions les plus agressives se manifestaient. Quelques-uns des députés aux Etats généraux proposaient de braver Cromwell, en faisant procéder à la nomination immédiate du prince d'Orange comme capitaine et amiral général. D'autres réclamaient énergiquement le rappel de Beverningb et de Nieupoort. Une opinion plus modérée prévalut. Après une séance orageuse, les Etats généraux se contentèrent de décider "^ que les deux ambassadeurs

i Résol. Hollande, 9 mai 1654.

2 L. Chanut. Arch. aff. étr. 21 mai 1654.

3 L. de Witt à Beverningb, 22 mai 1654. ^ L. de Witt à Beverningb, 22 mai 1654.

^ Résol. secr. Etats généraux, 18 mai 1654. Voir p, 198. ^ L. de Witt à Beverningb et Nieupoort, 5 juin 1654.

seraient mis en demeure de communiquer les actes et les ordres qui avaient pu leur être envoyés. Les députés de Hollande offrirent vainement d'informer individuellement les membres des États généraux des résolutions qui avaient été prises par l'assemblée de leur province, afin d'éviter un nouveau débat qui rendrait le Protecteur plus jaloux d'exiger avec éclat la soumission à ses volontés \ Les Etats généraux voulurent contraindre les États de Hollande à donner publiquement connaissance des négociations qu'il avaient suivies avec Cromwell et dont ceux-ci prétendaient n'avoir aucun compte à rendre, en alléguant qu'ils n'avaient pris d'engagements que pour leur province.

Dès que le Grand Pensionnaire les eut instruits de cette résolution, les Etats de Hollande, qui se tenaient en permanence, se mirent en mesure de prévenir à tout prix l'annulation de l'acte d'exclusion; ils étaient convaincus à bon droit qu'elle serait infailliblement suivie d'une nouvelle guerre dont il n'y avait que des désastres à attendre. Se croyant désormais dispensés de garder aucun ménagement, ils décidèrent ^, malgré la protestation de quatre villes opposantes ', qu'ils autorisaient leurs ambassadeurs à se dessaisir de la résolution qui leur avait été envoyée. Dans une lettre confidentielle datée de minuit, et qui donne un dernier témoignage de la sincérité de sa conduite, de Witt écrivit * à Beverningh et à Nieupoort : « Nous avons appris avec plaisir les efforts que vous avez faits pour satisfaire à notre ordre, afin de disposer le Protecteur d'Angleterre à se contenter du tempérament concernant le prince d'Orange, sans qu'il persiste à exiger l'acte que nous avons envoyé. Mais quoique nous eussions désiré et espéré un meilleur effet de ces efforts, notre désir très-sérieux est qu'encore une fois vous tâchiez, sans aucune perte de temps, et avec tous les moyens possibles et imaginables, de faire consentir le Protecteur à accepter le tempérament, et qu'en tout cas vous lui persuadiez de se déclarer sur ce point clairement, vu qu'il est de la plus haute importance pour le service du pays que cette affaire

^ Résol. Etats généraux, 5 juin 1654.

2 Résol. Hollande, 5 juin 1654.

3 Haariem, Leyde, Enckhuysen, Alkmar. En outre, trois villes n'étaient pas représentées à la séance.

^ L. de Witt à Beverningh et Nieupoort, 5 juin 1654. — Sypesteyn, Bijdragen, p. 78. Déduction des Etats de Hollande, Introduction, 1526.

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