‹ Jean De WittChapitre 98 sur 264 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Tenfant ^ « , écrivait Bcverningli à de Witt. Cette prévision était justifiée. Les Etats de Gueldre, après avoir décidé qu'ils demanderaient aux Etats généraux la nomination du jeune prince d'Orange comme capitaine et amiral général, ajournèrent leur proposition. Les Etats de Zélande, ne donnant aucune suite à leur résolution de lui attribuer les pouvoirs de stalhouder de leur province, se contentèrent de publier la réfutation de la Déduction des États de Hollande, et pour ne point paraître à court d'arguments, ceux-ci répondirent à leurs plaintes par un nouveau manifeste ^.

Tel fut le dénoûment de cette négociation qui valait aux Provinces-Unies le bénéfice de la paix, sans laquelle le salut de la république aurait été irrévocablement compromis. La Hollande n'avait engagé la guerre qu'à regret et pouvait à bon droit Timputer aux provocations du parti orangiste; elle en supportait le plus grand poids; elle en souffrait les plus rudes atteintes. Pouvait-on exiger qu'elle préférât en être la victime plutôt que de sacrifier les droits du prince d'Orange, quand elle avait à craindre que l'élévation au pouvoir du fils de Guillaume H ne devînt funeste au gouvernement qu'elle s'était donné et qu'elle voulait conserver? Un tel effort de vertu n'a point place dans la politique, même la plus scrupuleuse. De Witt et Cromwell pouvaient assurément avoir la même communauté d'intérêts; mais il suffît à l'honneur du Grand Pensionnaire de n'avoir pas été le complice des exigences du Protecteur, et l'histoire peut enregistrer comme un jugement définitif cette opinion de l'ambassadeur français Chanut qui, après avoir rigoureusement incriminé sa conduite, lui rendait en ces termes, une tardive justice : « Toute entente concertée à l'avance entre les chefs de la Hollande et le Protecteur n'était qu'une fausse supposition. Ce qu'il y avait de vrai, c'est qu'à raison de l'infériorité de leurs forces et de leurs ressources, les États avaient cessé de mettre l'espérance de leur salut dans leurs armes et leurs navires. Ils couraient à la paix avec tant de précipitation, qu'ils aimaient mieux la prendre à la hâte, mauvaise, que d'en êire frustrés '. )?

Quoi qu'il en soit, en consentant à Pacte d'exclusion, après avoir

1 L. man, Beverningh à de Witt, 7 décembre 1654.

2 Résol. Hollande, 2 et 7 août 1654.

^ Mémoire man. Chanut, 1655 : .^rch. aff, étr.

été mise dans Ja nécessité de l'accepter, la Hollande avait pris des engagements qui lui enlevaient la libre possession d'elle-même, et la rendaient dépendante d'un gouvernement étranger; elle avait en outre porté atteinte à Tintégrité du pouvoir diplomatique qui devait appartenir aux Elats généraux. Elle pouvait dès lors encourir le reproche de s'être prêtée, fût-ce en la subissant, à une politique d'abaissement qui rejaillissait sur toute la république. Il lui importait désormais de l'effacer, en réparant les humiliations d'une guerre malheureuse. Après avoir acheté la paix à des conditions onéreuses, en l'imposant aux autres provinces, elle ne pouvait se la faire pardonner, qu'en la rendant bienfaisante et glorieuse pour la confédération. C'était le ministère de Jean de Witt qui allait lui permettre d'accomplir cette œuvre de réparation.

Il n'avait fallu rien moins que sa dextérité et sa persévérance , pour triompher des épreuves de la guerre étrangère et rétablir en même temps la pacification intérieure. Ses grandes qualités politiques avaient été promptement mûries à la dure école des événements. Ses adversaires ne pouvaient le prendre en défaut : il leur opposait, écrivait-il à Beverningh \ a tantôt le plus imperturbable sang-froid , quelquefois la plus impétueuse vivacité , sans être embarrassé pour faire des réponses qui eussent bec et ongles ^j , Les procès-verbaux des séances des Etats, confirmés par les témoignages des contemporains, le mettent sans cesse en scène , tantôt portant le poids des plus importantes discussions auxquelles il prenait part avec une ardeur infatigable, tantôt repoussant le choc des passions qui ne ménageaient ni sa politique ni sa personne, faisant quelquefois, comme il l'écrivait lui-même ^, et des tours de force « pour se tirer des embarras que lui donnaient les lettres des ambassadeurs , côtoyant sans s'y heurter les écueils d'une double négociation , à la fois publique et secrète , dans laquelle il pouvait être accusé d'avoir dépassé ses instructions, sachant suffire et pourvoir à tout, sans se laisser jamais ni décourager, ni déconcerter.

L'instrument de son pouvoir était l'assemblée qui l'avait choisi comme ministre et dont il avait su se rendre maître. Dès qu'une

1 L. de Witt à Beverningh, 22 mai 1654,

2 L. de Witt à Beverningh, 5 mai 1654. (Voir p. 194.)

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