CHAPITRE III
sabilité des États de Hollande, alléguant les communications tardives des ambassadeurs, sans s'expliquer toutefois sur les premières dépêches que ceux-ci avaient adressées au Grand Pensionnaire. Les arguments les plus concluants étaient ensuite habilement groupés pour démontrer la nécessité et la légalité de la convention <îonclue avec le gouvernement anglais : d'après cet exposé, l'acte d'exclusion avait été l'instrument de salut de la république menacée •d'être la victime d'une nouvelle guerre, si la Hollande avait refusé à Cromwell la satisfaction dont le Protecteur faisait dépendre le traité de paix : en outre, cet acte n'excédait pas les pouvoirs dont les pro- Tinces avaient souvent disposé, sans avoir été jamais accusées de manquer à leurs obligations fédérales. En prenant avec Cromwell des engagements relatifs au gouvernement de leur province, les États de Hollande pouvaient donc prétendre à bon droit qu'ils n'avaient fait que souscrire à une convention particulière qui ne portait aucune atteinte aux droits des autres membres de l'Union, ni à ceux des Etats généraux '.
Il ne leur suffisait pas de se disculper. Après avoir établi qu'ils n'avaient pas abusé de leurs droits, ils tenaient à prouver qu'ils en avaient fait bon usage. L'acte d'exclusion était dès lors défendu, dans la seconde partie de leur mémoire, comme une œuvre de sage politique qui assurait à leur province la garantie de sa liberté contre toute entreprise d'asservissement et prévenait ainsi le retour de l'attentat dont le dernier stathouder, Guillaume H, avait failli les rendre victimes. Aucune considération n'était omise pour opposer les témoignages de l'histoire à l'imprudence des peuples qui avaient favorisé l'élévation d'une famille princière, et le danger de l'hérédité des charges dans une république était soigneusement mis en parallèle avec les garanties données à la confédération des Provinces-Unies par le gouvernement des assemblées^.
Quant aux services de la maison d'Orange, les Etats de Hollande rappelaient qu'ils les avaient déjà largement rémunérés : pour <;onstater qu'ils s'étaient suffisamment libérés de leur dette de reconnaissance, ils avaient recours aux supputations d'un calcul qui ressemblait à un mémoire, et qui déparait cette dernière argumentation par des raisonnements aussi mesquins que déplacés. Ils
i BvNKBRSCHOEK, Qucstioncs juris pubUcî, 1. II, c. iv. 2 Déduction, partie II, ch. m.
terminaient en invoquant la préférence accordée par les Etats de Frise et de Groningue au comte de Nassau sur le fils de Guillaume II, pour témoigner qu'ils n'avaient rien à se reprocher, en lui refusant Taccès du poui^oir '. En rattachant ainsi Tacte d'exclusion aux principes de leur constitution, au lieu d'en faire le gage de leur soumission à TAngleterre, les Etats de Hollande prétendaient faire considérer leur résolution non-seulement comme irrévocable, mais encore comme spontanée, et se flattaient de sauvegarder leur dignité, en ne paraissant pas céder aux injonctions de TAngieterre. Les nouvelles imprudences des Etats de Zélande firent subir à la république cette humiliation. Les plaintes et les réclamations qu'ils adressèrent solennellement à Croniwell sans pouvoir espérer que celui-ci consentît, pour en tenir compte, à se dessaisir de Tacte qui lui avait été remis, ne pouvaient manquer d'irriter le Protecteur. Aussi furent-elles suivies de deux lettres Vlans lesquelles, sous les dehors d'assurances amicales, il leur signifiait qu'il répondrait par une rupture à la révocation de l'acte d'exclusion. Cette déclaration lui avait été suggérée par de Witt, qui, au risque de manquer, par une avance trop obséquieuse, à la réserve qu'il s'était jusqu'alors imposée, tenait à prévenir le danger de nouveaux débats, a II n'y a pas de plus sûr moyen de les clore " , écrivait-il à Beverningh, a qu'en faisant signifier clairement par le Protec teur qu'il n'a ratifié le traité que pour obtenir l'acte d'exclusion, et qu'il refusera dès lors invariablement d'y renoncer ' " . En forçant ainsi Cromuell à s'expliquer , le Grand Pensionnaire n'avait plus à craindre d'encourager ses exigences; il tenait seulement à ne pas laisser croire aux autres provinces qu'elles pussent impunément se soustraire à l'obligation qui avait été imposée à la Hollande. Il les prémunissait contre une politique d'aventures et rendait un nouveau service à la république, en prenant un grand soin « pour que la paix, comme son cher enfant, ne pérît pas au berceau * )) . Les autres provinces étaient désormais obligées de renoncer à leurs vaines manifestations de mécontentement. « On laissera maintenant dormir raffaire et
1 Déduction, partie II, ch. vi.
^ L. de Cromwell aux Etats de Zélande, 16 juin, 26 octobre 1654. 3 L. de Witt à Beverningh, 22 mai 1654. — Ibid., 26 juin, 6 juillet 1654. — AlTZKAIA, t. III, p. 235.
'^ ÏHURLOE, State papers, p. 66 et 107.